C'est bien à Rouen, port de l'Axe Seine et siège d'Haropa, que le ministre délégué en charge des Transports, Frédéric Cuvillier, est venu le 24 mai dernier présenter la nouvelle « Stratégie nationale de relance portuaire ». Signe supplémentaire, veulent croire les promoteurs d'Haropa, que le GIE constitué en janvier 2012 entre les ports de Paris, Rouen et Le Havre « est devenu le premier ensemble portuaire de France ». « Nous recueillons aujourd'hui les premiers fruits de cette union », analyse Philippe Deiss, le directeur du Grand Port Maritime de Rouen (GPMR). Haropa revendique 120 millions de tonnes de trafics maritimes et fluviaux et une progression de +6 % sur les quatre premiers mois de l'année. « La croissance est forte sur les conteneurs (+5 % à 8,5 Mt) et les céréales (+51 % à 3 Mt), détaille le directeur du GPMR.
L'armement MSC tire la croissance d'Haropa
Simple retournement de conjoncture ou véritable « effet Haropa » ? « Avec Haropa, une dynamique nouvelle s'installe, nos clients nous le disent », plaide Hervé Martel, le directeur du port du Havre (GPMH). La place portuaire havraise qui accumule les bonnes nouvelles - « premiers succès de l'offre unique »- depuis le début de l'année avec la montée en puissance du deuxième armement mondial MSC (350.000 conteneurs supplémentaires attendus à termes sur le terminal TNMSC de Port 2000) « qui tire la croissance d'Haropa », reconnaît Hervé Martel. Ou plus récemment la décision du Taïwanais Evergreen (4e armement mondial) d'installer au Havre des rotations pour son service Asie-Europe CES à compter de juillet. Dans le même temps, à Rouen, c'est CMA-CGM à travers sa filiale Delmas qui conforte la présence de ses lignes africaines (NDLR : lire dans notre édition de juin). « Tout cela traduit la confiance retrouvée de nos clients », estime le directeur du GPMH qui annonce du même coup le lancement imminent d'un « appel à manifestation d'intérêt » pour la création d'un nouveau terminal à conteneurs (quai d'Asie-quai d'Osaka ou Port 2000) pouvant accueillir des navires de grand gabarit. L'investissement, dans sa première phase, pourrait atteindre 65 millions d'euros. Après avoir consolidé ses bases, Haropa souhaite désormais « voir plus loin et plus large », résume son président Alexis Rouque (dg de Ports de Paris). En témoignent les conventions signées en juin avec le port de Gron en Bourgogne géré par la CCI de l'Yonne (photo) ainsi qu'avec la Shema, société spécialisée dans le développement de parc d'activités, partenaire du port de Rouen pour l'aménagement de la zone logistique du parc d'activité Calvados-Honfleur. La Shema qui devait effectuer des premiers repérages dans l'agglomération rouennaise fin juin, confirme son directeur général Alain Kendirgi.
« À quand le déclic ?
» Un tableau parfait, ou presque
, qui fait pourtant vivement réagir le Conseil Économique, Social et Environnemental régional dans un avis rendu en juin sur « Les ports et le territoire ». Le Ceser y dénonce pêle-mêle « une addition (Haropa) qui ne fait pas une stratégie », des villes et des ports qui se tournent le dos et des collectivités territoriales trop peu impliquées dans les décisions stratégiques qui engagent les ports de l'Axe seine. « Concurrencer les grands ports de l'Europe du Nord sur le segment qui a fait leur réussite, le conteneur, paraît quelque peu illusoire », souligne l'organe consultatif de la Région. « Les seuls investissements infrastructurels ne suffiront pas à faire revenir le trafic », prédit le Ceser. « C'est donc l'ensemble de la démarche commerciale qu'il faut repenser ». La dernière pique concerne la gouvernance même des ports au sein de laquelle « les collectivités territoriales n'ont pas d'influence », regrettent les sages qui ne sont guère plus convaincus par la démarche Haropa 2030, réflexion prospective lancée par les ports associés à propos de laquelle le Ceser propose « de renforcer l'implication du Conseil régional » !
Guillaume Ducable
portuaire. Après un an et demi d'existence, le GIE portuaire de l'Axe Seine présente des premiers résultats cumulés en progression sur un an.
Le Ceser invite à une autre stratégie portuaire avec un rôle accru pour les collectivités territoriales.