« Des anecdotes, j'en ramène évidemment de chacun de mes voyages, confie Thomas Riegert, dirigeant des Cafés Reck à Strasbourg (35 salariés, CA non communiqué), tout juste rentré d'une visite de plantations de café en Jamaïque et en République Dominicaine. Je me rappelle encore nettement du jour où je me suis perdu dans la jungle costaricaine... J'avais rencontré sur ma route des cartographes américains qui m'avaient indiqué un biotope très intéressant. Seulement, leur carte n'était pas à l'échelle. J'ai eu l'imprudence de quitter la piste et mon véhicule pour m'enfoncer dans la jungle, les mains dans les poches, sans autre matériel qu'un appareil photo. Il était 11h du matin. Au bout d'une heure, j'étais perdu. Pas de réseau téléphonique... J'ai erré durant 7 heures, finissant par m'éclairer en me servant de l'appareil photo comme lampe torche, jusqu'à ce qu'un bruit de moteur me ramène enfin sur la piste ! Ce que je peux dire, c'est qu'il y a beaucoup de monde dans ces forêts », sourit-il tout en réécoutant les sons d'animaux et insectes enregistrés par son téléphone pendant ces instants d'éternité.
Trouver le meilleur café
« Mais je ne pars pas pour les sensations, insiste-t-il. Je veux trouver les meilleurs cafés de chaque pays », explique le torréfacteur, qui propose aujourd'hui une trentaine de cafés différents, avec des volumes parfois confidentiels. « Pour produire le meilleur café, il faut connaître les plantations, les terroirs, les hommes qui sont derrière tout ça et leurs méthodes de travail. Détricoter une filière comptant quelque 130 étapes et sublimer le grain par une torréfaction ajustée au plus juste est un travail d'orfèvre qui a un coût, mais les consommateurs comprennent la démarche », assure le dirigeant. Cafés Reck commercialise ses produits auprès du grand public via deux boutiques (une au siège, l'autre rue de la Mésange à Strasbourg, fraîchement rénovée) et son site marchand, et auprès de quelque 2.500 restaurateurs de la région. « Ma volonté est de leur donner les clés de compréhension de chaque café et de la meilleure façon de le déguster, à l'instar d'un bon vin. Et quand on est dans le vrai, pas besoin de pipotage marketing », estime-t-il. Son usine ultra-numérisée est aussi ouverte à ses confrères artisans torréfacteurs. « Depuis sa création, la Compagnie des torréfacteurs, qui compte déjà une vingtaine d'artisans, ne cesse de monter en puissance. Elle représente aujourd'hui 30 % de l'activité du site » estime-t-il.
Une usine à la pointe
Respecter le produit n'empêche pas d'innover. « Après trois ans de travail, les Cafés Reck ont lancé en novembre dernier la commercialisation de leurs capsules de café pour machines Nespresso. « Les systèmes portionnés représentent 34 % de la consommation de café en France, pointe Thomas Riegert. Il faut y aller, mais cela a représenté un sacré défi technique, d'autant que nous avons décidé de fabriquer nos propres capsules, en s'entourant de partenaires autant que possible locaux, pour contrôler que notre café ne soit pas dénaturé. Nous proposons déjà 7 variétés de capsules et bientôt 9, dont une capsule bio et compostable, qui sera disponible d'ici à trois mois » se félicite le dirigeant. Deux ans et demi après son inauguration, la montée en puissance de ces différents projets fait que le site de torréfaction de l'entreprise arrive à saturation. « Avec 700 tonnes de café produites en 2015, nous arrivons au maximum de nos capacités. Nous investissons actuellement 500.000 € dans une nouvelle machine de torréfaction qui sera livrée en mars. Nous prévoyons aussi d'acheter une nouvelle machine à capsules, pour doubler nos capacités, actuellement de huit millions de capsules. Pour faire face, nous envisageons de doubler la surface de notre site. Un projet qui pourrait se concrétiser en 2017... », annonce Thomas Riegert.
Le dirigeant des Cafés Reck, Thomas Riegert, aime trouver l'homme derrière les grains de cafés. Une quête qui le guide régulièrement dans des endroits difficiles d'accès, où l'imprévu s'invite souvent au détour d'un rendez-vous d'affaires...