Gérard Boesch : «Si le projet de loi passe, on met le feu»
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Gérard Boesch : «Si le projet de loi passe, on met le feu»

Gérard Boesch est président de l'association des viticulteurs d'Alsace (AVA). Il tire la sonnette d'alarme sur le moral de la filière, en proie à l'exaspération et à la colère.


Pourquoi avoir manifesté le 30octobre dernier?

C'était une action symbolique. Tout ce qui a trait au vin a été caché. Nous avons masqué 80 entrées de villages viticoles alsaciens. C'était une opération nationale pour appeler à un assouplissement de la législation. Trois jours avant la manifestation, Roselyne Bachelot a annoncé qu'elle autoriserait la communication sur internet, mais ce n'est pas suffisant. Depuis la condamnation du journal Le Parisien (lire ci-dessus), on ne sait plus ce qui relève de la publicité ou du rédactionnel. Nous souhaitons une définition claire de la notion de publicité.


Que pensez-vous de l'argument de santé publique avancé par le gouvernement?

Vous savez, la consommation de vin en France a reculé de 27% depuis 2004. Dans la même période, la consommation des boissons anisées a progressé de 20% et celle des vodka, tequila, gin et whisky a doublé. Les autorités publiques transforment les buveurs de vin en buveurs d'alcool. Or, à petite dose, le vin peut être bénéfique. Aujourd'hui, nous sommes les victimes d'un acharnement, pas d'un problème de santé publique.


Pensez-vous que dans son combat, le gouvernement se trompe de cible?

J'en veux au gouvernement parce qu'il gaspille de l'argent pour nous torpiller, sans régler le problème de l'alcoolisme. On ne va pas arrêter les marchands de cordes sous le prétexte qu'il y a des gens qui se suicident. L'alcool n'est pas un poison, le problème, c'est la dose. Depuis dix ans, nous alertons les pouvoirs publics et les associations pour nous faire entendre à ce sujet, mais personne ne nous a jamais écoutés.


Où en sont les négociations avec le gouvernement?

Les négociations sont en cours. L'association Vin et Société, présidée par Marie-Christine Tarby, travaille sur ce dossier. Nous sommes prêts à discuter. Nous souhaitons des propositions.


Que ferez-vous si le projet de loi du ministère de la Santé passe?

Si ce projet de loi passe, on met le feu. De toute façon, ça explosera un jour. On peut admettre la santé publique, le principe de précaution, mais on ne peut pas laisser un produit et une filière se faire descendre pendant dix ans. C'est un drame qui est en train de se passer. Devant toutes ces attaques, les gens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Si les responsables viticoles ne font rien, la base s'en chargera.

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