«En mai2009, j'ai signé un contrat de 2,9millions d'euros avec un géant français du BTP pour la fourniture de 5.500 licences, explique Bruno Péau, le gérant de Winlog, une PME mérignacaise qui édite des logiciels de gestion pour les entreprises du BTP. Ce contrat était divisé en trois lots. Le premier lot (1.310 licences) devait être déployé fin 2010.»
Au bord de la cessation de paiement
«En réalité, nous avons installé quatre fois plus de licences car nous avons finalement équipé les filiales de ce groupe. Ce déploiement a été fait en accord avec le directeur adjoint de la DSI qui était mon interlocuteur. Sur le coup, nous n'avons pas modifié le contrat mais juste convenu oralement, avec mail à l'appui, qu'on régulariserait la situation plus tard. Courant 2011, ce directeur adjoint a quitté l'entreprise. J'ai donc demandé la fameuse régularisation à la DSI. Je souhaitais soit que le client me paie immédiatement, soit qu'il respecte le nombre de licences du contrat. Mais il a nié avoir installé ces licences supplémentaires et a refusé de payer en me disant: patientez quelques mois, nous régulariserons quand nous déploierons les lots 2 et 3.»
Un mail bouteille à la mer
«Le problème c'est que j'avais besoin de cet argent car je devais payer les salariés que j'avais embauchés pour ce contrat. Malgré mes nombreuses relances, lettres recommandées, courriers d'avocat, j'étais face à une fin de non-recevoir. En juin, mon entreprise était en état potentiel de cessation de paiement. Un vendredi soir, j'ai envoyé un mail intitulé "bouteille à la mer" à mes banques, à Oséo, à Arnaud Montebourg, aux médias pour leur expliquer ma situation. À ma grande surprise, le soir même, j'ai reçu un mail de Jean-Claude Bach, le directeur régional de la Banque de France qui me proposait un rendez-vous le lundi pour trouver une solution. Il m'a alors orienté vers Nicolas Mornet, le médiateur délégué aux relations interentreprises.* J'avoue que je ne connaissais pas ce dispositif qui a été mis en place en 2010. Le rôle du médiateur est d'aider à résoudre un conflit commercial à l'amiable sans mettre en péril la relation commerciale. J'étais sceptique. Je me disais: "Ce truc d'État va durer des mois et moi dans 15 jours, je suis mort! " J'ai rencontré Nicolas Mornet le mardi. Il m'a appris, ironie du sort, que ce géant du BTP était justement signataire de la charte des relations interentreprises. Il a alors tout pris en charge et organisé une rencontre au siège parisien de mon client au cours de laquelle étaient présents le directeur de la DSI, le chef de projet, moi et Nicolas Mornet. Le médiateur se place comme défenseur de la relation client, il ne prend pas partie, il ne cherche pas à savoir qui a raison et qui a tort. Son rôle est de trouver un accord équilibré qui satisfasse tout le monde. Il est à l'écoute de tous et tente d'arrondir les angles.»
Un accord équilibré qui satisfait tout le monde
«Les discussions avec mon client n'ont pas été très faciles car au début ils campaient sur leur position. Puis chacun a lâché du lest et finalement, au bout de deux réunions de médiation, nous avons réussi à nous mettre d'accord. Nicolas Mornet a rédigé un accord de médiation qui n'a pas de valeur juridique mais pose les bases de l'accord. Mon client s'est engagé à me régler 1,9million d'euros en trois fois: septembre, décembre2012 et mars2013 et à débloquer les lots 2 et 3 en 2013. Le document de médiation m'a permis de rassurer les banques et la situation s'est arrangée. Le médiateur interentreprises m'a vraiment sauvé financièrement mais aussi moralement car je n'étais plus seul face à ces problèmes. Je n'aurais jamais cru qu'un organisme d'État puisse être aussi efficace mais j'ai changé d'avis et je le fais savoir».
Winlog
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