Jean Azema : «Solvabilité II: pas adapté à la situation»
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Jean Azema : «Solvabilité II: pas adapté à la situation»

La directive européenne Solvabilité II, Jean Azema n'en veut pas. Dans un entretien exclusif au Journal des Entreprises, le directeur général de Groupama et président de la Fédération française des sociétés d'assurance mutuelle monte au créneau pour dire pourquoi forcer les compagnies d'assurances à augmenter leurs fonds propres aura des conséquences graves. Sur les équilibres économiques de ces dernières, sur les contrats d'assurances, mais aussi sur les entreprises françaises. Propos recueillis par Philippe Créhange



Le projet de directive européenne Solvabilité II prévoit de contraindre les compagnies d'assurances à augmenter leurs fonds propres. Son application pourrait intervenir fin 2012. Quelles seraient les conséquencesde cette directive?

Ça veut dire que le risque d'assurances va coûter plus cher et qu'il va falloir résoudre ce risque par les tarifs, la maîtrise technique et la productivité.


Donc que les assurés verront leurs contrats augmenter?

Cela risque d'avoir des conséquences - je ne dis pas que c'est une certitude - en partie sur les tarifs d'assurances. Ça, c'est le premier impact. Mais il y en a un deuxième. L'Europe nous dit ?Si vous avez des actions en portefeuille, il faut avoir des fonds propres beaucoup plus importants?. C'est vrai que les actifs en actions sont plus volatils que les obligations d'État. Mais si Solvabilité II voit le jour, ça veut dire que les placements en actions seront moins incitatifs pour les compagnies d'assurances. Nous en aurons moins en portefeuille, donc moins de revenus financiers. Cela va peser sur la rentabilité des compagnies d'assurances. De plus, si nous nous désengageons des actions - aujourd'hui Groupama a 15% de son portefeuille en actions, c'est-à-dire un peu plus de 12milliards d'euros - il y aura moins de fonds investis dans les entreprises.


Si on devait résumer, vous n'en




voulez tout simplement pas de cette directive?

Je pense que l'idée est intéressante mais que l'application qui en est faite aujourd'hui aboutit à quelque chose qui n'est pas adapté à la situation économique de l'Europe.


Groupama a réalisé en 2009 un chiffre d'affaires en hausse de 7,6%. Même tendance pour le résultat net. Comment expliquez-vous ces chiffres?

L'année 2009 a été une année positive pour Groupama parce que nous avons poursuivi notre croissance organique dans un contexte économique et financier qui était difficile. On trouve là le fruit des investissements que nous avons réalisés depuis maintenant plusieurs années. En investissant à la fois dans les réseaux, la marque commerciale et l'innovation produit.


Où en est votre projet de cotation en bourse?

Le président l'a annoncé lors de la publication des comptes de 2009. Nous nous préparons activement à cette cotation. Il fallait transformer le groupe, améliorer ses résultats avant de l'envisager. Aujourd'hui, c'est chose faite donc nous choisirons le moment qui nous paraîtra le plus opportun, c'est-à-dire peut-être un moment où la volatilité des marchés et où l'environnement économique seront meilleurs.


Ça ne sera donc pas pour 2010?

Non, ce ne sera sûrement pas pour 2010, même si nous n'avons pas fixé de date précise. Le contexte économique et les incertitudes réglementaires ne nous permettent pas d'envisager une cotation très rapide.


Votre objectif annoncé de devenir dixième groupe européen à l'horizon 2012 (15e aujourd'hui), est-il tenable?

C'est tenable bien sûr puisque nous nous y employons! Ce n'est pas un rêve, c'est une ambition, donc nous avons la volonté de le faire. La cotation est vraiment un moyen de financement de cette croissance au-delà de ce que doivent être nos résultats et surtout de ce que doit être la qualité de nos résultats.


Pour atteindre cette taille, Groupama n'a jamais caché sa volonté de procéder à une opération de croissance externe significative. À quoi ressemblerait la cible idéale?

Il s'agirait d'un groupe d'assurances avec des réseaux de distribution, une image forte dans le pays où ce groupe est implanté et qui présente un potentiel d'amélioration de ses résultats par les synergies qui seraient créées de par son intégration à Groupama.


Le secteur bancaire se désengage de l'assurance. La reprise de certains de ces actifs, pourrait-elle être aussi une piste pour Groupama?

La régulation bancaire va sans doute évoluer. Compte tenu de ce contexte, il est possible d'imaginer que certaines banques rechercheront des partenaires d'assurances plutôt que d'être propriétaire de leur compagnie d'assurances en direct. C'est une hypothèse de travail, intégrée parmi d'autres.


À l'international, vous êtes notamment présent en Grèce et en Hongrie. Compte tenu des difficultés de ces États, le regrettez-vous?

Non. En Grèce, nos résultats ont été positifs en 2009. Nous avons une très belle croissance, même si le contexte du pays est difficile. La Hongrie, c'est une société extrêmement rentable. C'est une position importante car nous sommes là-bas le troisième assureur.


Le président Sarkozy souhaite inscrire la dépendance à l'agenda 2010. Quelle est votre position sur le sujet?

Ce qui est important, c'est qu'on recherche une couverture universelle. Ce qui paraît logique dans un pays comme le nôtre c'est qu'on puisse offrir la garantie à chacun, s'il est dépendant demain, de pouvoir bénéficier des soins et des aides nécessaires. Compte tenu du coût de cette prise en charge, il paraît aussi logique d'associer le financement public et le financement privé. Donc à la fois de réserver la solidarité nationale à ceux qui sont les plus touchés et démunis financièrement, et d'encourager la souscription de contrats d'assurances ou d'épargne individuelle.

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