Grenoble-Paris : Le train leader malgré lui

Grenoble-Paris : Le train leader malgré lui

Paris est une destination incontournable pour les chefs d'entreprise et leurs cadres supérieurs. Pour y aller depuis Grenoble, il n'y a guère que le train. Mais les déplacements sont curieusement tabous en entreprise: qui voyage et à quel prix sont secrets d'État.

Que ceux qui n'ont jamais pris un TGV au départ de Grenoble pour se rendre à Paris lèvent le doigt! La capitale est une destination incontournable pour les dirigeants et les cadres supérieurs grenoblois, que ce soit pour rejoindre leur siège social ou rencontrer prospects et clients. Mais au moment où la campagne "Stop bouchons" bat son plein, nous avons voulu savoir comment vous, chefs d'entreprise, vous vous y rendiez.




Pas plus rapide que le train

Premier constat, qui tombe sous le sens: entre l'avion, la voiture et le train, c'est ce dernier le plus rapide. Avec un trajet direct en trois heures, le TGV remporte la palme, loin devant la voiture (5h15, sans compter les arrêts éventuels) et l'avion, pour lequel il faut compter 4h30 du centre de Grenoble au centre de Paris, en passant par Saint-Exupéry et Roissy-Charles-de-Gaulle. Pour Jean-Pierre Gherardi, directeur de la communication de Schneider electric, «l'avion n'a aucun intérêt. Je fais deux à trois trajets par mois et je prends toujours le train. C'est plus rapide et plus pratique. Et j'ai une carte Grand voyageur SNCF, comme tous ceux dans l'entreprise qui font plus de six ou huit trajets par an.» Du côté de Kelkoo, comparateur de prix en ligne qui dispose de sa R & D à Grenoble, de son siège français à Paris et de son siège mondial à Londres, les trajets se font «toujours en train. On essaie de s'organiser pour réserver au moins deux semaines à l'avance et limiter les dépenses», affirme Astrid Canevet, la responsable communication. Mais dans les deux entreprises le constat est le même: pour restreindre les coûts, la consigne est d'éviter les déplacements et de favoriser les visioconférences.




Qui voyage et à quel prix?

Autre point commun entre les deux multinationales, pourtant de secteur et de taille très éloignés: le budget consacré aux déplacements des cadres et dirigeants est tabou. Même fin de non-recevoir à la CCI de Grenoble. On veut bien parler de plan de déplacement entreprise, mais pas du nombre de trajets Grenoble-Paris effectués par le président et les élus, ni du coût engendré. Par contre, le président de la Chambre, Jean Vaylet, est prompt à dénoncer la lenteur de la liaison ferroviaire Grenoble-Lyon (lire ci-dessous). Et il n'est pas le seul. Robert Sorrel, dirigeant de Batimmo et ancien président de la CGPME Isère, dénonce «le tortillard qui se traîne. Grenoble ne bénéficie pas d'une liaison ferroviaire digne d'une capitale économique à l'ambition européenne. Quant à la desserte aérienne, n'en parlons même pas... Les horaires du TGV sont tellement peu pratiques pour faire un aller-retour dans la journée que bien souvent je prends le TGV à Saint-Exupéry, qui bénéficie de plus de dessertes. Et je suis obligé d'y aller en voiture, qui plus est en passant par Chambéry pour éviter les bouchons de l'agglomération. Ce qui, moi, Dauphinois, me fait trahir mes ancêtres!» Pour lui, le seul intérêt de prendre le train à Grenoble, c'est «la facilité de stationnement». Mêmes échos du côté de Thierry Uring, délégué général de l'Udimec. Il déplore la lenteur de la ligne Grenoble-Lyon, son manque de régularité et de fiabilité, les horaires trop limités du Grenoble-Paris pour qui veut cumuler réunions et rendez-vous sur une journée. «Je prends donc souvent le TGV à Saint-Exupéry, parce que je suis du bon côté de l'agglomération pour éviter les bouchons. Mais j'en connais qui le prennent à Valence ou Chambéry!»




L'avion, en dernier recours

Thierry Uring fait également partie de ceux qui prennent parfois le train non pas pour Paris Gare de Lyon, mais pour Massy, plus au sud. «C'est pratique pour pas mal d'entreprises high-tech ou pour ceux qui vont au CEA à Saclay.» Et l'option avion? «Le problème de l'avion, c'est qu'une fois qu'on est à Roissy, il y a encore du trajet, près d'une heure pour le centre de Paris, note Thierry Uring. Orly est déjà plus intéressant, selon où sont vos rendez-vous.» Les vols Grenoble-Paris sont plus fréquemment envisagés pour les voyageurs longue distance qui ne font alors qu'une escale dans la capitale. Mais là encore, pour attraper un vol depuis Grenoble, il faut aller jusqu'à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry! À moins d'envisager, pour les plus pressés, un vol privé, via un avion-taxi, au départ de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs ou Bron. Il vous en coûtera tout de même de 2.000 à 3.000€ de l'heure...