Concentration, innovation, développement à l'export..., autant d'enjeux à relever pour l'industrie agroalimentaire dans les années à venir. Explications de Philippe Vernet, directeur du pôle agroalimentaire du groupe Terrena.
L'année 2009 a été marquée par de nombreux regroupements et rachats. Atteindre une taille critique est-il un objectif prioritaire des acteurs du marché?
La concentration de l'industrie agroalimentaire me paraît inévitable. Elle est encore très atomisée alors que la concentration du secteur coopératif, notamment, est entamée depuis longtemps dans le Nord de l'Europe. Pour autant, l'objectif de taille n'est pas prioritaire en soi. Il s'agit de grandir intelligemment au travers d'opérations de croissance externe mûrement réfléchies visant soit à acquérir des savoir-faire complémentaires, soit à s'implanter sur des segments de marché stratégiques.
Quels sont justement les axes de développement stratégiques?
Je pense qu'il y a deux axes forts. Le premier est celui de la nutrition santé. Cela nous amène, en tant qu'industriels à revoir nos procédés de fabrication, nos recettes pour mieux répondre aux enjeux de santé. Le second est ce que nous avons appelé chez Terrena l'agriculture «écologiquement intensive». Reste à déterminer les bons ratios qualité/prix pour trouver une voie entre la maîtrise des coûts et le respect de l'environnement.
L'industrie agroalimentaire mise-t-elle également sur l'innovation?
Pour notre part, nous avons renforcé nos équipes de R & D dans tous nos secteurs d'activité pour aller chercher toujours plus de valeur ajoutée et nous inscrire dans les tendances et les attentes des consommateurs. Mais la crise bat en brèche certaines certitudes. Il y a dix-huit mois, les entreprises du secteur mettaient le cap sur les produits prêts à l'emploi. Aujourd'hui, il semblerait que l'on assiste à un retour vers les produits bruts, favorisés par leur prix plus bas et un allongement du temps consacré à la préparation des repas. Il n'est pas facile de déterminer ce qui relève d'un phénomène de crise conjoncturelle et des évolutions plus structurelles. Au-delà des attentes sur les produits de service, je pense que, sans virer dans l'alicament, les tendances de consommation de demain vont vers la recherche de qualité, de naturalité et d'écologie.
Les entreprises agroalimentaires régionales écoulent 80% de leur production sur le marché national. L'export pourrait-il offrir des débouchés à terme?
L'industrie agroalimentaire française évolue dans un contexte de plus en plus international, essentiellement européen. Et nous serons obligés de nous poser la question de l'export. Pour les groupes, comme le nôtre, produisant des produits frais, les capacités d'exportation sont plus limitées. Il faut s'appuyer sur une stratégie consistant à identifier la «french touch» et l'utiliser comme facteur de différenciation.