Luc Bouard, avec vos casquettes de maire de La Roche-sur-Yon et de président de l'agglomération, vous avez lancé de nouvelles taxes fin 2015. Lesquelles ?
D'abord une taxe sur le foncier bâti. Perçue en novembre, elle sera comprise entre 11 et 22 euros par foyer fiscal, pour un gain estimé à 1,5 million d'euros par an. Certes, elle n'existait pas jusqu'ici sur le pays yonnais mais est perçue sur quasiment toutes les autres collectivités du département.
Ainsi qu'une taxe de séjour, payée par les hôtels et lieux d'hébergement touristique, à partir d'avril, qui devrait rapporter entre 100.000 et 250.000 euros. Au passage, il faut noter que ce budget a été voté à l'unanimité en fin d'année, y compris par tous les maires de gauche !
Sur la Ville, on a réduit l'abattement sur la taxe d'habitation. Jacques Auxiette l'avait monté à 15 % sur tous les foyers fiscaux. Nous allons l'abaisser à 10 % sauf pour les foyers aux faibles revenus ou comprenant des personnes en situation de handicap. Soit 36 euros de plus à payer par an et par foyer fiscalisé. Un gain de 700.000 euros par an.
Quid de la maîtrise des dépenses ?
L'enjeu portera notamment sur la stabilisation de la masse salariale de la ville, qui n'augmentera que de 0,37 % en 2016, alors que l'évolution des carrières aurait dû conduire à une hausse de 2 %.
Les élus de l'agglo planchent sur des pistes de mutualisation, par exemple celle de la dizaine d'Ehpad locaux qui ont chacun un directeur, des missions d'entretiens de stades, pour limiter les achats de tondeuses et autres matériels, etc. (NDLR : un effort a déjà été fait sur la direction générale des services des territoires, dont les équipes de directeurs
sont passées de 10 à 4 personnes).
Ca passe aussi par la baisse de 5% des subventions de la ville aux associations...
Oui. La décision n'a pas été prise de gaieté de cœur, mais l'idée reste que chacun doit participer à l'effort collectif. C'est d'ailleurs dans la même logique que les élus ont vu leurs émoluments réduits de 10 %, majorité et opposition compris. Mon but n'est pas de tuer des associations. On tiendra compte des situations particulières, de l'état des finances et des besoins de chacun. Cette réduction des subventions associatives représentera 400.000 euros sur la ville 135.000 sur l'agglo.
À combien estimez-vous le manque à gagner ?
Entre 2013 et 2020, cela représente 28 millions d'euros de manque à gagner pour la ville et 22 millions pour l'agglomération. Au total, si l'on ajoute les 8 à 9 millions d'euros qui disparaissent des caisses des communes de La Roche-sur-Yon agglomération, on arrive même à 60 millions d'euros sur le territoire.
Dans le même temps, les charges ont augmenté sur la ville. Notamment à cause des frais lancés sur la nouvelle Place Napoléon (NDLR : 320.000 euros par an de personnel et maintenance).
Pourquoi avoir augmenté les impôts locaux ? Quid des promesses de campagnes ? Pour certains de vos détracteurs il fallait s'attendre à cette baisse de dotation ?
Ce qui nous a perturbés, c'est le montant de l'effort demandé par Manuel Valls. À la suite des élections municipales d'avril 2014, il a décidé une accélération insensée des économies à réaliser, qui représente les 2/3 des 60 millions d'euros de dotations qu'on va perdre au final. Une réduction de cette ampleur n'était pas prévisible. La preuve : même la maire de Nantes, Johanna Rolland, a annoncé une hausse des impôts locaux. Si à Nantes, l'ancien maire et ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault n'a pas vu venir l'ampleur de cette baisse de dotations et préparer l'équipe municipale, comment moi, maire d'une petite ville en Vendée, qui n'ai pas mes entrées au gouvernement, aurais-je pu le prévoir ?
Quel est le montant des investissements à venir ?
Notre plan pluriannuel d'investissement sur 2016-2020 s'élève à 250 millions d'euros sur cette période, sur la ville et l'agglo. En retranchant certains travaux qui s'achèveront sur la prochaine mandature, comme la deuxième tranche du projet de complexe aquatique Arago.
Quels vont être les grands chantiers à venir ?
Justement la piscine Arago, dont le montant total s'élèvera à 32 millions d'euros. Parmi les autres projets figurent la nouvelle scène musicale du Fuzz'Yon pour 7,5 millions, sur 2017-18, le Pôle multi-accueil consacré à la petite enfance à Dompierre-sur-Yon ou encore l'extension de 20 hectares des zones d'activités économiques des Clouzeaux, de l'Eraudière pour un investissement annuel de 1,5 million.
C'est plus que sur le précédent mandat ?
Oui, à la fois sur l'agglomération et sur la Ville.
Ce qui suppose un certain endettement...
Pour résumer, j'avais deux options : stopper les financements ou bien rechercher de nouvelles ressources pour continuer à investir. J'ai choisi la seconde. À l'avenir, il y aura forcément de l'endettement, une nécessité si l'on veut préserver l'emploi. Je refuse d'être le maire qui annoncera des réductions d'emplois locaux liées à des coupes dans l'investissement public.