Il parle aisément de son métier mais est peu enclin à se raconter. Pour en savoir un peu plus sur Jean-Claude Merlane, il faut donc interroger son entourage. Jean-Pierre Bouchez, consultant parisien, l'a rencontré il y a trois ans pour réaliser son portrait dans la réédition de l'ouvrage «Le Conseil, le livre du consultant et du client». Il voit dans celui qu'il classe parmi les figures du conseil d'aujourd'hui «une exception dans cet univers où l'on rencontre souvent des ego surdimensionnés». D'ailleurs, Jean-Claude Merlane précise d'emblée que s'il a baptisé son cabinet de son patronyme, c'est à la demande de ses clients férus des «formations Merlane».
Double vie: la musique...
Derrière cette bonhomie empreinte de mystère, Jean-Claude Merlane cache un parcours atypique. Alors qu'une majorité de consultants sortent des grandes écoles, il a emprunté la voie universitaire pour suivre des études de... psychologie. Issu d'une famille modeste, ce Carcassonnais d'origine finance sa scolarité en joignant l'utile à l'agréable. Passionné de musique depuis son adolescence - il commence à quinze ans à jouer de la batterie et du trombone à coulisses - il va diriger pendant près de huit ans Claude Gall, un orchestre de variétés. Un amour de la musique - «dès lors qu'elle est bonne»-, toujours vif aujourd'hui. En effet, si son cabinet est adhérent d'Aïda (association des industriels et entreprises amis de l'Orchestre national du Capitole de Toulouse), Jean-Claude Merlane est très investi dans ce club de mécènes. «C'est un adhérent plus averti qu'un autre. Naturel, ouvert, c'est un très bon critique musical. Il n'assiste pas seulement aux concerts, il a accompagné l'orchestre en tournée notamment en Espagne. Il est également devenu membre du conseil d'administration du club», confirme Francis Grass, président d'Aïda.
...et la psychologie
S'il a choisi d'étudier la psychologie, c'est simplement «pour aider les autres». Pour lui, la thérapie, c'est réussir, grâce à l'écoute, à la compréhension et à la curiosité de l'autre, à démonter les mécanismes de la souffrance. Pendant cinq ans, en parallèle de ses études, il va exercer à l'hôpital Saint-Joseph de Cluny à Limoux. Il avoue avoir rencontré des gens brillants souffrant d'addiction ou de schizophrénie mais il ne s'étend pas sur le sujet. Et bientôt, il évoque la fin de cette aventure. Sensible au courant de l'antipsychiatrie, il décide de ne pas poursuivre sa carrière dans le milieu hospitalier. «Il fallait plus soigner l'institution que les patients», déclare-t-il. Il précise en souriant que ce côté rebelle lui vient de ses origines. «Les Carcassonnais n'ont ni Dieu ni maître». De cette époque, il n'a gardé aucun contact mais un grand sens de l'écoute, essentiel tant dans ses relations avec ses clients qu'avec ses collaborateurs.
Transmission de valeurs
Bien que formé sur le tas dans un cabinet de conseil parisien, il accorde beaucoup d'importance à la formation des consultants. Professeur à l'ESC Toulouse dès les années 80, il participe, en partenariat avec Syntec Conseil en Management, à la création du Management Consulting MBA. Un don particulier pour la transmission non seulement d'un savoir mais aussi de valeurs. Parmi elles, «la loyauté au-delà de la fidélité», selon Stéphane Adnet, l'un de ses anciens élèves devenu aujourd'hui son associé. Valeur n'est pas dogme. «Je ne suis pas un homme de chapelles. J'utilise les outils et approches qui répondent aux besoins de mon client», insiste Jean-Claude Merlane. Toutefois il a un penchant pour la maïeutique, l'art de faire accoucher des idées que l'interlocuteur a du mal à verbaliser. Un outil qu'il utilise aussi avec ses salariés. «Il vous met en situation d'être bon. En écoutant ses consultants, il les fait progresser», constate Jean-Pierre Bouchez. Mais qu'adviendra-t-il quand le maître se retirera? Certes, la retraite n'est pas d'actualité mais Jean-Claude Merlane a déjà pensé à sa succession: le cabinet s'appuiera alors sur une équipe de cinq directeurs, formés à la méthode Merlane.
On le surnomme parfois le «grand homme du conseil» et à la vue de son parcours, on comprend pourquoi. À la tête du cabinet éponyme, Jean-Claude Merlane est également administrateur national de Syntec Conseil en Management et responsable de deux chaires de recherche.
Marie Lepesant