Fonds d'investissement : Le Drian fait sa révolution
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Fonds d'investissement : Le Drian fait sa révolution

Dans un entretien exclusif au Journal des Entreprises, le président de la Région Bretagne annonce la refonte des outils d'aide au développement des entreprises. Celui que l'on présente parfois comme le futur ministre de la Défense de François Hollande profite aussi de l'exercice pour évoquer les dossiers de l'international, de BDI ou des algues vertes.

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ays-de-la-Loire et Auvergne ont lancé leurs propres emprunts ou fonds d'investissements régionaux. La Bretagne, elle, soutient le Crédit Mutuel de Bretagne, qui mobilise 400millions d'euros. Pourquoi?

Ce n'est pas du tout la même chose. L'Auvergne et les Pays de la Loire ont fait un emprunt obligataire. Or le problème, comme pour tout emprunt, c'est qu'il faut le rembourser. Actuellement, la faiblesse des taux d'intérêt ne rend pas forcément intéressant le recours à des emprunts obligataires. Ajouté au fait qu'en Bretagne, nous avons un endettement faible, tout cela nous permet de financer correctement nos investissements lourds (TGV ou équipements portuaires). Dans le cas du Crédit Mutuel de Bretagne, nous sommes sur un fonds d'investissement. Et dans cette affaire, nous sommes caution morale et politique parce que c'est une nécessité. Il n'y a pas d'argent public engagé. C'est une excellente initiative prise par le Crédit Mutuel que nous soutenons. Ce fonds était devenu une nécessité parce que l'une des grandes interrogations des entreprises, c'est la question des transmissions.


Toujours en matière de fonds d'investissement, la Région avait lancé un audit auprès d'Ernst and Young pour y voir plus clair sur le rôle des structures qu'elle soutient. Où en est-on de ce dossier?

Une conclusion a été rendue pour sa première partie. Nous avons en Bretagne plusieurs outils en haut de bilan qui se complètent mais mettent aussi en évidence un manque important de l'offre en matière de phase d'amorçage et de transmission de PME notamment. Bretagne Jeunes Entreprises (BJE) se positionne sur la création et le premier développement. Bretagne Participations sur les deuxièmes ou troisièmes tours de table pour des opérations de développement ou de transmission et Ouest Ventures 1 et 2 sur la création technologique. Le modèle qui a été construit prévoyait une aide au fonctionnement des fonds ayant des difficultés à atteindre un équilibre économique, ce qui était le cas de BJE. Nous avons la volonté de renforcer BJE pour en faire un outil central de l'aide au développement des entreprises et lui permettre de trouver un modèle garantissant sa pérennité.


Comment cela se concrétisera-t-il?

Dans un premier temps, nous allons procéder à une augmentation de capital de BJE. La Région apportera près de deux millions d'euros. L'objectif est globalement de doubler le capital initial de six millions d'euros, pour le porter, avec des partenaires bancaires et institutionnels, à douze millions d'euros.


Les missions de BJE vont donc être élargies?

En effet. En plus de la création, que l'on va continuer à soutenir, on sera plus sur l'aval (2e et 3e tour de table) ainsi que sur les dossiers de succession, enjeu majeur au vu de la démographie de l'entrepreneuriat breton et donc des emplois liés. Ce qui permettra d'élargir le champ d'action. Nous souhaitons aussi une implication à l'avenir de chefs d'entreprise. L'objectif serait de constituer un fonds souverain breton. L'accompagnement d'Ouest Ventures sera également conservé. En parallèle, nous créons un fond interrégional d'amorçage avec les régions Pays-de-la-Loire, Basse-Normandie et Haute-Normandie. Ce nouveau fonds, au côté de BJE reformulé, améliorera l'offre de financement des entreprises bretonnes sur des phases essentielles.


En matière d'aides aux entreprises, c'est un vrai changement de politique...

Depuis 2010, on a décidé de réorienter nos financements publics. C'est quasiment la fin des subventions directes, sauf cas de crise majeure. Priorité est donnée à la garantie, au capital-risque et aux avances remboursables. C'est un choix vertueux, de culture d'entreprise.


Autre sujet majeur, l'international. Vous avez annoncé cet été la "fusion" de Bretagne International et de CCI International. Regrettez-vous l'emploi de ce terme?

J'ai dit fusion et ce sera une fusion parce que je suis convaincu que cela aura un effet d'entraînement et tirera les deux structures vers le haut. Il est important que les chefs d'entreprises bretons aient un repère unique pour l'international. C'est un dossier pour lequel on va aboutir. J'envisage qu'il y ait une délibération au Conseil régional à la session du mois de décembre pour entériner les principes de ce rapprochement. Principes qu'Alain Daher fait parallèlement valider par la CCIR qu'il préside. Nous pourrons ensuite passer à la phase de mise en oeuvre.


C'est-à-dire?

La création d'un conseil de surveillance, que je présiderai, et dont le vice-président sera Alain Daher; et un directoire, présidé par un chef d'entreprise. Il faudra également régler sereinement et positivement la question des personnels des deux structures, qui vont se retrouver sous la même direction. Et au final, on va rassembler les financements pour que 1+1 fasse plus que 2.


Comment s'appellera cette nouvelle structure?

Le nom n'a pas encore été choisi. Appelons cela pour le moment Bretagne Commerce International.


Cinq ans après la création d'une agence économique régionale, désormais appelée Bretagne Développement Innovation (BDI), avez-vous réellement l'impression que les entreprises bretonnes comprennent son rôle?

Oui dans les branches qui les concernent. Si les acteurs économiques ne se retrouvent pas dans le même creuset pour avancer, ça va être la dispersion de l'économie bretonne. L'agence, c'est le seul moyen de l'offensive économique à l'échelle régionale. Il est indispensable pour la Bretagne d'avoir une stratégie économique bien identifiée. C'est ce que nous avons fait pour des filières comme les biotechnologies, les énergies renouvelables ou encore les TIC. Le rôle de Bretagne Développement Innovation c'est de mobiliser les acteurs sur les stratégies porteuses d'avenir pour la Bretagne.


Si vous assumez le bilan de l'agence, pourquoi alors avoir modifié son périmètre à plusieurs reprises?

Il fallait sans doute rationaliser l'outil, le rendre plus accessible, moins "techno" et fusionner deux structures complémentaires qu'étaient l'Agence économique et Bretagne Innovation. Cela permet une plus grande synergie.


Est-ce vous qui avez demandé au directeur François-Nicolas Sourdat de quitter l'agence pour lui préférer Frédéric Roddes?

Je rappelle que François-Nicolas Sourdat avait été nommé à ce poste pour une durée de quatre ans, avec pour mission de faire la fusion entre l'agence et Bretagne Innovation. Cette fusion, il l'a faite. Et c'est François-Nicolas Sourdat lui-même qui m'a proposé que cela soit Frédéric Roddes qui lui succède.


Pour ce qui est de l'écotaxe, estimez-vous que le gouvernement a pris en compte la spécificité de la Bretagne, en tant que région périphérique?

Je le crois. Et cette réforme nous impose encore plus de terminer la RN164 puisqu'elle sera exonérée d'écotaxe. S'agissant de la RN164, je rappelle d'ailleurs que nous avons proposé à l'État de prendre en charge 50% des financements alors que nous n'y sommes pas obligés (car route nationale, ndlr) et 75% des études, qui sont en théorie à la charge du propriétaire. On attend une réponse. J'insiste sur le fait que terminer la RN164 est essentiel pour l'écotaxe mais aussi pour répondre à l'enjeu démographique breton.


Peut-on espérer régler un jour le problème des algues vertes?

Espérer régler ce phénomène, oui. Mais pour cela il faut commencer par dire la vérité: oui on a un problème, oui on est malade mais on se soigne et on en sortira plus fort à condition de s'en donner les moyens. Il faut reconnaître que l'essentiel de la pollution est dû à des fuites d'azotes récurrentes, en provenance essentiellement de l'activité agricole. Il faut reconnaître aussi l'effort accepté par les agriculteurs et la qualité des contrats de baies qui sont en cours de signature dans les huit territoires concernés et qui serviront de feuilles de route pour aboutir à l'éradication de ce phénomène. Il faudra du temps mais on y arrivera.


Notre-Dame-des-Landes, algues vertes, écotaxe... Votre modèle de développement économique est-il compatible avec celui des écologistes?

Oui, mais encore faut-il savoir de quels écologistes on parle, car il y a plein de catégories. Vous avez de l'écologie protestataire, qui peut se comprendre. De l'écologie libérale. De l'écologie naïve. Et puis de l'écologie progressiste, dont je fais partie, et qui agit pour une économie de la transition vers le développement durable.

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