Entreprise de production audiovisuelle fondée il y a 15 ans par Maxime Thieffry, Cliple fait partie des 13% de PME françaises qui utilisent l’IA.
S’appuyant sur un réseau d’un millier de réalisateurs free-lance, la PME de 20 salariés (pour 2 M€ de CA) basée à Wasquehal (Nord) organise des tournages pour réaliser des vidéos d’entreprises, partout dans le monde. Une offre à même de séduire les grands groupes, mais qui demande, en interne, un gros travail de coordination en amont des tournages, et un certain nombre d’allers-retours en post-production.
Une plateforme qui centralise les informations
C’est pour fluidifier l’ensemble des opérations que la PME a investi dans le développement d’une plateforme propriétaire, baptisée "le Hub", conçue spécialement pour ses besoins. Un investissement de l’ordre de 100 000 euros.
"Cette plateforme est accessible à la fois par nos équipes en interne, par nos réalisateurs free-lance, et par nos clients. Elle centralise toutes les informations nécessaires à chaque projet, et permet à chacun d’avoir rapidement l’information qui lui est utile. Dans notre métier, le brief, c’est 80 % d’un tournage réussi. Nos clients ont ainsi l’assurance que nos réalisateurs locaux, qui vont tourner sur leurs sites en Inde ou au Brésil, savent exactement ce qui est attendu de leur part", décrit Amandine Foulon-Valentin, directrice marketing de Cliple.
L’IA pour augmenter les services
Le Hub est plus qu’une simple interface, notamment grâce à l’implémentation d’une intelligence artificielle. Une démarche réfléchie, qui s’inscrit à la fois dans une stratégie de croissance, et de réduction de l’impact carbone pour la PME.
"Toute notre démarche tend vers la frugalité", pose Maxime Thieffry, le PDG de Cliple. "Nous avons donc, d’une part, développé des outils IA qui nous permettent de trier et de tagger rapidement les rushes intéressants, pour constituer une bibliothèque à nos clients, facilement exploitable. Grâce à l’IA, et ses outils de traduction automatique et de synchronisation des sous-titres, ils peuvent utiliser certaines de ces images pour éditer des formats courts, adaptés aux réseaux sociaux. Nous pouvons également upcycler les images dans d’autres vidéos par la suite. Cette possibilité de faire plusieurs vidéos à partir d’un seul tournage rencontre un grand succès."
Le loup dans la bergerie ?
Cliple va plus loin en s’appuyant sur la nouvelle IA de Google, Veo3, pour générer des vidéos "de très bonne qualité" à partir de textes. Au risque de faire rentrer le loup dans la bergerie ? "Les images authentiques restent indispensables. Notre communauté de réalisateurs et la qualité de nos monteurs, en interne, font notre force et sont irremplaçables", balaye Amandine Foulon-Valentin. "Mais puisque ces outils existent, nous avons choisi de nous en saisir plutôt que de risquer de nous laisser distancer. Bien sûr, nous restons vigilants sur leurs évolutions, mais on sent que le timing est le bon. D’ailleurs les équipes, qui pouvaient se montrer réticentes il y a encore un an, sont pleinement dans le projet aujourd’hui," assure Amandine Foulon-Valentin.
"On ne joue pas l’humain contre les machines, les deux peuvent travailler ensemble intelligemment"
"C’est vraiment l’opportunité de proposer plus de choses à nos clients," renchérit Maxime Thieffry. "De nouvelles fonctionnalités, mais aussi une nouvelle approche, plus frugale, grâce à la génération de certaines images. Le bilan carbone des IA génératives est critiquable, mais il reste bien inférieur à celui du déplacement d’une équipe de tournage en Afrique du Sud pour faire quelques plans."
La génération d’images sera réservée à quelques cas précis, et notamment, la création d’images d’illustration difficiles à obtenir en prise de vue réelle : des mises en situation de produits, l’explication d’un process industriel, la présentation d’un service innovant, etc.
"Notre communauté de réalisateurs reste centrale dans notre offre. L’IA nous permet d’accélérer en post-prod, et d’enrichir un discours. On ne joue pas l’humain contre les machines, les deux peuvent travailler ensemble intelligemment," plaide Amandine Foulon-Valentin.
L’enjeu de la formation
Pour cela, une donnée est clé : la formation. "L’offre disponible n’est pas encore suffisante pour le niveau d’expertise dont nous avons besoin", regrette la dirigeante. "Nous avons un référent IA depuis l’an dernier, qui assure une veille technologique et se forme sur les nouveaux outils. Nous avançons en apprenant. Il faut un œil de cadreur et de monteur, doublé d’une expertise technique, pour générer rapidement des images valables avec l’IA, sans quoi on peut prompter pendant des jours sans rien obtenir d’exploitable. Et là, c’est un gâchis de temps et de ressources."