Var
Face à une conjoncture dégradée, la Fédération du BTP 83 lance sa cellule de prévention
Var # BTP # Syndicats patronaux

Face à une conjoncture dégradée, la Fédération du BTP 83 lance sa cellule de prévention

S'abonner

Pour se préparer au mieux à vivre des moments difficiles, pour éviter des défaillances en cascade, la Fédération du BTP 83 se mobilise. Elle a créé une cellule, Avenir BTP, un guichet unique, pour aider toutes les entreprises du BTP à identifier leurs difficultés et les orienter vers les bons interlocuteurs pour les aider.

Fabien Piersanti, président de la Fédération du BTP83 — Photo : Hélène Lascols

Pour Fabien Piersanti, président de la Fédération du BTP, la situation est de plus en plus critique. Il en veut pour preuve que "tout le monde s’accorde sur le constat d’une conjoncture des plus dégradées dans le secteur de la construction." Et d’ajouter qu’à attendre que les pouvoirs publics prennent en compte la situation du logement dans leur politique et le budget du pays, "nous allons de déception en déception."

Anticiper pour éviter les difficultés

Pour se préparer au mieux à vivre des "moments difficiles", la Fédération du BTP vient de lancer Avenir BTP, une cellule de prévention des défaillances d’entreprises du BTP dans le Var. "Nous invitons tous nos adhérents, qui représentent 700 entreprises et 7 200 emplois, mais aussi toutes les entreprises du BTP, à anticiper les éventuelles difficultés."

"Nous invitons tous les chefs d’entreprise à anticiper."

Il ne s’agit pas de créer un dispositif d’accompagnement supplémentaire, mais d’inviter tous les entrepreneurs à anticiper les difficultés pour ensuite les orienter. "Chaque dirigeant ne doit pas hésiter à venir nous voir. Il n’y a aucun risque à venir prendre des renseignements et ils doivent prendre conscience qu’anticiper est un acte de gestion important !", complète Cyril Bolliet, le secrétaire général de la fédération.

Un inventaire pour orienter

Ce guichet réunit les compétences des institutionnels au service de la sauvegarde des entreprises et des emplois. "Nous disposons de la légitimité pour mettre en confiance les chefs d’entreprise et nous leur proposons de baliser le chemin jusqu’à elles : les finances publiques, l’Urssaf, les tribunaux de commerce, la DDETS, les caisses du BTP, la Banque de France et la Fédération bancaire française", détaille Fabien Piersanti.

La Fédération s’est aussi rapprochée de structures qui accompagnent dirigeants et salariés sur un plan plus personnel, comme l’association Entre’Head, qui a ouvert une antenne dans le Var, la santé au travail avec Odalia, l’Apesa, qui vient en aide aux chefs d’entreprise en situation de détresse psychologique, ou l’Apas Provence (association paritaire d’action sociale).

En dévoilant Avenir BTP, la fédération invite aussi tous les dirigeants qui ont un doute sur la situation économique de leur entreprise à examiner leur situation grâce à des outils d’autodiagnostic existants : Batiperf de BTP Banque ou Opale de la Banque de France.

Une sauvegarde essentielle à l’économie varoise

Pour Fabien Piersanti, "la sauvegarde des entreprises du BTP est essentielle, car le bâtiment et les travaux pèsent pour 16 % dans l’économie du Var, soit le double de ce qu’ils pèsent dans le PIB national. Par ailleurs, un poste supprimé dans le BTP, c’est 1,8 poste supplémentaire détruit dans la filière construction, en amont et en aval du chantier."

Une conjoncture dégradée

"Cela ne date pas d’hier que nous alertons sur les difficultés du secteur. Nous n’avons jamais été entendus et aujourd’hui, de nombreux signes nous font craindre le pire", ajoute le président, par ailleurs, dirigeant du groupe varois Piersanti.

"De nombreux signes nous font craindre le pire."

Parmi ces signes, la baisse de 37,1 % des mises en chantier de logements en 2024 par rapport à 2023, ce qui équivaut à 4 080 logements lancés et une baisse des autorisations de 18,2 %. "À titre de comparaison, 8 000 à 9 000 logements neufs ont été mis en chantier en 2019 ", souligne Cyril Bolliet. Du côté du non résidentiel, la baisse des mises en chantier est de 5,6 % et les autorisations en augmentation de 20,5 %, soit 381 millions de m², incluant des plateformes logistiques qui ne nécessitent pas de gros travaux. Du côté des travaux publics, l’activité a été stable en 2024, mais elle risque d’enregistrer les répercussions liées aux baisses de volumes dans le bâtiment. Enfin, la crainte existe aussi sur les marchés publics, sur fond d’austérité budgétaire. "Les entreprises de gros œuvre sont celles qui souffrent le plus aujourd’hui. Celles du second œuvre y arriveront tôt ou tard, d’ici à la fin de cette année", explique Fabien Piersanti.

Des défaillances en hausse de 41 %

En 2024, la Cellule économique régionale de la construction de Paca a enregistré 330 défaillances d’entreprises dans le BTP varois, un chiffre en augmentation de 41 % par rapport à 2023, et 1 000 emplois perdus.

La situation est d’autant plus préoccupante que le secteur du BTP, qui est une machine longue à s’arrêter, l’est encore plus à redémarrer. "Dans le logement neuf, par exemple. Si, demain, des mesures incitatives sont prises, il faudra encore aux promoteurs qu’ils trouvent du foncier, qu’ils déposent des permis de construire, qu’ils purgent ces permis. Ensuite, ils devront commercialiser et alors seulement, ils lanceront les travaux. Il faut compter en moyenne 5 ans et huit mois pour qu’un projet de logements neufs ait des conséquences sur le secteur du bâtiment. J’ai toujours essayé de prôner l’optimisme, mais aujourd’hui, je suis réaliste et j’en suis convaincu, la situation économique s’annonce compliquée", conclut le président.

Var # BTP # Syndicats patronaux # Services de l'Etat