Joël Freuchet : « Il faut siffler la fin de la récré »
# Conjoncture

Joël Freuchet : « Il faut siffler la fin de la récré »

Le président du Medef des Pays de la Loire dresse un tableau pessimiste de la conjoncture économique régionale avec une situation qui tend à s'aggraver. Inquiet pour 2015, il insiste sur l'urgence du calendrier des réformes avant que des « milliers d'entreprises ne déposent le bilan ».

Q


uel regard portez-vous sur l'année économique 2014 dans les Pays de la Loire ?

Je suis inquiet. Tous les jours, entre 50 et 100 emplois sont détruits sur la région. Est-ce qu'on crée autant d'emplois ? La réponse est évidemment non. La question est de savoir jusqu'à quand nous allons pouvoir tenir. Je suis alarmé par les échos du terrain, l'inquiétude est croissante et forte. On est une belle région qui n'est pas mono-produit, ce qui nous permet d'être en deçà du taux de chômage national, mais ce chiffre est en forte croissance. Les tribunaux de commerce ligériens croulent sous les dossiers. En 2013, près de 6.000 entreprises régionales ont déposé le bilan (+ 7 % en un an) et 2014 est pire que 2013...


Quels sont les secteurs les plus impactés ?

Le bâtiment et les TP sont à la pointe de l'effondrement. Les entreprises du secteur subissent de manière brutale la baisse de la dépense publique dont elles dépendent à 60 ou 70 %. Sur 2014, on a une baisse de 15 % des mises en chantier et de 21 % pour les dépôts de permis. On estime à environ 4.000 le nombre d'emplois supprimés dans le bâtiment cette année. Depuis deux ou trois ans, les prix sont très bas et les marges laminées. En cumulant le manque de trésorerie et maintenant, l'absence de commande, ils n'ont même plus les moyens de licencier et sont contraints au dépôt de bilan. Pour l'horticulture, je n'ai pas de mots. Les coûts de main-d'oeuvre, la distorsion de concurrence, le climat et la baisse de la demande des collectivités font que l'on arrive à des situations dramatiques. Du côté des services, on constate également une accélération des fermetures. Nous sommes sur un effondrement progressif dont on ne voit pas l'issue.


A contrario, quels sont les secteurs prometteurs ?

On parle beaucoup des objets connectés qui représentent une filière d'avenir. C'est positif, mais on sait aussi que ce secteur, même s'il est créateur d'emplois ne compensera pas les pertes actuelles. Dans l'industrie, il y a des perspectives. Il existe des secteurs qui ne s'en sortent pas trop mal comme le naval même si cette activité connaît des hauts et des bas, l'aéronautique, le luxe avec de grands acteurs présents sur nos territoires comme Longchamp ou l'agroalimentaire. Mais, l'industrie vend des produits concurrencés au niveau national comme à l'international et on ne lui donne pas les moyens d'être concurrentielle. Nous avons toutefois sur la région des métiers industriels en tension (soudeurs, chaudronniers), la réforme de la formation professionnelle qui s'appliquera dès janvier 2015 devrait redonner aux entreprises la capacité de répondre à leurs besoins.


Il y a presque un an, vous vous réjouissiez du tournant amorcé par le gouvernement en faveur des entreprises. Êtes-vous toujours confiant ?

Les amortisseurs sociaux sont à bout de souffle, le risque est que le pays explose même si j'ai du mal à l'imaginer. Le temps financier pour l'entreprise n'est pas le temps politique. On ne pourra pas attendre 2017 et les véritables premiers effets du Pacte de responsabilité. Qu'est-ce qu'on fait en janvier 2015 ? Notre espace-temps n'est pas pris en compte par les pouvoirs publics... Il faut que la maîtresse siffle la fin de la récré ! Les réformes doivent aller vite pour être efficaces. Nous arrivons au point de bascule avec une confiance qui n'est pas renouée. Il y a vraiment urgence, des milliers d'entreprises risquent de passer à la trappe en 2015.


Malgré tout, quels sont vos espoirs pour 2015 ?

Je crois aux initiatives locales. Je pense par exemple à Solidéa (collectif d'entreprises à l'origine d'un fonds de garantie) dans la Sarthe ou au lancement de la marque Produit en Anjou qui compte déjà 7 ou 8 produits. En Mayenne, les gens se rassemblent, CCI, CMA, UIMM, Medef à l'instar de la Vendée qui a compris depuis longtemps l'importance de la solidarité et où élus et dirigeants d'entreprises travaillent main dans la main.

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