Florange : Hollande est venu défendre sa gestion du dossier
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Florange : Hollande est venu défendre sa gestion du dossier

A six mois de l'élection présidentielle, François Hollande est revenu à Florange, pour une visite chargée en symboles, le 17 octobre dernier. Pourquoi les promesses d'un président sont venues se briser sur ce site industriel lorrain ? Réponse en cinq points clés.

Le Journal des Entreprises : François Hollande a-t-il sous estimé la force du symbole de l'arrêt des hauts-fourneaux de Florange en 2012 ?

NON. Mais il s'est fait piéger par ce dossier dont il n'a pas saisi immédiatement la complexité. Contrairement à ce qui est resté dans les mémoires des Français, ni le candidat, ni le président Hollande ne s'est formellement engagé à empêcher la fermeture des hauts-fourneaux de Florange. En février 2012, encore candidat, François Hollande se lance dans une déclaration dont il a le secret, ambiguë au possible : « Je sais ce que vous espérez, c'est-à-dire que les hauts fourneaux puissent rouvrir et que vous fassiez en sorte d'avoir une industrie sidérurgique moderne et d'avenir. Le premier engagement, c'est de faire en sorte que nous défendions notre filière d'excellence, la filière sidérurgique ! Et je sais qu'ici se fabrique le meilleur acier d'Europe : d'où l'enjeu de la réouverture ». Les syndicats n'ont retenu qu'un seul mot : « réouverture ». Ensuite, la CGT a très habilement joué de l'image d'une Vallée de la Fensch totalement sinistrée, pour faire basculer le dossier vers celui de la stratégie industrielle de la France, entraînant les élus vers des débats stériles et sans fins : pourtant, avant que Mittal reprenne les hauts-fourneaux de Florange, cet équipement industriel avait déjà été condamné à la fermeture par Arcelor, au plus tôt en 2008, au plus tard en 2010, par des actionnaires qui ne croyaient qu'à la « sidérurgie sur l'eau ».

François Hollande a-t-il tenu ses engagements sur le dossier Florange ?

NON. Certes la loi dite « Florange » prévoyant que « quand une grande firme ne veut plus d'une unité de production, elle soit obligée de la céder à un repreneur » a été votée, mais son utilisation reste marginale. Lors de sa visite du 17 octobre, le président de la République a estimé que cette loi avait été déjà utilisée « des centaines de fois ». Une affirmation invérifiable mais qui se heurte au mur de la réalité : dans le Grand Est, seule une fonderie des Ardennes lui doit sa reprise. Concrètement, l'apport le plus tangible de la loi Florange, c'est d'avoir ralenti le processus administratif et de rendre encore plus complexe la fermeture d'un site industriel. François Hollande s'était par ailleurs engagé à défendre le projet Ulcos, qui visait à produire de l'acier en émettant très peu de CO2 : le projet a été rebaptisé LIS avant d'être purement et simplement abandonné par ArcelorMittal

Le site ArcelorMittal de Florange a-t-il été mis en danger par l'arrêt des hauts-fourneaux ?

NON. ArcelorMittal n'a pas attendu la signature de l'accord du 30 novembre 2012 pour faire de Florange ce que le sidérurgiste appelle un « site d'excellence dans la production d'acier pour automobile ». L'arrêt de la phase liquide à Florange a touché directement 629 salariés ArcelorMittal : aucun n'a été licencié, 336 ont été reclassés à Florange, 206 sont partis en retraite, 16 ont démissionné et 52 ont bénéficié d'un plan pour accompagner leur fin de carrière. Aujourd'hui, Florange, c'est le premier site industriel au monde pour la production d'Usibor, cette variété d'acier très léger et résistant, imaginé pour l'automobile. Entre 2014 et 2016, la production totale d'Usibor a plus que doublé, de même que les volumes produits pour les aciers d'emballages. Au total, en 2015, le site de Florange a produit 2,4 millions de tonnes d'acier. Pour autant, les 120 embauches réalisées depuis le début de l'année 2015 ne devraient pas permettre de compenser les nombreux départs en retraite prévus. Les 2.000 salariés de Florange ne devraient pas voir leurs rangs grossir.

L'action du gouvernement a-t-elle poussé Mittal a investir à Florange ?

NON. Le sidérurgiste indien a eu de nombreuses occasions de prouver qu'il était un capitaine d'industrie inflexible. Mais le comité de suivi des engagements à Florange, mis en place dans la foulée de la confirmation de la fermeture des deux derniers hauts-fourneaux, fin 2013, et présidé par François Marzorati, ancien sous-préfet de Thionville, a tout de même permis de maintenir l'industriel sous pression, ne serait-ce que médiatique. Aujourd'hui, ArcelorMittal confirme qu'il aura investi 180 millions d'euros à Florange à la fin de l'année 2017, soit le niveau d'engagement prévu. Sur les 156 millions d'euros d'investissements déjà réalisés ou en cours de réalisation, 39 millions d'euros concernent l'Usibor. Mais concrètement, ces investissements sont orientés vers un objectif délicat à atteindre : rétablir la compétitivité de Florange. Dans le groupe ArcelorMittal, les ratios de production tournent autour de 1.200 tonnes par ouvrier et par an, quand ils plafonnent à 900 tonnes à Florange.

Le dossier Florange a-t-il signé la fin des ambitions de réformes économiques de François Hollande ?

OUI. Commencer un mandat présidentiel par un conflit social d'envergure national de 18 mois, ce n'est pas la meilleure des manières de se lancer dans un programme de réforme. Le dossier Florange a cruellement révélé ce que les acteurs de l'économie savent depuis longtemps : en matière d'économie, les élus français ont perdu le mode d'emploi.

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