C'est une petite révolution culturelle que Grenoble école de management (Gem) opère: créer des partenariats entre établissements d'enseignement supérieur pour offrir aux élèves la possibilité de cumuler deux diplômes, a priori sans rapport l'un avec l'autre. «Nous misons sur la capacité des établissements à collaborer alors que leurs cultures sont différentes, admet Jean-François Fiorina, directeur de l'École supérieure de commerce (ESC) de Grenoble, une des entités de Gem. Dans le cadre d'une compétition internationale, et même d'une concurrence sur un territoire, l'enseignement doit proposer aux étudiants une offre globale avec des passerelles. Et la crise nous incite à aller plus loin, avec de nouvelles approches. À Grenoble, les directeurs d'établissements ont compris les enjeux de l'enseignement pour l'attractivité du territoire: en se regroupant, ça marche mieux que seul! Il existe une véritable volonté de coopérer et d'innover. C'est du gagnant-gagnant pour tous, les établissements, les étudiants, les entreprises.» Gilles Bastin, responsable du master de journalisme de Sciences Po Grenoble, qui a signé un partenariat avec l'ESC, reconnaît que «le contexte se prête à la création de doubles diplômes. La financiarisation de l'économie et de la société mène à un impératif civique d'avoir des journalistes qui y comprennent quelque chose. Il s'agit aussi de créer des journalistes entrepreneuriaux, capables de prendre la responsabilité de rédactions et de les mener vers la convergence numérique. Les journalistes ont besoin de maîtriser les outils de management, ressources humaines et de gestion de carrière.» Science Po et l'ESC sont d'ailleurs allés plus loin que le double diplôme puisque les deux établissements ont créé cette année une chaire "Information et nouveaux médias numériques" qui se veut un laboratoire des médias numériques et une pépinière de projets.
Débouchés professionnels
Des accords de double diplôme sont passés avec les universités Stendhal, Joseph-Fourier et Pierre-Mendès-France de Grenoble pour des licences de lettres, philosophie, histoire, économie, droit, avec l'orchestre universitaire de Grenoble, avec Bioforce pour le management des ONG ou encore Iris pour la géopolitique et l'intelligence économique. Plus d'une trentaine de partenariats sont conclus ou en cours de l'être, sans compter ceux avec les établissements étrangers. Si certains mariages peuvent paraître farfelus de prime abord, le directeur affirme que les profils de ces étudiants «fascinent et émerveillent les entreprises». Des débouchés apparaissent dans le monde culturel ou de l'édition, auprès des cabinets d'avocats ou dans le design industriel. Éric Pierrel, directeur général d'Itris automation et lui-même diplômé de Gem en 2001, assure que ces doubles diplômes répondent aux besoins des PME. «Les jeunes diplômés font preuve d'une plus grande ouverture d'esprit grâce à la richesse de leur parcours: c'est un des premiers critères d'embauche pour une PME. Ils montrent une adaptabilité hors de leur zone de confort, avec un savoir être. Et sur Grenoble, nous avons un besoin fort de managers qui sachent parler à un ingénieur! Si un responsable marketing a fait de la psychologie, il comprendra mieux le consommateur et mènera à l'innovation d'usage. Quand le marketing se marie au design, ça donne naissance à l'ergonomie, ce qui fera la différence d'un produit. Et quand un designer comprend les enjeux de l'entreprise et les segments visés, c'est toujours un plus!»
Élite
Christine Aubrée, directrice du pôle formations de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), estime que «dans un monde mouvant et instable, les entreprises cherchent une vision large d'enjeux géopolitiques et géo-économiques. Le double diplôme permet d'aborder une problématique sous différents aspects». La double expertise permet également de coller aux réalités du terrain, selon Catherine Violland, coordinatrice de la formation Humanitarian programme manager de Bioforce. Cette école de Vénissieux forme les professionnels des Organisations non gouvernementales (ONG). Ces doubles diplômes ne sont toutefois destinés qu'à une poignée des 6.375 étudiants de Gem, chaque tronc commun ne s'adressant qu'à moins de dix élèves.
Grenoble école de management
Dir.: Thierry Grange 360 collaborateurs Budget: 40M€ www.grenoble-em.com