Sur son bureau de la mairie de Grenoble, encombré de dossiers, Jérôme Safar, 43 ans, 1er adjoint au maire et président de Gaz électricité de Grenoble, a laissé traîner quelques livres, dont un sur Jaurès. Il a adhéré au parti socialiste en 1986, alors qu'il était étudiant à l'Institut d'études politiques de Grenoble, section économie financière. «Mais mon premier engagement politique date de 1984. J'étais encore lycéen quand j'ai adhéré à SOS Racisme. Ce n'était pas bien vu dans mon établissement du 6earrondissement de Lyon, un quartier bourgeois et, au moins à l'époque, très connoté à droite. Le censeur m'a interdit de venir au lycée avec une petite main au revers de la veste. Le lendemain, je n'en avais pas une, mais vingt-cinq, partout sur mes vêtements, mon sac... C'est mon état d'esprit: je n'aime pas qu'on me dise ce que je dois faire ou ne pas faire.»
Libre arbitre
Jérôme Safar a grandi dans une famille «très attachée au libre arbitre. À la maison, on parlait de politique tout le temps. Avec mon frère et ma soeur, nous étions libres de nos engagements tant qu'ils étaient républicains et que nous étions responsables de nos actes». Sa mère, enseignante, s'est arrêtée de travailler pour élever ses trois enfants puis a repris des études à 45 ans pour être professeur d'espagnol. «Elle est un exemple pour moi de véritable détermination et de courage. Elle a passé les examens les uns après les autres, alors que j'étais moi-même étudiant en licence d'histoire puis en maîtrise de sciences politiques à la Sorbonne.» Son père, médecin psychiatre, travaillait notamment à «la réinsertion des prostitués et accueillait des médecins exilés du Chili». Jérôme Safar remarque qu'avoir un père en profession libérale lui a donné «le respect pour l'entrepreneur et les risques qu'il prend. J'ai vu ce que cela implique comme charge de travail et comme sacrifices. Il m'a inculqué des valeurs comme le service à rendre aux autres, avec toujours l'intérêt général à l'esprit.»
Politique ou entreprise
En 1988, avant même la fin de ses études, Jérôme Safar commence sa carrière politique, comme assistant parlementaire de Michel Destot d'abord, puis comme contrôleur de gestion de l'association de financement des Clubs Convaincre de Michel Rocard, puis à nouveau chef de cabinet de Michel Destot, et directeur de cabinet de Jean-Paul Huchon, alors président du conseil régional d'Ile-de-France. Mais après dix ans d'expérience, Jérôme Safar «ne veut plus vivre du milieu politique et ressent le besoin de maintenir une assise professionnelle dans le privé». Sans trop savoir ce qu'il cherche comme poste, il finit par décrocher un rendez-vous chez Bouygues Construction. «J'ai été affecté aux ressources humaines de GFC Construction. J'ai appris le travail sur le tas, puis suis passé au service communication.» Il tire un bilan extrêmement positif de ses six années en entreprise. «Elles ont été les plus intenses et les plus extraordinaires de ma vie. Ça met beaucoup de plomb dans la tête quand on rencontre un chef de chantier qui se lève tous les matins à 5heures pour travailler dehors par -5ºC et qui est responsable de la sécurité et de la vie de ses ouvriers. Peu de politiques savent comment ça se passe en entreprise, et inversement. Le privé a été ma meilleure école de formation. J'y ai appris l'humilité, l'efficacité, la compétitivité et la nécessité de rassembler autour d'un projet. Il s'est passé quelque chose pour moi durant ces années. Je n'ai plus été le même après. Depuis, je suis capable de prendre de la distance, de donner des priorités, de travailler avec des gens plus intelligents que moi...» Mais comme il était en même temps conseiller régional et adjoint au maire, il a dû se résoudre à choisir. «Je devais être honnête avec moi-même et avec l'entreprise. Je suis parti avec une vraie nostalgie.»
Président de Gaz électricité de Grenoble et 1er adjoint au maire de la ville, en charge notamment des finances, Jérôme Safar est un politicien qui se dit très marqué par son expérience dans le privé. Il en garde une forte estime pour les chefs d'entreprise.
Anne-Gaëlle Metzger