Les effets de la guerre au Moyen-Orient, avec la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite une partie du pétrole mondial, se font déjà sentir sur les prix payés par les automobilistes et par certains secteurs d’activité gros consommateurs d’essence. Mais à long terme, ils pèseront aussi sur l’économie française, sans certitude, à ce stade, sur l’ampleur du phénomène.
Des scénarios mouvants selon l’ampleur de la crise
Le gouvernement table sur une croissance à 1 % en 2026, tandis que la Banque de France anticipe 0,9 %. Invité de RTL le 26 mars, Roland Lescure a précisé que Bercy organiserait un comité d’alerte sur les finances publiques le 29 avril prochain. Cette réunion sera l’occasion "d’adapter" les scénarios budgétaires si nécessaire, précise le ministre de l’Économie.
Quant à l’inflation, Roland Lescure table sur "un ordre de grandeur de 2 % d’inflation qui dépendra de la durée du choc". Si ce dernier "ne dure pas trop longtemps, les prix auront l’occasion de redescendre d’ici la fin de l’année". La Banque de France anticipe quant à elle une inflation à 1,7 % en 2026. Une prévision en hausse du fait de l’augmentation des prix de l’énergie qui aurait aussi un effet sur les prix alimentaires.
L’institution bancaire a aussi élaboré deux autres scénarios beaucoup plus critiques. Dans une première hypothèse défavorable, avec un prix du pétrole à 119 dollars le baril et du gaz à 87 euros/mégawattheure, l’inflation atteindrait 2,5 %. Dans un scénario encore plus mauvais, où le baril de pétrole atteindrait 145 dollars et le gaz 106 euros/MWH, elle exploserait à 3,3 %.
Un contexte "plus favorable qu’en 2022" sauf pour les engrais
Alors que les comparaisons sont récurrentes avec le choc de 2022 et de la guerre en Ukraine, la Banque de France remet la situation actuelle en perspective. Le contexte économique français est "a priori plus favorable qu’en 2022" grâce à une inflation plus faible. En février 2026, elle atteignait 1,1 % contre 4,2 % en février 2022 alors que l’économie mondiale entamait sa réouverture après la crise sanitaire.
La vulnérabilité de la France et de l’Europe en cas de rupture d’approvisionnement en gaz s’est aussi largement réduite depuis 2022. De nouvelles capacités d’importations de gaz naturel liquéfié depuis les États-Unis ont été mises en place selon le Banque de France. Sur ce point, Roland Lescure a précisé devant la commission des finances de l’Assemblée nationale le 24 mars que "les importations gaz en provenance du Moyen-Orient ne représentent qu’environ 1 % de notre consommation".
Mais la guerre au Moyen-Orient a introduit un nouveau risque qui n’existait pas en 2022. Les pays du Golfe sont en effet des "fournisseurs critiques" de certains intrants comme les engrais azotés ou le soufre. Leurs prix ont fortement augmenté depuis le début du conflit : + 29,8 % pour le soufre, + 72 % pour les alcools acycliques essentiels à la chimie industrielle, + 81,7 % pour les engrains minéraux ou chimiques azotés.
Un effet sur les ménages et les entreprises
Seule la durée du conflit pourra confirmer l’ampleur de la crise mais déjà, les entreprises et ménages français font preuve de pessimisme. Le climat des affaires s’est fortement dégradé dans l’industrie selon l’Insee, en perdant plus de trois points en mars. La confiance des ménages s’est aussi repliée.
Selon le dernier baromètre Palatine-Meti sur le financement des entreprises de taille intermédiaire (entre 250 et 5 000 salariés), le début d’année a tout de même été marqué par une "timide résilience". Mais près de la moitié des ETI ont connu une perte de rentabilité sur un an. Plus de 53 % se disent inquiètes ou très inquiètes pour les prochains mois.
La hausse des prix de l’énergie et des difficultés d’approvisionnement sont au cœur des inquiétudes. Un sentiment qui s’ajoute aux nombreuses alertes lancées par plusieurs secteurs comme le bâtiment, les transports routiers ou encore la pêche.