Frédéric Obala estime qu'il a de la chance. Mais la vie sourit à ceux qui savent faire de cette chance un tremplin. Ses premières armes se font en prépa à Paris, avant d'intégrer HEC. «J'ai appris à structurer ma pensée, à comprendre que soi n'était pas le centre du monde et que la réussite individuelle passait par la réussite collective.» Le jeune provincial originaire du Doubs côtoie la diversité sur le campus de Jouy-en-Josas. «HEC accueillait 20% d'étudiants étrangers. Si l'école est sélective, elle reste ouverte sur le monde.» Une aubaine pour celui qui se nourrit d'échanges et de partages.
À la rencontredes collaborateurs
La tête bien pleine, Frédéric Obala intègre un cabinet de conseils parisien. Ses missions en entreprises l'amèneront à poser les bonnes questions sans être trop intrusif dans la vie de l'entreprise pour l'accompagner dans la définition de sa stratégie. Le jeune homme rencontre alors, par hasard, à l'occasion d'un mariage, Paul-Louis Halley. Le fondateur de Promodès donne sa chance à ce passionné de notion de consommation. Frédéric Obala débute comme chargé d'études stratégiques puis devient directeur de l'organisation. Le facteur chance s'accompagne d'une capacité à définir une stratégie et à apporter de la cohérence dans les perspectives d'évolution d'un groupe. Ses talents sont détectés par ses mentors de Promodès qui l'envoient six mois en Belgique pour négocier la prise de participation dans le numéro un local GB Supermarchés. «J'étais seul là-bas avec un cabinet d'avocats, une chance, se souvient-il les yeux pétillants. Il fallait être sûr qu'humainement et culturellement, les gens pourraient fonctionner ensemble.» Alors durant ces six mois, il part à la rencontre des collaborateurs du géant belge. «Ce sont les hommes qui parlent le mieux de leur entreprise. Si on ne les rencontre pas, on passe à côté de quelque chose. Il faut savoir les mettre au coeur du business.» L'intégration achevée, il demande à prendre la direction d'un magasin. Ce sera un supermarché de 400 personnes à Madrid. «Une bonne leçon d'humilité.»
Stimulant
Et puis il y a des propositions qui ne se refusent pas. Sa bonne étoile le porte jusqu'au chemin de la ?fusion du siècle?. «J'avais mis les mains dans le cambouis, je disposais d'une vision stratégique, j'étais capable de fédérer des équipes et de comprendre le business.» Promodès lui demande de quitter Madrid pour mener la fusion avec Carrefour. «Il y avait 180 consultants et 53 groupes de travail. Ce fut une année stressante, surtout par le stress des autres, mais passionnante.» Sa rencontre avec Serge Weinberg, à la tête du groupe PPR, le fait quitter l'alimentaire. «L'homme, son charisme et sa vision stratégique ont toujours été déterminants dans mes choix», justifie le dirigeant qui trouve là un nouveau mentor. Il prendra en charge l'intégration de Gucci, la réflexion stratégique du développement sur internet des marques du groupe, notamment pour La Redoute. L'entité réalisait 55% de son chiffre d'affaires par le web quand il en part en 2008. À la tête de Domeo, active dans l'assistance dépannage d'urgence, depuis juin2008, il rejoint un modèle commercial et économique qui lui ouvre de nouvelles perspectives. «Domeo est une PME dynamique, qui embauche et qui gère sa croissance. C'est stimulant dans le contexte actuel.»
Ce diplômé d'HEC a mené la ?fusion du siècle? entre Promodès et Carrefour. Aujourd'hui directeur général délégué de Domeo, à Lyon, il applique la recette qui le porte depuis le début de sa carrière : écouter, partager, échanger et mettreles hommes au coeur des projets.
Stéphanie Polette