«C'est un peu comme si les jeunes nourris au biberon des TIC ne s'intéressaient pas à ce qu'il y a sous le capot. Ils se passionnent pour l'usage de leur smartphone, mais pas pour sa conception», regrette Jean-Louis Bernaudin, délégué général de Pascaline. Une association qui se veut interface entre le monde de l'entreprise et celui de la formation pour promouvoir les métiers liés aux technologies de l'information et des télécommunications. Un secteur "stratégique et fortement créateur d'emplois à haute valeur ajoutée", selon le rapport Lévy - Jouyet sur "L'économie de l'Immatériel".
Problème d'image
Secteur dynamique, les TIC représentent environ 800.000 emplois entre fournisseurs et clients, avec 10.000 à 30.000 créations selon les années - c'est le principal secteur d'emploi des cadres. Mais les entreprises peinent à recruter. Problème d'image, d'abord, selon Jean-Louis Bernaudin. «Si, lycéen, vous entrez dans un centre d'information et d'orientation, il y a de grandes chances que les TIC vous soient présentées sous l'angle du programmeur pianotant 12h par jour. C'est encore pire chez les filles, qui représentent entre 15% et 20% seulement des emplois: les enquêtes prouvent qu'elles ont encore l'image d'un professeur Nimbus, quinquagénaire et barbichu.» Certes, les écoles d'ingénieurs et les universités sortent d'excellents spécialistes «mais ce qui nous manque, ce sont des gens capables d'analyser les besoins, de concevoir et de mettre en place des systèmes complexes, conviviaux et multi-acteurs. Des gens capables de se mettre dans la peau des usagers.»
Jeunes diplômés en priorité
Le baromètre Pascaline souligne que les SSII et les sociétés de conseil en technologie recherchent en priorité pour leurs recrutements de jeunes diplômés et débutants des concepteurs/développeurs et spécialistes de la R & D, suivis par des profils orientés vers le conseil et l'architecture, et la conduite de projet. Les éditeurs de logiciel, à côté des concepteurs/développeurs, consacrent une part importante dans leurs recrutements aux métiers de l'avant-vente, de la vente et du marketing. Les PME se focalisent essentiellement sur deux profils de recrutement de jeunes diplômés: les concepteurs développeurs R & D et la conduite de projet. «Les entreprises cherchent des diplômés à forte culture technique et scientifique qui intègrent la fonction marketing - et pas le contraire - en se mettant à la place des usagers et qui sont aptes à apprendre à évoluer en s'ancrant sur des bases conceptuelles solides», note encore Jean-Louis Bernaudin. Il serait faux de nier que de telles perles n'existent pas «mais soit elles s'empressent de vendre leur invention pour devenir millionnaire avant 30 ans à des sociétés américaines - en attendant les Chinois - soit elles n'ont pas les moyens de développer leur implantation à l'international, faute de soutiens financiers», regrette le délégué général de Pascaline.
Paradoxe: les outils de la mobilité sont devenus des produits incontournables, le pays est richement doté en laboratoires d'excellence... mais la France ne parvient pas à sortir des Steve Jobs ou Bill Gates.