« Je suis le président d'une SASU qui a la particularité d'avoir racheté une abbaye, l'abbaye de Belval située à Troisvaux. Les religieuses, des cisterciennes, souhaitaient vendre pour se regrouper avec d'autres communautés. Avec quinze bénévoles, nous partagions l'envie de monter un projet qui crée du lien social et porte des valeurs fortes de tolérance, respect, ouverture, épanouissement, solidarité, etc. Cela prend forme à Belval que nous avons acquis le 14 juin 2012.
Objectif : 20 emplois et un CA de 2 M€
Le lieu fait 12 hectares. Les bâtiments sont nombreux et grands. Il fallait un axe pour commencer à articuler notre projet. Il est économique. Les soeurs avaient déjà une activité d'affinage de fromages et une boutique où elles les vendaient. Elles affinaient quelque 20 T/an. Pour démarrer nous avons bénéficié de 200.000 euros pour l'investissement et 120.000 pour nos besoins en fonds de roulements. Pas-de-Calais Actif et la Caisse des Dépôts ont été parmi nos partenaires. Pour cette activité d'affinage de nos quatre variétés de fromage, nous visons quelque 35 T/an et 70 à 90 à l'horizon 2017. Nos débouchés sont la boutique, les crémiers et la GMS. L'idée est de diversifier nos produits et nos marchés. Nous visons 1,8 à 2 M€ de CA à sept ans. Côté effectifs, nous avons repris cinq personnes qui travaillaient déjà à l'abbaye, quatre autres personnes issues de l'insertion nous ont rejoints. À terme, la structure devrait générer une vingtaine d'emplois. L'activité hôtellerie démarre aussi dans un des bâtiments. Nous allons avoir une capacité de 25 lits.
Un potentiel énorme
Plus tard, nous pourrions aussi aménager la partie qu'on appelle monastère et là avoir une offre d'hôtellerie très importante avec soixante lits de plus. Mais là cela implique un investissement beaucoup plus important. Le rachat des bâtiments avoisinerait les deux millions d'euros et les travaux atteindraient quelque cinq millions d'euros. Les pistes que nous étudions sont un rachat par la communauté de communes, voire le concours de bailleurs sociaux ou du mécénat. Soit ce sera l'une de ces solutions voire pourquoi pas un cumul des trois.
Des entreprises à l'abbaye
L'enjeu de la partie monastère nous ouvrirait le créneau de séminaires d'entreprises et des rassemblements d'entreprises. Vu que l'abbaye a une vocation sociale et solidaire, on peut aussi imaginer que dans ce lieu, un dirigeant puisse rencontrer, s'il le souhaite, un public en insertion. Le lieu le permettra. Pour réussir notre pari au sein de l'abbaye, nous n'avons pas le choix, il faut occuper le terrain et jouer cette carte de la multifonctionnalité. Les projets ne manquent pas : des concerts, des expositions, des résidences d'artiste, pourquoi pas une université rurale ? Notre modèle économique est peut-être particulier mais nous croyons à cette économie sociale et solidaire. »
Propos recueillis par Ségolène Mahias SAS abbaye de Belval
(Troisvaux) Président : Luc Clabaut 9 salariés 600.000 euros de CA prévisionnel 03 21 04 10 10 www.abbayedebelval.fr
SON DéFI Luc Clabaut et un groupe de bénévoles se sont lancés un pari un peu fou. Faire de l'abbaye de Belval à Troisvaux, une entreprise aux dimensions économiques et sociales. Premiers succès avec la fromagerie et le lancement de l'activité d'hôtellerie.