La question prête aujourd'hui à sourire, voire embarrasse quelque peu les protagonistes du partenariat d'innovation signé entre Rennes Métropole et le groupe Bolloré. Rennes pourrait-elle un jour fabriquer le fameux BlueBus électrique du groupe breton, actuellement lancé en test dans la capitale bretonne ? Si le scénario est impensable à court terme, il n'est pas exclu d'y songer à plus long terme.
Un premier acte fondateur : e-Méhari
Rennes assemble déjà la e-Méhari de Citroën et Bolloré (ex-BlueSummer), au cœur de l'usine de PSA de La Janais. « La e-Méhari fait figure de test pour Bolloré », analyse en coulisses une source proche du dossier. Bolloré valide en effet depuis quelques mois la capacité d'adaptation aux petites séries d'une usine automobile traditionnelle, par ailleurs en pleine mutation. Si la commercialisation de ce cabriolet électrique de plage patine un peu, le test industriel s'avère quant à lui concluant jusqu'à présent. Rien n'exclut donc demain de produire d'autres véhicules de Bolloré à Rennes, y compris des bus qui étaient fabriqués en partie avec Gruau (sous joint venture) à Laval, jusqu'en juin 2016 et leur rapatriement total près de Quimper.
La R&D du Bluebus pour Rennes
Rennes vient de poser un deuxième acte fort en signant un « partenariat d'innovation » avec BlueBus et Keolis, non pas par son montant (quelque huit millions d'euros...) mais pour son symbole. « Nous allons tester tous nos développements à Rennes, qui sera la première », souligne Christian Studer, l'un des fidèles bras droits de Vincent Bolloré, à ses côtés depuis 31 ans et en charge du marché des collectivités. La capitale bretonne se positionne aujourd'hui comme le "laboratoire" de R&D à centre-ville ouvert de Bolloré, en matière de bus 100% électrique (y compris son chauffage) de grande capacité (18m articulé). Pour l'instant, ses premiers BlueBus, qui circulent notamment à Paris via la RATP (43 exemplaires commandés), font 12m et leur chauffage reste thermique. Une autre version de 6m existe à 170 exemplaires dans 30 villes.
Rennes Métropole pose intelligemment des jalons en la matière. Après avoir été la première plus petite agglomération européenne à disposer d'un métro automatisé et se revendiquant la première collectivité française à avoir cessé d'acheter des bus diesels, elle pourrait ainsi devenir la première à disposer d'un parc de bus 100% électrique. Ce parc comprend actuellement 280 véhicules dont 63% d'articulés. Si l'expérimentation actuelle ne comprend la fabrication que de sept premiers bus, Rennes Métropole pourrait peser dans la négociation des suivants en revendiquant une part de production rennaise dans son futur contrat, vers 2019-2020... De son côté, Bolloré peut déjà afficher une production bretonne de ses bus et batteries.
Quand Ergué-Gabéric tournera à plein régime...
Autre donnée de plus long terme, l'usine d'Ergué-Gabéric a la capacité d'absorber la production de 200 bus électriques par an. On en est encore loin, à environ 25%, mais tout peut s'accélérer. Le carnet de commandes 2017 de 50 bus est déjà plein. Qu'en sera-t-il si les appels d'offres tombent et que l'usine atteint son maximum ? De nouveaux investissements seront nécessaires. Là encore, une production déportée sur Rennes ne paraît pas improbable.
"Une intuition de pari"
Alors, il est permis d'imaginer dès maintenant le meilleur scénario visionnaire pour Rennes Métropole. Son président Emmanuel Couet, lui-même, confie dès aujourd'hui « une intuition de pari, au bon moment, au bon endroit »...