La start-up mancelle Laborhêto a créé un agrégateur de personnas, constituant des consommateurs ou négociateurs fictifs mais crédibles ; de quoi affiner des argumentaires ou analyses stratégiques. Son outil d’analyse marketing quiestmonclient.tech suscite un vif intérêt. Une opération vise à le déployer au-delà de la France en plusieurs langues (l’anglais est déjà en ligne).
Un facteur dix en deux ans
"Nous espérons boucler dans le courant du mois d’avril 2026 une valorisation de plus de 3,5 millions d’euros", confie la cofondatrice et codirigeante Aurélie Pécaud. Ces moyens devraient permettre d’améliorer les capacités de l’outil et de recruter. "Nous n’allons pas chercher uniquement des investisseurs, mais aussi des personnes pour nous apporter des compétences nouvelles, précise Aurélie Pécaud. Nous pensons pouvoir être une vingtaine dans l’entreprise, avec des développeurs et des commerciaux, en 2027."
Protéger les personnes mais dépasser les limites de la loi…
Quiestmonclient. tech permet de créer des avatars conversationnels, des profils crédibles avec sa cible de clientèle, les consommateurs d’une enseigne ou de produits types, ou encore des interlocuteurs représentatifs de la culture de pays d’implantation. L’avantage est que les questions qui peuvent être posées à ces personnes virtuelles peuvent être beaucoup plus personnelles et précises que ne le tolèrent la loi française et la réglementation sur les données privées. L’intégration des données nécessaires à la modélisation se fait via des profils reconnus du réseau LinkedIn.
Un profil peut ainsi être généré par intelligence artificielle avec des précisions abouties sur sa vie professionnelle et personnelle : ses lieux de naissance et d’habitation, sa nationalité, son âge, son sexe, sa profession, ses horaires habituels, ses types de déplacement, etc. L’utilisateur peut entrer des données telles que l’adresse ou le chiffre d’affaires de son entreprise, mais aussi ceux de ses concurrents afin de mieux comprendre ce qui distingue son offre sur le marché. Ce sont 150 critères au total qui permettent de définir des profils, jusqu’aux "secrets inavouables" tels que la peur de manquer d’argent, de perdre son entreprise ou encore la jalousie vis-à-vis de concurrents.
La solution serait unique au monde
"Il n’existe pas d’équivalent actuellement, ou peut-être aux États-Unis. Mais cette solution créée en Californie est utilisée afin de mobiliser des électeurs. Nous, nous avons choisi de ne pas travailler sur la politique. Même si c’est un secteur qui va se développer sur ce type de solutions", prédit la dirigeante mancelle.
Son entreprise limite d’ailleurs la transformation des profils générés afin d’éviter les mauvaises intentions à des fins de manipulation. La solution est payante mais le mode découverte est gratuit.
Un support léger pour innover
Laborhêto ne s’est muée en société (SAS) qu’au mois de janvier 2026, afin de pouvoir développer sa plateforme d’avatars marketing. À l’origine, en 2022, la start-up était le laboratoire de recherche et de rhétorique pour réaliser de la veille, de la recherche académique, de l’analyse contextuelle chez Rhêtorikê. Ce cabinet de conseil aux entreprises en communication et marketing a été créé au Mans en 2012 par le couple Aurélie et Serge Pécaud ; ils en sont désormais les seuls actifs. Leurs clients sont majoritairement de grands groupes français et parisiens.
Déjà en lumière à l'international
"Nous avons utilisé l’intelligence artificielle (IA) dès le départ, avant même l’arrivée de ChatGPT, par le biais d’outils français créés par des universitaires", indique Aurélie Pécaud. Puis, lorsqu’elle a repris ses études, un MBA à Audencia, Laborhêto lui a servi de support pour les enjeux de modélisation dans le cadre de son mémoire académique. Le spin-off est alors devenu une marque pour porter son outil Quiestmonclient. tech, qui a vite été repéré : Laborhêto a été sélectionné fin septembre 2025 dans la catégorie "start-up de l’année" pour la finale du concours international AMBA & BGA Excellence Awards organisé par un réseau de grandes écoles, qui a eu lieu à Londres fin janvier.