L'automobile va mal. L'économie d'Ille-et-Vilaine, qui concentre l'usine PSA et une multitude d'équipementiers, est-elle pour autant en passe de vaciller? La réponse est non! D'abord parce que le département, avec l'agro ou les TIC, est diversifié. Et puis aussi parce que les acteurs économiques de tous poils anticipaient depuis déjà quelque temps la crise qui s'annonçait dans l'automobile. Conseil général, CCI, Codespar, Creativ, Région, Agglo... Tous se sont retroussé les manches pour tenter de trouver des raisons d'espérer. Et leur regard s'est porté sur un secteur en particulier: les éco-activités. Un terme générique qui regroupe une foule de filières: énergies renouvelables, traitement de l'eau, valorisation des déchets...
Une demande supérieure à l'offre
Aujourd'hui, on estime à environ 300 le nombre d'entreprises en Ille-et-Vilaine actives dans ce secteur. Et elles sont, au fil des ans, de plus en plus nombreuses pour répondre à une demande croissante. «Le tiers des sociétés créées le dernier trimestre en Bretagne relève des éco-activités», note ainsi Robert Jestin, vice-président de la CCI Rennes Bretagne. «Et au plan national, une étude de l'Ademe estime que le potentiel de création d'emplois est de 120.000 pour les énergies renouvelables et 320.000 pour l'amélioration énergétique». Derrière ces pionniers, toutes les entreprises - des clients potentiels - seront dans le futur contraintes de s'y mettre. «Les entreprises qui n'intégreront pas cette problématique, à terme, se feront sortir de leur marché», annonce Hervé Daniel, directeur de Creativ, association d'accompagnement d'entreprises innovantes. Côté marché, aujourd'hui, «la demande commence à être supérieure à l'offre. Les volumes de pompes à chaleur vont par exemple augmenter de 100% par an pendant quatre ans», cite Hervé Daniel. Or, «les PME et les acteurs industriels ne sont pas assez dans le coup, poursuit ce dernier. Dans le photovoltaïque, la France est passée du 5e au 25e rang. Dans le grand éolien, seuls 10% des éoliennes sont d'origine françaises. Le reste est danois et allemand».
Les pistes danoises et californiennes
L'Allemagne, un pays que Pascal Martin, de la société ArmorGreen (lire ci-contre) connaît bien pour y avoir travaillé dans le passé. Et «comparé aux Allemands, la France a dix ans de retard», confirme ce dernier, soulignant que nos voisins européens n'en sont plus à l'étape de la prise de conscience. Les énergies renouvelables, «en Allemagne, c'est dans la phase de l'inconscient». 60.000 emplois au Danemark autour de l'éolien, une politique industrielle autour des greentech en Californie. Voilà des pistes que souhaiterait suivre l'Ille-et-Vilaine. Un département qui ne part toutefois pas de rien. «Avec les 300 chercheurs du Caren (Centre armoricain de recherche en environnement - Rennes 1) spécialisés dans les domaines de l'eau et de l'hydrogéologie, l'Ille-et-Vilaine dispose d'un atout maître, fait ainsi remarquer Robert Jestin. Des entreprises spécialisées dans la gestion de l'eau se créent, s'installent et se développent sur notre territoire. Il importe de continuer à améliorer les conditions de leur développement.» «Sur le thème de la gestion de l'eau, la Bretagne peut être force de proposition en dehors de son territoire», confirme Hervé Daniel.
L'eau, mais pas seulement
Aujourd'hui, en Bretagne, des commissions prospectives se réunissent d'ailleurs afin de cerner les filières en devenir. On y parle de l'eau, mais pas seulement. «Avec leur expérience dans l'automobile et leur exigence, les équipementiers ont par exemple leur carte à jouer dans des secteurs comme les pompes à chaleur, note le directeur de Creativ. La région se pose aussi des questions sur l'éolien off shore.» Et d'estimer, qu'à terme, dans l'Ouest, un pôle interrégional verra le jour autour des éco-activités. Il pourrait y associer notamment Angers, «qui est très fort sur la biodiversité». Pour le futur, Robert Jestin voit même plus loin que les frontières de l'Ouest. «Les savoir-faire ainsi acquis constituent aujourd'hui de sérieux atouts pour répondre aux besoins d'autres pays moins avancés en la matière. Pour les éco-entreprises, l'objectif est donc de se lancer à l'international», prévient le vice-président de la CCI.
Attention à la bulle
Attention toutefois à l'excès d'optimisme tempère Pascal Martin. Le chef d'entreprise rennais souligne pour sa part qu'il ne faut pas «surestimer la vitesse de déploiement des énergies renouvelables. La presse en parle beaucoup, mais quand on regarde les réalisations concrètes, il y en a peut-être dix fois moins». Et le patron d'ArmorGreen de rappeler ce qui s'est passé pour la bulle internet en 2000. Car aujourd'hui, dans les éco-activités, «des porteurs de projet pourraient être tentés de faire des business plan qui montent au ciel», souligne le jeune dirigeant. Attention donc à l'éclatement de la bulle éco-active!
Les éco-activités: c'est le credo de l'Ille-et-Vilaine. Face à une conjoncture difficile, et des secteurs historiques en perte de vitesse, comme l'automobile, les acteurs économiques du département veulent croire en l'or vert. Les 28 et 29janvier, au Parc Expo de Rennes, se tiendront les 2e Rencontres des éco-activités de l'Ouest. Une occasion pour faire le point sur un marché qui certes explose, mais dont les retombées économiques sont encore aléatoires.
Virginie Monvoisin et Philippe Créhange