La fin d’année 2024 est chargée pour Ïkos, collectif girondin de réemploi solidaire qui porte depuis 2017 un projet de village du réemploi à Bordeaux. Il annonce ce 17 décembre avoir bouclé une levée de fonds de 4 millions d’euros auprès de Bordeaux Métropole Aménagement, la Banque des territoires, la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes, le Crédit Agricole Aquitaine Expansion et de ses propres membres.
Un projet à 18 millions d’euros
Cette opération vient s’ajouter aux 6,5 millions d’euros de subventions publiques apportés par la ville et la métropole de Bordeaux, la région Nouvelle-Aquitaine et le Feder (fonds européen de développement régional), et l’Ademe. 8 millions d’euros supplémentaires devraient abonder "courant 2025" en prêt bancaire.
Ces opérations bouclent le financement (18,5 millions d’euros) d’un ambitieux projet de "village du réemploi solidaire" : 12 000 m2 divisés en deux grands bâtiments et dédiés à la sensibilisation et à la vente d’objets de seconde main, décrit comme une première en France. Ïkos ambitionne d’y collecter chaque année 12 000 tonnes d’objets et de créer 100 nouveaux emplois (il en concentre aujourd’hui 220).
Le projet est porté par les 9 structures de l’ESS et du réemploi composant le collectif : Le Relais Gironde (recyclage de vêtements), la recyclerie bordelaise l’Atelier d’Éco Solidaire, les Compagnons Bâtisseurs de Nouvelle-Aquitaine (réemploi de matériaux du BTP et chantiers solidaires), R3 (réemploi des encombrants), Envie Gironde (réemploi d’électroménager), Recyclerie Sportive Bordeaux (réemploi d’équipements sportifs), Échange Nord Sud (qui transforme des fruits et légumes invendus en confitures) et Replay (jouets d’occasion).
"Chacune occupera une cellule avec un bail associé", précise Marion Besse, directrice d’Ïkos et ancienne directrice du Relais Gironde. L’initiative, née en 2017, entend à la fois sensibiliser le public au recyclage et participer aux objectifs de réduction des déchets de la métropole bordelaise à hauteur de 20 % lorsque le projet sortira de terre en 2027.
L’ESS change d’échelle
Si l’initiative est encore rare, c’est que le réemploi et l’économie sociale et solidaire défendus par le collectif, représentent un modèle inédit à cette échelle. "Environ 50 % du chiffre d’affaires réalisé dans le réemploi solidaire est reversé en masse salariale. Si en plus, on rajoute 20 % de loyer, ça ne fonctionne pas". Les magasins, eux, sont là pour donner de la visibilité au projet. "Nous avons besoin de beaucoup d’espace et nous dégageons peu de marges", poursuit Marion Besse. L’argument a aussi retardé l’arrivée des financements publics, frileux face à une gestion des déchets à l’organisation très scindée en filières.
"Pour eux, l’ESS qui change d’échelle, c’est nouveau, d’autant que nous sommes dans de multiples filières". Mais à entendre la directrice d’Ïkos, la part des subventions publiques, en plus de "réduire le coût du projet et d’obtenir des loyers environ 30 % en dessous des prix du marché", est justifiée. "Nous participons aux politiques publiques de réduction des déchets. Une étude d’impact, que nous avons confié à Citizing, a calculé qu’un euro de financement public dans notre projet, c’était un euro trente de valeur créée sur le territoire".
Un modèle "réplicable"
Né sous statut associatif en 2018, Ïkos a peu à peu évolué en constituant deux entreprises. "Pour créer un projet immobilier comme le village du réemploi et attirer des investisseurs, l’association ne fonctionnait pas. Nous avons monté une SAS en juillet 2023. La SCIC, elle, est là pour développer nos activités commerciales avec les boutiques. Cela permettait à l’association, qui porte encore des activités non lucratives de sensibilisation, de ne pas tomber dans la fiscalité", poursuit Marion Besse.
Ainsi, Ïkos a ouvert le 7 décembre une boutique de 600 m2 au sein de l’écoquartier bordelais Ginko sur un modèle inédit, le montant de son loyer dépendant de son futur chiffre d’affaires annuel. C’est la troisième du genre après une première boutique éphémère de 2 mois à Bordeaux Lac en 2020, stoppée par le Covid, et une seconde exploitée pendant deux ans en centre-ville de Bordeaux, qui a dégagé lors de sa première année pleine 800 000 euros de chiffre d’affaires (hors taxes).
"C’est un nouveau challenge : on réintègre un quartier d’habitation, ce qui nous permet de renforcer notre rôle de sensibilisation", s’enthousiasme la porte-parole.
La suite sera forcément le gros morceau, mené de front : cet été, le collectif a choisi l’opérateur promoteur Atlantique Gascogne Constructions, filiale du groupe de BTP girondin Cassous (1 500 salariés, 305 M€ de CA) pour piloter le chantier, présenté comme "inclusif et réplicable". Le premier coup de pioche est attendu en 2026 et la livraison au printemps 2027.