Il aime l'Italie, et surtout les Italiens, leur aspect clinquant, un poil too much. «Ils me font rire, ils sont fins, intelligents, parlent haut et fort, moi, je les aime comme ça.» Pourtant, Gérald Roux, directeur général de Koné France, apparaît volontiers plus proche de la culture finlandaise, pays d'origine du groupe d'ascensoristes Koné. «Une culture de modestie, de respect de l'autre, d'égalitarisme.» Autant de valeurs, fondatrices de l'histoire de la multinationale qui fête cette année son centenaire, dans lesquelles ce Gadz'Art se retrouve. «J'y rajouterais la solidarité et l'entraide» reprend le dirigeant qui a son tour cherche à perpétuer l'état d'esprit Arts et Métiers. «On m'a beaucoup tendu la main plus jeune, j'essaie aujourd'hui de faire de même.Cela fait également partie de mon travail, faire évoluer les gens, essayer qu'ils arrivent à leur niveau maximum, aussi bien dans l'entreprise qu'à l'extérieur.»
Volonté de réussir
Né en 1954 à Corps, une petite commune des Alpes, sur la route Napoléon, Gérald Roux vient d'un milieu modeste. «Ce qui peut expliquer une certaine volonté de réussir» analyse-t-il. Scout, puis chef scout à 18 ans, il apprend «la débrouillardise, l'humilité et la vie de groupe». Aventureux, le jeune homme voyage. En auto-stop. Nous sommes au début des années 70 et Gérald Roux a 16 ans. Grèce, Italie, Hollande, Belgique, l'étudiant «veut rencontrer des gens, parler d'autres langues, découvrir des cultures différentes», «quitte à dormir dehors». L'insouciance de la jeunesse... Vendeur de glaces aux États-Unis, changeur de monnaies à la frontière du Perthus, électricien d'usine chez Péchiney à Grenoble, câbleur chez Schneider, Gérald Roux enchaîne les petits boulots, avant de se lancer, diplôme en poche, dans une carrière qui le mènera jusqu'à la direction générale de Koné France, en 2000.
La réussite Prokodis
Une de ses plus grandes satisfactions professionnelles réside sans nul doute dans l'aventure Prokodis (24M€ de CA en 2009). Quand l'usine de l'Ariane, qui fabriquait des composants d'ascenseurs, ferme en 2003, une partie du personnel est transférée chez un de ses fournisseurs, MGE, basé à Cantaron. Mais la société dépose le bilan. Sous son égide, Koné reprend l'activité et les 32 salariés, accentue la vente de composants - nous sommes alors en plein développement du marché de la modernisation des ascenseurs -, et y intègre un atelier Esat (Établissement et service d'aide par le travail) qui compte aujourd'hui seize handicapés. «Nous avons eu un peu peur au début. Comment les salariés allaient-ils réagir? Comment intégrer ces handicapés dans un process de fabrication industriel?» Finalement, l'initiative a porté ses fruits. «C'est une merveille» conclut le dirigeant. Nous sommes là face à ce que Gérald Roux considère être comme l'une de ses principales prérogatives: l'utilité sociale de l'entreprise. «Nous nous inscrivons dans un territoire. Ce territoire nous permet d'exister, de travailler. Nous devons en quelque sorte lui rendre des comptes.» D'où son implication dans l'installation en 2007 de l'antenne azuréenne IMS, dont la vocation est d'aider les entreprises à intégrer dans leur politique de Responsabilité Sociale des démarches d'engagement sociétal innovantes. «Cette année-là, j'ai dû faire une vingtaine de conférences pour convaincre les entreprises de s'engager.» Prosélyte, Gérald Roux? «Un peu, admet-il après une seconde d'hésitation. Quand je vois l'expérience de l'Esat, ce que ça nous a rapporté, son intérêt à la fois sociétal et économique, j'aimerais que d'autres fassent ce choix. Je sais que c'est dur, j'ai vu les obstacles à surmonter, mais à un moment il faut s'assumer, prendre des risques et y aller.» Scout un jour, scout toujours...
Directeur général de Koné France (620M€ de CA, 3.600 salariés), Gérald Roux prône l'utilité sociale de l'entreprise. Valeurs, solidarité, réussite économique, implication sociétale: rencontre avec un Gadz'Art qui perpétue un certain état d'esprit d'initiative.
Gaëlle Cloarec