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Fin de partie pour Biosims
Témoignage Rouen # Biotech

Fin de partie pour Biosims

Souvent présentée comme une start-up prometteuse dans l'univers des biotechs, la PME rouennaise n'a pas réussi à transformer l'essai. Sa dirigeante Christine Heuclin revient sur les raisons de cet échec.

La société Biosims dirigée par Christine Heuclin a définitivement cessé son activité en janvier dernier. Une décision difficile à prendre mais devenue nécessaire, reconnaît la dirigeante qui revient pour le Journal des entreprises sur ces deux années denses pour la PME qui se sont finalement soldées par une liquidation. Pourtant, lorsqu'en mai 2015 la jeune biotech rouennaise annonçait une levée de fonds de 1 million d'euros, la seconde en moins d'un an (900 000 en 2014), on était loin d'imaginer ce qui allait suivre.

Coup de pouce du ministère

Initié par Guillaume Legent, docteur en biophysicochimie à l'Université de Rouen, le projet Bisosims avait démarré sous les meilleurs auspices. Fraîchement auréolé en 2010 d'un prix du ministère de l'Éducation et de la Recherche, le concept de diagnostic moléculaire à partir de biopuces analysées par la technologie de spectroscopie de masse (SIMS) avait donné naissance à la société Biosims. « Un vrai beau projet », rappelle Christine Heuclin, mais trop vite mis sur les rails. « La création de la société est arrivée un peu tôt », regrette la dirigeante. « Mais c'était la seule solution pour nous autonomiser financièrement et continuer les développements en laboratoire ».

Le marché, seul juge de paix

Au final, réalise la dirigeante, « le travail s'est fait loin du client, avec une approche assez universitaire ». Pour assurer son fonds de roulement, Biosims lance en parallèle une activité de prestation de service qui va s'avérer être un échec : « cela ne correspondait pas à ce qui était attendu par nos clients qui préféraient que nous développions des kits qu'ils pourraient utiliser eux-mêmes ; d'où des développements à venir que nous n'avions pas imaginé au départ », reconnaît Christine Heuclin.

Manque de temps et de moyens

À cet instant, Biosims cherche son salut Outre-Manche en se rapprochant d'un partenaire industriel qui prend en main le développement d'une machine capable d'utiliser les « kits » développés par la biotech normande. Problème : « on a clairement sous-estimé le temps et les moyens nécessaires pour développer l'outil », explique la dirigeante. « Au bout du compte on s'est retrouvé avec un instrument qui ne fonctionnait pas... Et nous étions bloqués dans le développement des kits que l'on ne pouvait pas tester ! » Pourtant, en janvier 2015, Biosims trouve un nouveau partenaire, toujours en Grande-Bretagne. Sur le plan financier, le fonds GO Capital remet au pot, suivi par des business angels régionaux. Mais les problèmes ne tardent pas à refaire surface : « c'était très compliqué de se refinancer à ce moment-là parce que les fonds d'amorçage n'étaient pas dimensionnés pour la phase de développement commercial dans laquelle nous nous trouvions ». Dès lors, la pression monte sur les équipes. Désormais, il faut aller vite... Trop vite !

Quand Sanofi livre son verdict

Finalement, c'est un premier client, le groupe Sanofi qui va sobrement livrer son verdict : « à l'été 2015, la solution a été testée ; on nous a dit : vous faites ce qu'il faut, l'ergonomie est bonne, c'est simple d'utilisation... Mais les performances sont en dessous des attentes ! Il a fallu en urgence se relancer sur le développement après une année 2014 perdue que nous n'avons jamais réussi à rattraper ! » La suite ne sera, pour Christine Heuclin, qu'un long chemin de croix avec des fonds d'amorçage séduits, mais dans l'incapacité de financer des développements en cours et des fonds de développement attendant des retours de clients satisfaits avant de s'engager. Un premier plan social en septembre 2016 ne sera que les prémices d'une liquidation qui se dessine alors. « Nous sommes passés de 16 à 8 collaborateurs, et c'était très difficile de gérer le problème humain tout en remobilisant l'équipe ».

Un concurrent US lève 50 millions de dollars

Avec un peu plus de recul, Christine Heuclin regrette de ne pas avoir eu plus de moyens dès le départ de l'aventure : « la question, c'est quel argent on est capable de mettre en R & D, en recherche appliquée ! Lorsque nous avons levé 1 million d'euros en 2014, il en aurait fallu trois fois plus ». Surtout qu'au même moment, un concurrent US levait 50 millions de dollars ! « Mais il aurait fallu ouvrir une structure aux États-Unis pour lever des fonds là-bas ». En résumé, estime la dirigeante, « on avait imaginé un chemin critique, mais nous n'avions pas le droit au moindre grain de sable ». Liquidée en fin d'année 2016, la société Biosims avait alors obtenu un délai pour assurer une publication scientifique des travaux réalisés depuis 2009. « Il y a eu beaucoup d'argent public investit dans ce projet ; c'est bien que tout ne finisse pas à la poubelle ».

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