Quatre consortiums ont remis, début janvier, à la commission de régulation de l'énergie, leurs offres portant sur la construction et l'exploitation de cinq sites éoliens offshore situés au large des côtes hexagonales. Cet énorme marché doit déboucher sur la production de trois gigawatts d'électricité, l'équivalent - en puissance, mais pas en rendement - de trois centrales nucléaires. Mis à part le groupe allemand E.ON, la fine fleur européenne de l'énergie éolienne s'est positionnée sur cet appel d'offres. Candidat à quatre champs offshore, EDF s'est ainsi allié au Danois Dong Energy, à l'Allemand WPD et au Morbihannais Nass & Wind. Lorgnant les sites de Saint-Brieuc et de Saint-Nazaire, l'Espagnol Iberdrola a, lui, opté pour Eole Res et Neoen Marine. Enfin, GDF a monté deux groupements avec Vinci et la CDC pour pouvoir postuler à l'ensemble des sites.
Industrie: un match à trois
Sur le plan industriel, s'ouvre une bataille à trois entre Alstom (lié à EDF), Areva (allié à GDF sur quatre sites et à Iberdrola sur le cinquième) et Siemens (partenaire de GDF à Saint-Brieuc). Nerf de la guerre: l'emploi en France. Ce critère pèse en effet pour 40% de la note finale de la consultation publique. C'est autant que pour le prix de rachat de l'électricité. Du coup, le «made in France» devient pour les consortiums un élément crucial pour pouvoir espérer remporter la mise. Et à ce petit jeu-là, chacun tente de montrer ses plus beaux atours. Seul Siemens entretient pour l'instant le mystère. «On attend de voir les résultats de l'appel d'offres. Mais c'est certain que l'éolien engendrera un développement industriel local. Nous avons huit usines en France», indique un porte-parole du groupe. Les concurrents de l'industriel allemand ne se privent pas, eux, de dévoiler les contours de leurs projets, qui restent évidemment conditionnés aux résultats de la consultation publique.
Alstom: 50.000m² à Montoir
Si le groupe remporte au moins trois des cinq champs éoliens, Alstom implantera des unités dans la région nazairienne et à Cherbourg. À Montoir de Bretagne, une usine de fabrication de nacelles de 40 à 50.000m² est ainsi dans les cartons. Devant employer 300 salariés, elle pourrait produire 250 nacelles pour les éoliennes de l'actuel appel d'offres. Alstom projette aussi d'implanter un centre de R & D de 200 ingénieurs dans l'estuaire de la Loire. Le groupe met en avant «la seule éolienne entièrement fabriquée en France». À la clé 5.000 emplois dont mille directs dédiés à la fabrication d'une éolienne de 6MW de nouvelle génération. Alors que la machine d'Areva est déjà en service, le groupe français est en train d'expérimenter la sienne dans la Loire, au Carnet, avant un test grandeur nature prévu en Mer du Nord. Outre ces sites de production, Alstom et EDF ont prévu d'installer plusieurs unités dédiées à l'assemblage des éoliennes - un site est programmé à Saint-Nazaire - ainsi que des centres d'exploitation et de maintenance, dont un à La Turballe. Partenaire de Siemens (à Saint-Brieuc) et d'Areva (sur les quatre autres sites), GDF estime de son côté que «jusqu'à 80% de l'activité générée par le marché des éoliennes en mer (achat, production, sous-traitance) pourra être développée en France». Notamment auHavre où Areva projette de construire deux usines qui emploieront près de 1.000 salariés.
Promesses ibériques pour STX
Le consortium mené par l'Espagnol Iberdrola - allié à Areva et à Technip - plaide tout autant sur le made in France, en soulignant les retombées pour les entreprises locales «Un maximum de pièces seront faites localement. Une cinquantaine de lettres d'engagement ont été signées entre les entreprises du groupement et des acteurs locaux. Dans cinq ans, si nous remportons les marchés, ce sont ceux-là qui seront nos sous-traitants», confie Jean-Christophe Chomette, directeur général d'Iberdrola France. Et celui-ci d'indiquer, qu'en cas de succès, 198 fondations de 600 tonnes de type jacket seront confiées à STX, le chantier nazairien ayant déjà livré une fondation similaire pour l'éolienne expérimentale d'Alstom.
Chantiers prévus en 2015
Au-delà des emplois directs et indirects générés par la construction et l'exploitation des cinq premiers champs offshore français, les consortiums font miroiter les alléchantes perspectives à l'international qu'ils peuvent offrir aux entreprises françaises. C'est notamment le cas d'Iberdrola. «Nous avons la capacité d'ouvrir des marchés à l'export à nos partenaires», promet ainsi Jean-Christophe Chomette, l'énergéticien ibérique allant mettre en place dans les prochaines années 12.500MW d'éolien offshore dans le monde. Pour voir si ces belles promesses se concrétisent, il faudra encore attendre. Le gouvernement doit annoncer les résultats de son appel d'offres courant avril. Les lauréats auront jusqu'à l'automne 2013 pour mener des études de faisabilité, les chantiers ne devant pas commencer avant 2015.
Énergie Quatre consortiums se disputent l'appel à projets visant à implanter près de six cents éoliennes au large des côtes françaises. Un enjeu énorme tant au plan financier qu'industriel. Revue des effectifs.