« Gaëtan et moi avons deux profils aux antipodes. Je suis financier à la base et lui, ingénieur. Avant que nous ne reprenions cette société, je certifiais les comptes d'Iserco pour un commissaire aux comptes : c'est comme ça que j'ai connu l'entreprise et son ancien dirigeant, Michel Haquette. Dans ce métier, on est un peu le psy du dirigeant et un jour, Michel m'a parlé de la proposition de rachat que venait de lui faire un groupe d'investisseurs parisiens. J'avais depuis un moment l'envie de créer une entreprise et une amie m'a suggéré de reprendre celle-ci. C'est comme ça que le projet est né », raconte Antoine Dewitte. Son associé poursuit : « Quant à moi, je connaissais Iserco de longue date par lien familial et en avril 2014, j'y ai pris le poste de directeur technique. Nous avions une relation de confiance avec Michel, qui m'a dit un jour qu'un petit jeune comme moi souhaitait reprendre l'entreprise ».
Une association non désirée mais évidente Antoine poursuit avec l'entrain qui le caractérise : « Michel m'a également parlé de son directeur technique, me suggérant de le rencontrer. Il avait déjà notre binôme en tête. Le souci, c'est que nous ne nous connaissions pas du tout, Gaëtan et moi, et aucun de nous ne voulait s'associer. Nous avons organisé une rencontre et je me suis dit : je bois une bière et dans 15 minutes, je suis parti. Mais finalement nous sommes restés ensemble durant trois heures ! ». Plus posé que son associé, Gaëtan explique : « Nous nous sommes rapidement rendu compte de notre complémentarité de compétences comme de caractère et nous en avons conclu que nous serions plus forts à deux. Par hasard, nous sommes tous les deux des fous de mécanique et nos femmes respectives sont toutes les deux opticiennes ! ».
Deux jeunes dirigeants dans l'industrie Antoine Dewitte, l'actionnaire majoritaire, est formel : « Le fait d'être jeune, c'est une force. C'est vrai que nous avons été testés, mais ce n'est pas pour ça qu'on ne va pas être pris au sérieux. Un des avantages pour l'entreprise, c'est que nous n'avons pas besoin du niveau de rémunération d'une personne de quarante ou cinquante ans. Nous gagnons la même chose que lorsque nous étions salariés. De plus, nous sommes là pour plusieurs années a priori. Nous n'allons pas partir à la retraite dans un futur proche ». Gaëtan complète, en souriant : « Michel avait 29 ans quand il a lui-même créé Iserco en 1981 et nous avions nous aussi 29 ans à la reprise, qui date de décembre 2014 ».
Traiter les sujets qui fâchent « Nous avons une triple obligation de réussite aujourd'hui. Auprès des 30 salariés, auprès de Michel Haquette qui a créé cette société et auprès des banques », explique Antoine Dewitte. Il ajoute : « Pour mettre toutes les chances de notre côté dans cette association, nous avons traité dès le départ les sujets qui fâchent : la mort, la maladie, le divorce... Cela a permis d'évacuer les tensions tout de suite, d'autant que la reprise a été rapide avec 6 mois de montage de dossier et 9 mois au total, de la négociation au closing ». Côté développement, Gaëtan explique : « En 2015, nous avons restructuré les parties commerciales et fabrication. Nous étions connus comme fabricant monoproduit, avec les fonds vibrants, et nous avons voulu devenir experts de la manutention de manière générale, avec 5 gammes : les fonds vibrants, les big bag, les vis sans fin, une activité maintenance et audit et enfin, des projets spéciaux. Quant à la production, nous l'avons réorganisée sur le modèle du lean management ». Et Antoine Dewitte de conclure : « En 2016, l'objectif est d'assoir la situation. Nous réalisons 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires et nous sommes à l'équilibre, mais le trend est plutôt à 4 millions. Nous comptons notamment sur les nouvelles gammes. Aujourd'hui nous réalisons 70 % de notre activité à l'export, nous pouvons encore nous développer en France et surtout, nous aimerions travailler davantage dans notre propre région ! »
À 29 ans, Antoine Dewitte et Gaëtan Dumetz sont devenus en décembre 2014 les deux dirigeants d'Iserco, une entreprise industrielle basée à Gondecourt. À un âge où il est plus courant d'être startupers, ils ont fait le choix de l'industrie.