Lanxess : Le caoutchouc pour rebondir
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Lanxess : Le caoutchouc pour rebondir

Ancienne filiale de Bayer, l'usine de production de caoutchoucs synthétiques Lanxess Emulsion Rubber à La Wantzenau, a retrouvé les chemins de l'équilibre financier. Elle profite de la plus grande autonomie accordée par sa maison mère. Philippe Bohlinger

Construite il y a plus de 40 ans sur d'anciens terrains marécageux à La Wantzenau, l'usine chimique Lanxess Emulsion Rubber semble aujourd'hui reprendre pied. L'important déficit (11M€ en 2005) qui plombait ses résultats a été épongé grâce à un plan de restructuration engagé dans la foulée de la scission de Bayer, l'ancien propriétaire, en 2004.




Recentrer la production

Grâce à une production recentrée autour du caoutchouc synthétique NBR (Nitrile butadiene rubber), le site alsacien a atteint le premier rang mondial pour la production de ce produit. Et malgré les aléas du marché de l'énergie, la pérennité de l'usine semble acquise. Le virage décisif pour le site alsacien a été pris il y a cinq ans. En difficulté, le groupe Bayer avait choisi de recentrer sa stratégie sur la pharmacie et l'agrochimie en se séparant de la chimie et des deux tiers des polymères dont faisait partie La Wantzenau. Ces entités ont constitué le groupe Lanxess. «Cette séparation a permis de concentrer davantage les énergies sur le business du caoutchouc, une attention qui n'était pas assez forte chez Bayer. Cependant, à La Wantzenau, un plan social s'est révélé absolument nécessaire pour rester productif», analyse Uwe Westeppe, P-dg de Lanxess ER. Le sauvetage a été rendu possible en 2005 par les départs volontaires de 80 personnes, des réductions de salaires (3% pour les employés, 5% pour les cadres) avec gel pendant trois ans, ainsi que des mesures d'économies.




Transfert de production

Avec un résultat net de +1,7M€ en 2006 (- 1,2M€ en 2007), l'entreprise a retrouvé les chemins du profit. Mais elle doit conforter sa position. D'où une plus grande autonomie accordée à l'usine et un recentrage stratégique autour du NBR (lire en encadré). Ce caoutchouc synthétique résistant à l'huile, ainsi qu'aux fortes variations de température, demeure très apprécié par les constructeurs automobiles. «Le NBR est produit à partir de deux monomères issues du cracking: l'acrylonitrine et le butadiène. Ils sont livrés à La Wantzenau par le train. Leur polymérisation via deux unités de production permet d'obtenir un caoutchouc brut que nos clients vont encore transformer», explique Jean Krommenacker, directeur opérationnel. En 2008, La Wantzenau a accueilli la production de NBR site de Lanxess à Sarnia (Canada), fermé dans la foulée. Pour cela, elle a transformé sa ligne de production continue de E-SBR en ligne de production de NBR. Avec le rachat du brésilien Pétroflex par le groupe Lanxess fin 2007, La Wantzenau devrait également hériter de la production de NBR du site sud américain Triunfo.




Coût de l'énergie

Côtés coûts, Thomas Jahn, le responsable supply-chain, se félicite d'avoir réduit de 30% les coûts de transport des marchandises vers le port d'Anvers: «Nous avons transféré les expéditions destinées à l'Asie de la route vers la voie d'eau». Un résultat concret de la marge d'autonomie concédée par le groupe Lanxess. Toutefois, comme pour la plupart des usines chimiques, le coût des énergies demeure un point d'achoppement. En effet, la facture de Lanxess ER classée Seveso aurait grimpé de plus de 40% en quatre ans. Pour réduire cette consommation de 5%, mais aussi mieux valoriser ses déchets et raccorder sa station d'épuration au réseau de la CUS, l'entreprise a investi 1,5million d'euros l'année dernière. Quand à savoir si la crise a affecté les résultats, il faudra attendre la publication des résultats de l'entreprise en mars. D'ores et déjà, un représentant syndical regrette que «l'augmentation des salaires de 3% négociée l'année dernière est remise en cause. Tout le monde spécule sur la crise, alors que l'automobile n'a pas arrêté la totalité de ses chaînes de production.»

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