Jean-Jack Queyranne : « Ma priorité : cap sur l'innovation »
# Politique économique

Jean-Jack Queyranne : « Ma priorité : cap sur l'innovation »

INTERVIEW. À la tête de la Région depuis tout juste de 10 ans, Jean-Jack Queyranne se voit tout à fait ressigner en décembre pour un nouveau mandat. Il aurait alors à coeur de promouvoir une dynamique en matière d'innovation. Mais avant d'envisager la victoire, il devra d'abord rassembler la gauche.

S
ur le plan économique, quel bilan pouvez-vous tirer de vos deux mandats ?

Dans un pays centralisé et qui vit encore dans un modèle de concentration des pouvoirs de décision à Paris, la Région Rhône-Alpes a su affirmer son rôle. Depuis 10 ans, nous nous attachons à accompagner les entreprises d'une façon différente. Nous avons quasiment mis un terme à la subvention pour rechercher les effets de leviers, notamment en créant différents fonds mais aussi en aidant à structurer les pôles de compétitivité. Ces derniers, au nombre de 12 nous permettent de mettre l'accent sur le soutien à l'innovation. Nous avons contribué à donner une visibilité aux entreprises rhônalpines sur le plan national et international.


Vous assurez que la page de l'économie administrée est tournée. Pourtant, pour beaucoup, Paris continue d'imposer son "diktat"...

Avec le fonds régional de l'innovation nous sommes en train d'inventer les instruments d'une nouvelle économie. La France a un temps de retard parce qu'elle est marquée par le colbertisme industriel, par les grands projets nationaux. À l'avenir il y aura peut-être quelques grands projets... Mais dans la compétition internationale, je crois désormais au dynamisme des réseaux et aux approches collaboratives. Je soutiens l'idée que les conceptions en matière d'organisations ne sont plus des conceptions en silos mais qu'il faut organiser les coopérations entre les entreprises et utiliser leurs spécificités. Par exemple, vous ne pouvez pas concevoir un cas d'énergie renouvelable si vous n'avez ni les composants chimiques ni une réflexion informatique....


Vous estimez avoir davantage les moyens que Bercy de faire avancer Rhône-Alpes ?

Les Régions ont pris leur place, l'activité régionale s'est organisée. Mais les centres de décisions sont encore trop concentrés sur la capitale. L'aéroport de Saint-Exupéry en est typiquement une conséquence. Ce n'est pas logique que Rhône-Alpes, la 7ème Région européenne n'ait que le 47ème aéroport. L'aéroport est un symbole, une marque de puissance et aussi un service. L'État n'assure pas. Il y a une consanguinité entre la DGAC, Air France et ADP. Et cette consanguinité étouffe Saint-Exupéry.


Le rôle de la Région, c'est de fédérer l' écosystème ?

C'est de participer à l'organisation de cet écosystème. C'est aussi de contribuer au dialogue social. La Région doit aussi créer l'environnement favorable pour les entreprises. Cet environnement passe par les infrastructures, le cadre de vie, la formation (initiale, apprentissage...). Nous sommes sur ces critères plutôt en réussite. Par exemple, la progression en matière d'apprentissage a été forte (de 32.000 contrats en 2004 à 40.000 aujourd'hui) même si on marque le pas aujourd'hui avec la crise.


Tout cela implique une contribution financière... Votre adversaire, Laurent Wauquiez, vous attribue justement des dépenses démesurées, à l'instar de l'Hôtel de Région. Quelle est votre position ?

Il est totalement ringard. À son âge il ferait mieux de parler de l'innovation plutôt que d'aller chercher de mauvaises querelles. La Région n'est pas dépensière. Les notations attribuées par les agences indépendantes, souvent sévères pour les collectivités publiques, sont bonnes. En outre, la Région s'est installée à Confluence parce qu'elle n'avait aucune visibilité et que les conditions de travail à Charbonnières étaient dérisoires pour une administration qui se voulait moderne.


Pour un prochain mandat quelles seraient vos priorités économiques ?

Si je me projette, je compte mettre davantage le cap sur l'innovation car le monde va vite. En 10 ans, la Région a investi 1 Md€ sur les universités et les centres de recherche. On a mis des moyens pour favoriser leurs liens avec l'économie. L'innovation passe par ces transferts. Et pour continuer dans cette dynamique, nous allons créer le fonds d'innovation Rhône-Alpes (FIRA). Autre dispositif : le fonds régional d'investissement (FRI). Il a contribué à sauver et maintenir 1.300 emplois. La Région a permis que ce projet de partenariat public/privé voie le jour.


C'est votre contribution pour aider l'industrie à opérer sa mutation ?

Nous ne prendrons pas la place de l'industrie ! La Région, par contre, peut attirer les investisseurs, accompagner des marchés porteurs et faciliter les alliances technologiques. Elle doit aussi rappeler le rôle de la science et du progrès. Si nous devenons une Région qui ne porte plus de discours de développement économique, nous serons une Région qui s'affaiblira. C'est important de plaider pour une économie ouverte sur l'Europe.


D'autant que les entreprises qui s'en sortent le mieux sont celles qui se tournent à l'international...

Oui. Ni la fermeture des frontières ni la relocalisation des activités ne sont des solutions. Il y a des élus verts qui portent le discours de la décroissance. S'inscrire dans cette idéologie, c'est aller contre la Région. Opter pour un discours de fermeture des frontières, de repli c'est aller contre la Région. C'est un débat que je veux porter avec des convictions fortes.


Est-ce que French Tech peut-être un moteur pour l'économie numérique malgré la faiblesse de l'enveloppe financière dédiée ?

J'ai réuni le mois dernier les leaders rhônalpins en matière de French Tech. Je les sens plein d'allant ; le label les mobilise. Mais je soulève deux problèmes par rapport à French Tech. D'abord 200 M€ au niveau national c'est faible par rapport aux ambitions. Et puis, il faut organiser cette French Tech à l'échelle régionale. On a choisi de multiplier les labellisations alors qu'il fallait jouer la synergie. Rhône-Alpes peut peser à l'échelle du monde, Lyon peut-être pas.


Le sommet franco-Italien mi-février a débloqué la situation du Lyon Turin. Que peut apporter la LG




V à l'économie de Rhône-Alpes ?

On n'arrête pas de mettre la pression. C'est un projet écologique et européen. Écologique car on ne peut pas être choqué par la pollution de la vallée alpine et subir cette pollution. C'est aussi un projet européen. Si nous nous trouvons à l'écart des grands courants qui vont des ports de l'Europe du Nord et qui descendent via l'Allemagne, la Suisse et l'Italie du Nord, nous serons marginalisés. Il faut donc créer le franchissement des Alpes. Et puis, il n'y a pas que le tube. L'amélioration des circulations franco-françaises est en jeu. Le Lyon Turin, avec les financements européens, représente une chance d'améliorer le réseau ferré en Rhône-Alpes. Sans compter les retombées pour les entreprises et l'emploi local !


L'A 45 ne figure pas dans le Plan État Région. Si jamais la compétence route venait à être attribuée à la Région quelle serait votre position ?

Je suis favorable à l'A 45. Il faut améliorer les relations entre Saint-Étienne et Lyon. Mais la Région a toujours dit qu'elle ne financerait pas parce que ce n'était pas de sa responsabilité. Si la Région, dans le futur, récupère la compétence routes, nous reverrons notre position. Au niveau du financement, la facture s'avère énorme pour les collectivités. La solution pourrait être de trouver un montage particulier. Après tout, la participation des collectivités pourrait se caler sur la durée de la concession et non sur 15 ou 20 ans.


Quelle suite pour ERAI après la mise en redressement ?

Un administrateur a été nommé. Maintenant, je dis qu'en lien avec les responsables économiques de la Région, nous prendrons nos responsabilités pour proposer une recomposition d'ERAI dans le cadre du redressement judiciaire. Nous n'arrêterons pas d'accompagner les entreprises à l'international... ERAI remplit une mission d'intérêt général. Mais il faut une majorité. Sinon tout s'éteint.


Où en sont vos relations avec les Verts...

Les Verts ont leur personnalité. Après l'épisode du contrat de plan, je leur ai demandé de faire acte de loyauté et d'engagement pour la mise en oeuvre de la politique régionale. Leur réponse a été une réponse que j'interprète positivement. Ils veulent certes garder leur identité mais personne ne leur demande d'y renoncer.


C'était une réponse de type "oui mais"...

Vous avez raison mais je préfère garder le oui pour avancer que le mais. Les élections départementales viennent de montrer que quand la gauche est divisée, la gauche est battue. En Isère, au premier tour, la gauche fait 43 %, la droite 29 %, le FN la différence. La gauche perd le conseil départemental. La division est toxique et je préfère rassembler autour de moi avant décembre 2015.


Vos relations avec le Grand Lyon sur les questions économiques ne sont pas toujours au beau fixe. Qu'en est-il ?

L'avenir des grandes Régions repose sur de bonnes relations du couple Région-Métropoles. En ce qui concerne la Métropole de Lyon, elle ne peut accaparer le développement économique de la Région. C'est un choix d'organisation, d'aménagement territorial. Nous ne pouvons pas accepter qu'il y ait des territoires avec des poches de désespérances sociales... Je suis résolument pour l'équilibre des territoires. Il ne faut pas donner le sentiment que le Grand Lyon prend toute la place. La politique économique de la Région n'est pas dictée par les intérêts de la nouvelle bourgeoisie urbaine. La Région n'est pas à la remorque du Grand Lyon. Je dis au Grand Lyon coopérons, travaillons, ne jouons pas "perso". Nous n'allons pas réécrire les histoires de guerres de territoires...

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