Une démonstration de force. Ce lundi 13 novembre, dans le King Charles, l’immeuble rénové par le promoteur lyonnais Cardinal qui fait face au siège de la Région, Laurent Wauquiez -qui ne masque pas ses ambitions élyséennes- avait réuni le ban et l’arrière ban économique lyonnais.
Bertrand Rambaud (Siparex), Patrick Martin (Medef), Olivier Ginon (GL events), Bruno Bonnell (député LREM et président d’EM Lyon), Laurent Constantin (Acti, président de TLM), Alain Mérieux et Sidonie (sa belle-fille), Philippe Guérand (CCIR), Isabelle Guillaume (Minalogic)… pas un n’aura manqué la visite et l’inauguration du "Campus Région" du numérique.
Deux ans après son arrivée à l’Hôtel de Région, le président a célébré la réalisation d’une de ses promesses de campagne : la création d’un campus numérique pour répondre à la fois au besoin de formations et à la demande des entreprises (4.000 postes à pourvoir dans le secteur en Auvergne-Rhône-Alpes).
Un investissement de 10 millions d’euros, plus 3,5 millions par an « en vitesse de croisière » dans cet établissement accueillant 13 formations (Signes & Formations, le Cesi, l’Esdes, IT Academy…), dont la plupart sont destinées à essaimer « hors les murs ».
Le 101, projet "phare"
Parmi elles, le projet phare : l’école 101, petite soeur lyonnaise de l'Ecole 42 de Xavier Niel. Elle devrait former 360 élèves par an d’ici trois ans. « Il n’y en a que 120 tous les quatre ans, alors que le secteur en cherche 4.000 » soupire le patron d’Esker, Jean-Michel Bérard. Même réaction de Laurent Constantin (Acti) : « les futurs codeurs et développeurs sont encore trop peu nombreux ! »
« La formation se déroule en théorie en quatre ans, mais les plus motivés termineront en 18 mois », promet Cyril Ihssan, le responsable pédagogique de l’école.
Ce Campus ne constitue en théorie que la première pierre d'un projet plus ambitieux. D’ici 2020, la Région assure que le "Campus région" sera un outil de soutien à la digitalisation des industries. Avec une installation à Charbonnières-les Bains, sur 10,5 hectares.
« Il y aura des conseillers dédiés à l’appui aux dirigeants et aux cadres qui pourront tester leur projet. Ce sera le premier site en France et même en Europe dédié aux industries du Futur » promet le président d’Auvergne-Rhône-Alpes. Qui ne précise pas si l’école 101 sera exilée à Charbonnières, quittant alors le quartier Confluence appelé à devenir un « spot » numérique d’envergure avec l’ouverture en 2020 de la Halle Girard porté par Lyon Métropole et David Kimelfeld.
Le « coup » politique de Laurent Wauquiez
La présence de ce dernier était d'ailleurs la plus belle prise de guerre de cette matinée. Le successeur de Gérard Collomb a accepté l’invitation de son homologue régional. Pour marquer l’importance que revêt le digital sur son territoire (« un renfort exceptionnel pour notre compétitivité »), pour rappeler aussi qu’à quelques pas du Campus s’érigera en 2020 la Halle Girard, l’autre « spot » digital du quartier, avec un budget de 11 millions d’euros. Et aussi pour tourner la page d’une guerre de positions ouverte au printemps 2017. C’était à qui, de la Région ou de la Métropole, s’attribuerait le plus de compétences économiques.
Une réunion en face à face fin octobre semble avoir permis de déminer le terrain.
«On s’est dit qu’on ne serait jamais d’accord sur tout », a rappelé David Kimelfeld, à qui Laurent Wauquiez a tendu le micro. Le nouveau patron de Lyon Métropole a rappelé que l’un et l’autre n’ont pas la « même culture, pas les mêmes ambitions » mais qu’ils partagent « une vision portant sur le développement économique de nos territoires, la même volonté d’apporter un soutien fort aux entreprises et c’est ce qui prime sur nos différences ». « J’ai tenu à ce que David soit là comme président de la Métropole, a enchaîné Laurent Wauquiez. On est capables de mettre nos différences de côté et je vous remercie de vos applaudissements pour lui ». La concorde semble de retour. Personne n’a dit pour combien de temps.
Ecole 101. « C’est ma chance »
Baptiste, 21 ans, ancien préparateur de commandes dans un drive.
Jusqu’en septembre, il était préparateur de commandes dans un Drive, payé au Smic. Aujourd’hui Baptiste, 21 ans, les yeux rivés sur son Mac au milieu d’une forêt de 198 autres écrans sait qu’il a enfin trouvé sa voie. En échec scolaire, il a écumé quatre lycées différents à Lyon, est passé d’une première S à un lycée technologique, avant de repartir en Bac pro… jusqu’à renoncer à passer le bac. Puis il a entendu parler de l’École 101, petite sœur lyonnaise de l’École 42 de Xavier Niel. Pendant l’épreuve de « la piscine » destinée à sélectionner les 120 futurs étudiants parmi les 2.000 prétendants, il a échoué. « Mais j’ai demandé à recommencer, et on m’a accordé ce droit. On était que deux dans ce cas. La piscine, c’est un concours d’un mois, une épreuve intense, à la fois physique et psychologique».
15 à 16 heures par jour
« Durant mes études traditionnelles, je m’ennuyais beaucoup poursuit l'étudiant. La règle fondamentale de 101 est de se débrouiller seul. On demande à ses voisins, on cherche sur Internet : on nous apprend l’autonomie. Je passe 15 ou 16 heures ici chaque jour, y compris les weekends mais quand arrive le soir, je n’ai pas vu passer le temps. J’adore ! ».
Des « Baptiste », l’aéropage de dirigeants invités à visiter les lieux s’est dit prêt à en embaucher « par grappes de dix».