ESS et auto-entreprise : Des pistes à explorer
# Conjoncture

ESS et auto-entreprise : Des pistes à explorer

Entrepreneuriat social et régime de l'auto-entrepreneur. Deux formes de création d'entreprise qui ont le vent en poupe en France.

«Quand j'ai lancé ma société il y a trois ans, j'avais le statut d'auto-entrepreneur. Très vite, les clients ont adhéré et j'ai dû augmenter le volume de mes commandes. Mais en auto-entrepreneur, on ne peut pas importer plus de 90.000 euros de marchandises et on ne peut pas récupérer la TVA.» Émile Diop commercialise des produits issus du commerce équitable et fait travailler des coopératives de femmes au Sénégal et au Burkina Faso, dans le respect des règles du commerce équitable. Il fait ensuite venir les matières premières en France, où elles sont transformées en produits alimentaires par des structures locales. Ce jeune créateur a très rapidement trouvé les limites du régime de l'auto-entreprise et est passé en mai dernier sous le statut de la SARL. «Cela permet de rassurer nos futurs partenaires. Cela nous rend plus crédible et pour les clients aussi, c'est beaucoup plus sécurisant», explique-t-il. Les chiffres de l'Insee de janvier soulignent une fois encore qu'en dépit d'une baisse de 15,7% sur douze mois, plus d'une entreprise sur deux créée en France l'est sous ce régime.




«Self employment»

Mais peut-on vraiment parler d'entreprise ? Les Anglo-Saxons affectent à cette forme d'activité une appellation plus proche de la réalité : le "self employment" ou "auto emploi". «Il faut distinguer l'entreprise qui a vocation à la croissance et à la création d'emplois à court terme et le régime de l'auto-entrepreneur qui n'a pas vocation à créer d'autres emplois que celui de l'auto-entrepreneur lui-même compte tenu des plafonds de chiffre d'affaires relativement bas qui cadrent ce régime», souligne Emmanuelle Deglaire, codirectrice du MSc Entrepreneurship à l'EDHEC. Un distinguo qui n'apparaît pas toujours clairement dans les discours alors que les pouvoirs publics ne brillent pas par la transparence en matière de données. L'Insee a toutefois établi que les auto-entrepreneurs qui avaient déclaré une activité en 2010 annonçaient un chiffre d'affaires moyen de 1000 € par mois. «Une vraie usine à misère !», déplorent les détracteurs de ce régime. Emmanuelle Deglaire refuse une analyse aussi lapidaire. «Le régime de l'auto-entreprise présente un magnifique avantage : pouvoir démarrer à très faible coût social et fiscal. Sa force, c'est de faire naître des envies, de susciter des vocations.» Les études prouvent que trois auto-entrepreneurs sur quatre n'auraient pas créé d'entreprise en dehors de ce régime. Leurs motivations : développer une activité de complément (40%), assurer leur propre emploi (40 %) mais aussi tester un projet (29%) ou répondre à une opportunité ponctuelle (23%). Pour Emmanuelle Deglaire, le régime a aussi introduit une «véritable révolution» en France en abolissant pour la première fois la frontière entre impôts et charges sociales. Reste que les avantages du régime peinent à gommer ses inconvénients et qu'il est difficile pour Emmanuelle Deglaire d'assimiler l'auto-entreprise à une vraie entreprise. «On veut les faire jouer dans la cour des grands mais comme en football, tout le monde ne peut jouer dans la même division.» Et de conclure : «le régime de l'auto-entreprise est parfait pour se lancer ou pour une activité secondaire mais la vision est au-delà très limitée.»

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