Comment analysez-vous la situation actuelle des entreprises dans la région ?
L’année 2025 a été contrastée, avec une incertitude qui demeure depuis la dissolution de l’Assemblée Nationale en juin 2024. Pour pas mal d’entreprises, les chiffres ont été plutôt bons au premier semestre. Certaines ont même élaboré des projets à cette période, mais elles ne s’engagent pas et attendent. Il y a donc moins d’investissements, mais aussi moins d’engagement dans l’apprentissage et la formation. À partir de juin 2025, on a aussi commencé à réduire les budgets de communication. Les entreprises ont donc un peu mis le pied sur le frein.
Tous les secteurs sont-ils concernés ?
Les entreprises qui travaillent pour l’aéronautique et la défense ont une visibilité plus longue, avec des cadences de production satisfaisantes. Le secteur médical tourne aussi plutôt bien. L’électronique connaît quant à lui un léger ralentissement. Un secteur qui souffre est celui du commerce : on enregistre des fermetures, sans renouvellement, qui se font à bas bruit et on en parle peu. Nous sommes très impliqués dans les problématiques de revitalisation du commerce, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
Quels sont les atouts des Pays de la Loire pour résister à la crise que nous traversons ?
La région a une grande diversité d’entreprises de toutes tailles et de tous secteurs d’activité, avec un écosystème équilibré et un maillage territorial fort. Les Pays de la Loire sont aussi le berceau de beaucoup d’entreprises familiales, ce qui est un facteur de résilience et de résistance aux difficultés. Nous avons également de grands donneurs d’ordres, comme Airbus, Thalès ou Les Chantiers de l’Atlantique, qui sont très ancrés dans le territoire et sont des moteurs pour l’économie locale.
Nous devons garder une vigilance sur l’industrie automobile. Certaines entreprises de ce secteur ont commencé à se réinventer, d’autres sont sur des technologies déjà vieillissantes. Il est donc important d’être à leur contact pour qu’elles n’aient pas tout à coup l’envie d’aller ailleurs. Elles fournissent beaucoup de travail localement : cela va des services de proximité, comme l’intérim, l’entretien, jusqu’à la supply chain avec les sous-traitants fournisseurs de pièces.
Dans le contexte actuel, quel est votre rôle en Pays de la Loire ?
Actuellement, il est encore plus important de travailler ensemble. Le réseau des CCI est impliqué dans de nombreux clubs d’entreprises ou réseaux, comme dans les clusters tels que Neopolia. Nous allons même plus loin en animant des clubs Stratégie achats, qui regroupent, autour de grands donneurs d’ordres, de plus petites entreprises. Le portail CCI Business est le fer de lance de ces clubs Stratégie achats. On y permet aux grands donneurs d’ordres de déclarer leurs intentions d’appels d’offres ou de marchés pour que les PME puissent y répondre seules ou avec d’autres. De son côté, le grand donneur d’ordres va pouvoir identifier les sous-traitants qui peuvent travailler pour lui dans la région. Ce portail a été initié pour Superphénix en Normandie et il se déploie maintenant sur la France entière au fur et à mesure des besoins des régions, dans l’industrie navale, l’aéronautique ou encore les énergies renouvelables. C’est un accélérateur de business.
Qu’attendez-vous des grands donneurs d’ordres, publics ou privés ?
Le porte-avions Pang de nouvelle génération a été annoncé, et l’État a aussi commencé un travail important sur la base industrielle des technologies de défense, mais les marchés ne sont pas lancés. C’est le cas également de la PPE 3, la programmation pluriannuelle de l’énergie. Les PME sont prêtes à répondre et se sont organisées pour cela. On a également la filière aéronautique, qui monte en cadence, pour lesquels j’ai le sentiment que les marchés arrivent doucement. Or, pour permettre aux PME de se structurer ou de préparer leur structuration, il leur faudrait plus de visibilité. Grâce aux clusters, les grands donneurs d’ordres pourraient expliquer leur projet à court, moyen et long terme, pour que l’ensemble des PME qui peuvent servir ces projets s’organisent afin d’y répondre.
Le manque de visibilité a-t-il des conséquences sur les actions de formation des entreprises ?
Nous sommes face à deux phénomènes : avec ce manque de stabilité et de visibilité, les entreprises sont plus réticentes à prendre autant d’apprenants en alternance. On se retrouve donc avec des apprentis qui ont choisi leur formation, mais qui ne trouvent pas ou moins facilement une entreprise. Le second frein, que l’on constate surtout auprès de petites structures, TPE ou PME, c’est la hausse du coût de l’apprentissage et le reste à charge pour l’entreprise. Dans nos CFA, la rentrée 2025 a donc été en demi-teinte. Il y a aussi parfois des difficultés à se loger, dans certains secteurs géographiques. Si un jeune a des difficultés pour trouver une entreprise et un logement, j’ai peur qu’il baisse les bras.
Nous devons donc travailler sur deux axes : celui des jeunes, pour les orienter dans les bonnes filières et leur donner envie de rejoindre ces métiers. Pour cela, il faut comprendre les attentes des entreprises à court et moyen termes. Par ailleurs, nous avons aussi un rôle de sensibilisation auprès des entreprises pour qu’elles continuent à prendre des alternants.
Depuis des années, les entreprises souhaitent une simplification qui tarde à se mettre en place ?
Il existe toujours plein de formulaires, d’organismes, de réglementations, de normes. Or, aujourd’hui, il n’existe pas d’outil qui prouve qu’une nouvelle norme, une nouvelle règle ou une nouvelle loi va vraiment simplifier la vie de l’entrepreneur. Ce que le réseau des CCI propose depuis longtemps, c’est que lorsqu’une nouvelle norme ou une nouvelle réglementation apparaît, on prenne un panel représentatif de PME pour la tester avant de la lancer à plus grande échelle. On pourrait aussi imaginer qu’une nouvelle norme en absorbe deux autres, ce qui permettrait de simplifier.
Qu’attendent les entreprises et leurs dirigeants ?
Les entreprises veulent de la clarté, une boussole, un chemin, qu’on leur dise que pendant trois ou cinq ans, on va arrêter de remettre des normes et changer les règles du jeu. Je ne connais pas une entreprise qui travaille avec un plan stratégique à un an. C’est au mieux de la tactique. En entreprise, un plan stratégique est souvent élaboré pour 5 à 7 ans. On a donc besoin d’avoir de la visibilité sur 5 à 7 ans pour pouvoir redémarrer. Nous avons des secteurs forts, comme l’aéronautique, la défense, l’automobile et ses potentiels, l’électronique professionnelle ou encore une industrie agroalimentaire reconnue dans le monde entier. Si l’on remet les entreprises en confiance, il n’y a pas de raison que cela ne reparte pas. Mais si on attend trop longtemps, cette confiance sera perdue.
Restez-vous confiant ?
Je suis résolument optimiste : pour que les entreprises retrouvent confiance, il faut juste que nos responsables politiques disent : "Ok, on vous remet sur la trajectoire et allez-y, on va vous soutenir." Il ne faut pas oublier que c’est l’entreprise qui fait vivre le pays. Ce n’est pas l’inverse. Sans entreprise, il n’y a pas de salariés, il n’y a pas de commandes ni de facturation, pas de salaires, pas d’impôts et pas de TVA. Ce qui m’inquiète, c’est que l’on a devant nous encore un an et demi, voire deux ans, de marasme possible, jusqu’à l’élection présidentielle et la mise en place ensuite d’un nouveau projet. Deux ans, lorsque l’on se met à la place des entrepreneurs, et même des salariés qui commencent eux aussi à douter, c’est trop long. Il faut donc redonner un cap assez rapidement.