Un véritable état dans l'état. Le CFA BTP de Vannes nouvelle version, qui devrait être officiellement inauguré le 16mars, a beau être dans l'enceinte de la Chambre de métiers, il en est indépendant. Avec son propre président élu pour un mandat de trois ans, Jean-Yves Toupin. Et 20 administrateurs: dix issus des organisations de salariés, dix du collège patronal. Le prochain président sera d'ailleurs issu des rangs salariés. Dédié au bâtiment, l'établissement évite ainsi les travers de la Chambre de métiers, qui forme à la mécanique ou à la boucherie certains apprentis qui iront ensuite travailler dans les hypermarchés ou les grandes concessions automobiles. Sans que ces grandes enseignes aient versé la moindre obole à l'institution. Le CFA BTP emploie 55 personnes en équivalent temps plein, avec un budget de fonctionnement de 4,2millions d'euros.
Coût? 17millions d'euros
Le hic, c'est le coût d'une telle infrastructure. À l'heure des restrictions budgétaires, on ne peut que constater que la reconfiguration du CFA BTP a coûté cher. Très cher. Presque 17millions d'euros avec le foncier. L'équipement a été financé à 50% par la Région, à 17% par le Département, à 10% par Vannes Agglo. Et à 23% par le 3CA BTP, outil du secteur pour la formation initiale. Les travaux, commencés en septembre2008, sont en passe d'être totalement achevés. Mais au même moment, le secteur du bâtiment subit un terrible trou d'air, avec l'annonce de 35.000 licenciements pour 2012 en France. Pas très encourageant pour l'apprentissage. Pas plus que la fin de certains dispositifs fiscaux incitatifs (loi Scellier...).
Un CFA surdimensionné
Aujourd'hui, avec seulement 872 apprentis, le CFA BTP est d'ailleurs clairement surdimensionné par rapport à sa capacité d'accueil de 1.300 places. «Bien sûr que le bâtiment subit la crise», argumente Jean-Yves Toupin. «Mais notre devoir est de ne pas baisser les bras et de préparer les jeunes à nos métiers. Car dans un an, dans deux ans, la reprise sera là.» Le directeur du CFA, Philippe Pichon, remarque que les effectifs d'apprentis sont légèrement en progression, «de 4%, avec des flux d'entrée pour les jeunes post-collège qui sont même en hausse de 11%.Nous devons tout faire pour éviter un "trou générationnel" en terme de formation.»
Destruction d'emplois
Le secteur du bâtiment recense actuellement environ 63.000 salariés en Bretagne. Après la destruction de 3.000 emplois en 2009-2010, 2011 s'annonce comme une année de stabilité. «Mais on attend de l'État et des collectivités qu'elles ne baissent pas les bras, les entreprises ont besoin de travail», poursuit Jean-Yves Toupin. Ont-elles besoin d'apprentis? Cela semble être le cas chez les artisans, adeptes du compagnonnage et de la transmission générationnelle du savoir-faire. «90 à 95% des apprentis sont dans des entreprises artisanales», déclare Olivier Le Couviour, président de la Chambre de métiers du Morbihan, artisan du bâtiment estampillé Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment). «Très peu vont dans les grandes entreprises.» Un adage de moins en moins vrai pour Jean-Yves Toupin, lui-même issu des rangs de la Fédération française du bâtiment (FFB): «Il y a de plus en plus d'apprentis dans les grandes entreprises. Dans la mienne, qui employait 25 salariés lorsque je l'ai transmise à deux de mes fils, nous avons en permanence trois apprentis. Cela nous place au-dessus de la moyenne, qui doit être d'environ 10% d'apprentis par entreprise.»
«Effectif à renouveler»
D'après les chiffres 2011 de la Chambre de métiers et de l'artisanat de Bretagne, 45,3% des entreprises artisanales bretonnes comptent un à deux salariés. Une configuration peu propice à un apprentissage de qualité. Mais 29% des structures comptent trois à cinq personnes et près de 16% six à dix salariés. Dans ce cas, la prise en charge d'un jeune en apprentissage paraît tout de suite plus acceptable. Jean-Yves Toupin martèle donc son message: «Quand un contrat d'apprentissage se termine, les entreprises doivent en lancer un autre, il y a un effectif à renouveler régulièrement. Vu la technicité grandissante de nos métiers, on ne peut plus accepter des jeunes qui n'ont aucune formation.» En tant que principal financeur, la Région Bretagne reste l'arbitre suprême. Elle augmentera ses dotations en fonction des sections d'élèves complètes et non du nombre d'apprentis. Des versements qui vont de 20.000 à 25.000euros par série d'élèves en CAP, une section comptant entre 8 et 14 jeunes. Néanmoins, avec la taxe d'apprentissage, qui pèse pour environ 16% de son budget et le 3CA BTP, «le monde de l'entreprise», comme dit Jean-Yves Toupin, reste le premier soutien financier du CFA BTP de Vannes. Mais cette performance pourrait encore être améliorée. Beaucoup d'entreprises basées dans le Morbihan ignorent en effet qu'elles peuvent choisir, à hauteur de 60% de ce qu'elles doivent acquitter, le centre de formation destinataire de leur taxe d'apprentissage. Un pourcentage sur la puissance de travail des Bretons qui a encore trop tendance à aller abonder les comptes de la CCI de Paris.
Le budget de la rénovation du Centre de formation des apprentis du bâtiment à Vannes paraît énorme quand la filière tend plutôt à débaucher qu'à recruter. Politique, au coeur des luttes d'influence FFB/Capeb, l'équipement cherche son équilibre financier.