Dans un monde idéal selon Bernard Laurent, le directeur adjoint en charge des opérations techniques de GDF Suez Futures Énergies, ex-Erelia, le « refus de permis de construire serait exceptionnel », les projets de parcs éoliens emporteraient l'adhésion des habitants, les élus accueilleraient les éoliennes avec enthousiasme. Mais le monde n'est jamais idéal. Le Grenelle de l'environnement avait fixé l'objectif d'injecter 23 % de renouvelable dans le mix énergétique français. En 2020, la France devrait donc disposer d'une puissance éolienne de 19.000 MW installés sur terre et de 6.000 MW offshore. Le compte à rebours est donc lancé pour tripler la puissance actuelle installée, qui est d'environ 7.200 MW. Les régions françaises ont traduit les objectifs « Grenelle » dans un « Schéma régional climat air énergie », comportant une annexe, le « Schéma régional éolien ». En Lorraine, le document a été signé le 20 décembre : l'objectif est de passer de 700 MW installés à 1.500 MW en 2020.
La dimension économique occultée
À titre de comparaison, la Champagne-Ardenne veut installer 2.800 MW sur son territoire. « Avec ce document, nous avons manqué une occasion. Celle de se dire : soyons ambitieux », estime Bernard Laurent. Qui ne le cache pas : le lobbying mené auprès des élus a été intense. « Nous avons souhaité qu'ils s'expriment, nous voulions leur faire comprendre que ce document était important. » Biodiversité, contraintes paysagères, militaires, toutes les dimensions du problème éolien ont été passées à la moulinette pour découper la Lorraine en zone. Toutes ? « La dimension économique n'a pas été prise en compte. Il existe un lien, très clair, entre une éolienne et des emplois sur le territoire », estime le directeur général. Dans une éolienne aujourd'hui, seuls 30 % des composants peuvent venir du territoire français. Mais au-delà de l'installation, Bernard Laurent soutient que l'éolien crée des « emplois non délocalisables », permet aux territoires de toucher « des recettes fiscales ». « La cerise sur le gâteau, c'est la SEM, un choix qui a déjà été fait dans d'autres régions françaises, comme la Picardie », détaille Bernard Laurent. Avec une Société d'économie mixte, l'idée est de permettre à la collectivité de partager les recettes de la vente de l'énergie avec l'exploitant. En Lorraine, GDF Suez Futur Énergies travaille dans une SEM baptisée SODEGER Haut Lorraine, qui vise à installer sept éoliennes sur la communauté de communes du Pays Audunois. Le permis de construire a été signé le 27 décembre 2012, l'objectif de produire de l'électricité en 2014 devrait être tenu. Autre dossier, autres contraintes : à Châtenois, dans les Vosges, Bernard Laurent pensait voir une fois dans sa vie un projet éolien aboutir sans problème. Au bout de deux ans de travail, c'est l'Armée qui a signalé qu'un de ses radars serait brouillé par la position des éoliennes. « Mais nous discutons très bien avec l'Armée. Je suis sûr que nous allons aboutir », estime Bernard Laurent. En attendant, de l'autre côté du Rhin, entre 2001 et 2011, les Allemands ont installé 50 GW dans les énergies renouvelables.
GDF Suez Futures Énergies
(Nancy) Erelia, filiale à 100 % de GDF Suez, a été dissoute au 1 e r janvier dans une nouvelle entité, GDF Suez Futur Énergies, qui compte 96 collaborateurs. CA (Erelia) : 40 M€. Puissance installée (Erelia) : 240 MW pour 128 éoliennes.