Rien ne prédestinait Eva Escandon, l'électron libre de la CCI dunkerquoise, à reprendre l'affaire de son père, le groupe SMSM dunkerquois spécialisé dans la chaudronnerie, la tuyauterie ou encore la mécanique. «C'était un milieu d'homme. Si j'avais été un garçon, peut-être aurais-je pu dire que j'ai baigné dedans. Mais là, ce n'est pas le cas», concède-t-elle.
«Se laisser vivre»
Née en Espagne, Eva Escandon arrive en 1966 sur le territoire français. Cette fille unique arpente ainsi la France avec ses parents et c'est à l'âge de douze ans qu'elle arrive sur le territoire dunkerquois. On aurait pu finir cette phrase par un «pour ne plus le quitter», mais Eva Escandon voulait «se laisser vivre dans un premier temps» et du coup découvrir de nouvelles contrées avec son mari.
«Qu'une escale»
Après avoir eu sa maîtrise de droit des affaires à Paris, l'actuelle présidente de SMSM part à Lyon. «C'est seulement au début des années 90 que je retourne à Dunkerque», confie Eva Escandon. C'est à ce moment précis que son «patriarche» de père lui propose de créer une petite structure, spécialisée dans la serrurerie, qui s'appelait Somet. «Au départ, pour moi, Dunkerque n'était qu'une escale», avoue la présidente du réseau Femmes chefs d'entreprises (FCE) Côte d'Opale. Mais la société SMSM de son père connaît, comme tous les sidérurgistes de la place, d'énormes difficultés (-50% de chiffre d'affaires en 1993). Somet, alors petite structure à peine créée est, elle, balayée par la crise de la sidérurgie. «SMSM avait déposé le bilan et, avec mon père, nous l'avons restructurée et surtout redressée», se satisfait-elle.
«Faire vite mes preuves»
Et petit à petit, celle qui ne voulait rester qu'un temps dans l'entreprise familiale se prend au jeu et fait très vite ses preuves. «Étant une femme dans un milieu d'hommes et étant la fille du patron, je devais faire vite mes preuves», lance Eva Escandon. S'occupant de l'organisation du personnel, de l'administratif et des finances, elle prend ainsi la codirection de la société avec son père. Société qui est devenue un groupe, gérant deux sociétés SMSM et SMFI, en 2008 où elle occupe le poste de présidente de la holding. Pendant quelque temps les affaires vont bien mais revoilà la crise.
«Sans licencier un salarié»
«En à peine deux ans, nous avions remis l'entreprise dans le positif. Jusqu'en 2008 nous avons toujours progressé. Ce fut une crise technique très forte et violente en 1993. La conjoncture de 2009 a aussi pesé sur le moral et sur notre activité (-30% du chiffre d'affaires qui s'élevait en 2008à 6M€), explique Eva Escandon. Le principal, pour moi, c'est que nous avons traversé la tempête sans licencier un salarié.» Elle tient seule les rênes de l'entreprise depuis 2009. Avec son travail de diversification de clientèle et une envie de croissance externe, la dirigeante dunkerquoise se dit être de la trempe des «chefs d'entreprise gestionnaires qui veulent développer leur boîte».
«Une femme doit être féministe»
Actuelle présidente du groupe SMSM, qui embauche donc toujours 80personnes et pèse plus de 4M€ de CA en 2009, Eva Escandon n'est pas du genre à se tourner les pouces. Elle commence à s'engager dans son syndicat professionnel en 2000 et dans les projets de la CCI à partir de 2004. Véritable femme de réseaux, elle assume toutes ses casquettes. «J'estime qu'une femme doit être féministe. Il faut défendre la diversité dans les entreprises», explique cette dirigeante de 47ans. Véritable électron libre, elle bouscule les habitudes de la «vieille dame» consulaire. Étant présidente de FCE Côte d'Opale et du réseau des Elles de l'industrie, qui d'ailleurs va devenir les Elles de l'entreprise, elle pèse sur le pouvoir de la CCI pour qu'une meilleure représentativité s'opère au sein des élus consulaires. Cette femme de caractère au sang latin bouillonne d'envie de voir avancer «de véritables projets sur la Côte d'Opale».
De retour à Dunkerque en 1990, Eva Escandon s'est très vite retrouvée dans les affaires familiales. Outre ses responsabilités chez SMSM, elle joue aussi le rôle de présidente dans des réseaux comme les Elles de l'industrie, FCE Côte d'Opale ou encore celui d'élue consulaire.