Appelé plus communément “maquette numérique” par les professionnels du bâtiment, le BIM annonce une profonde mutation numérique des métiers du secteur. « Le BIM, c’est une façon novatrice et transversale de décrire le projet d’un bâtiment en concentrant l’ensemble de l’information technique de l’ouvrage. Tous les professionnels s’y mettent aujourd’hui à commencer par les fabricants, qui y référencent tous leurs catalogues », résume Stéphane Graux-Hervé, le fondateur et dirigeant du bureau d’étude d’Auray FT2i (7 salariés, près de 600.000 euros de CA).
Le chef d’entreprise suit avec d’autant plus d’intérêt cette évolution dans la construction qu’il dispense déjà de nombreuses formations associant présentiel et e-learning depuis ses locaux de la zone de Toul-Garros. La maquette numérique, c’est la représentation graphique la plus intelligente qui existe actuellement pour décrire des objets en 3D sur lesquels sont attachées des informations : « Elle permet d’identifier clairement la composition d’un bâtiment, de le désosser virtuellement. »
Or, pour Stéphane Graux-Hervé, ce partage des informations au travers d’une maquette numérique implique des contraintes supplémentaires pour chaque acteur de la maîtrise d’œuvre. « Il leur faut revoir leur organisation pour structurer l’ensemble des données du projet de manière transversale en utilisant une même méthodologie et en travaillant sur des données communes : éléments topographiques, plans de l’architecte, descriptifs des matériaux, détails budgétaires, éléments de structure du bureau d’étude, éléments d’aménagement du site, etc. La maquette numérique du projet se construit au fur et à mesure, permettant de constater visuellement l’avancement ou les modifications du projet. » La réponse apportée par la plateforme web Be to BIM va permettre à chacun de prendre le virage de la transition numérique du secteur du bâtiment. Elle permet en effet à tous d'externaliser la partie BIM des projets et de répondre dès à présent à la nouvelle exigence règlementaire en vigueur depuis 1er Janvier 2017, le carnet de santé numérique d'entretien et de suivi des bâtiments.
Nouveau modèle économique ?
Cela va impacter les artisans, ainsi que les particuliers dont beaucoup sont friands d’auto-construction. L’approche do-it-your-self élève le niveau d’intérêt et de compétence de ces derniers. « L’objectif de betobim.fr est d’apporter une réponse globale allant de la création et l'hébergement de produits au format .RFA ou .RVT jusqu'au carnet de santé numérique des bâtiments, en passant par la conception et modification de maquettes numériques ainsi que des services à destination des exécutants, et des usagers, poursuit Stéphane Graux-Hervé. En fait, tout le monde va être confronté à un moment où à un autre à l’arrivée du BIM, d’autant qu’il apporte de réelles avancées. La maquette numérique va considérablement réduire les aléas type mauvaises surprises ou erreurs d’interprétation. En modélisant toutes les strates d’un bâtiment et toutes les phases d’intervention des professionnels, bien des écueils sont ainsi évités, comme de tomber sur une canalisation oubliée ou non inventoriée. »
De même, l’intérêt est évident pour les fabricants. Un particulier qui veut changer une menuiserie pourra y trouver toutes les références avec toutes les caractéristiques. On peut même prédire une transformation complète du métier de commercial dans le bâtiment. Voire sa disparition. Que se passera-t-il demain si tout le monde choisit soi-même sa nouvelle menuiserie ou son nouveau mode de chauffage en se connectant sur le BIM ? Les objets connectés vont amplifier ce mouvement.
Le co-working, prolongement convivial de betobim.fr
L’intérêt d’associer un lieu physique de coworking autour du BIM est mis en avant pour une autre raison essentielle : « Dans le bâtiment, le lien social et la convivialité sont fondamentaux. C’est ce que j’observe aussi en formation, ce pourquoi nous associons toujours e-learning et présentiel. La dimension solidaire est capitale. Je ne vois pas les professionnels travailler demain chacun dans leur coin. Le BIM ne doit pas laisser les artisans sur le bord de la route, c’est déjà assez compliqué comme cela ! Quand on a connaissance d’une nouvelle technologie, il faut le dire et le faire savoir. Je ne voudrais pas que le bâtiment devienne demain un monde trusté par les élites. »
Le BIM center occupera à partir d’avril quelque 240 m² avec quatre postes de travail, un lieu de convivialité, des espaces de coworking... Les travaux d’aménagement sont en voie d’achèvement route de Belz, dans les anciens locaux de la Saur, au 17 rue de la marine. FT2i prévoit d’y déménager également cette année. Les ingénieurs thermiciens y seront déployés comme BIM managers. Le modèle économique visé ? La location des espaces de coworking à l’heure ou à la journée pour le BIM center et des prestations à partir de 385 euros la maquette numérique incrémentée au niveau thermique pour une maison individuelle d’environ 150 m².
Si les formations sont en sensible recul depuis le pic lié aux derniers changements de règlementation, les autres activités de FT2i et CPE restent stables : le bureau d’étude travaille à 75 % pour des architectes et des maîtres d’œuvre sur environ 500 projets individuels/an dans le neuf comme dans la rénovation. Présente à toutes les étapes de la chaîne, du pré-diagnostic thermique à l’accompagnement sur les habitudes de consommation en passant par l’ingénierie financière, FT2i travaille par ailleurs à hauteur de 15-20 % pour les particuliers et à 5 % pour les négociants. « Si le BIM va impacter fortement ces derniers, il peut aussi déstabiliser certains maîtres d’œuvres ou architectes moins portés sur l’internalisation », conclut Stéphane Graux-Hervé