Le groupe Septeo, basé près de Montpellier, est partenaire d’une kyrielle de clubs de sport professionnels évoluant dans la Métropole héraultaise : le Montpellier Hérault Rugby (MHR), le Montpellier Castelnau Volley UC (MCVUC), le Montpellier Handball (MHB), le Basket Lattes Montpellier Association (BLMA), etc.
Cette ouverture a été impulsée par son PDG, Hugues Galambrun, animé d’une passion pour le sport qui lui vient de loin. Ceinture noire de judo, il a pratiqué intensivement cet art martial entre 9 et 25 ans. Sans oublier le football, le handball ou le ski, qu’il pratique encore aujourd’hui. "Le sport est une école de la vie. Le judo, en particulier, a la capacité de transformer l’homme. Il enseigne des valeurs fortes telles que la discipline, l’hygiène, l’écoute et l’humilité. C’est aussi un sport très dur. Quand on perd en compétition, la défaite est subie physiquement dans le corps. J’ai aussi découvert ça dans le rugby", analyse-t-il.
Le virus du rugby
Surprenant les observateurs du monde économique comme ceux du ballon ovale, Hugues Galambrun a en effet pris la présidence, en 2023, d’un club semi-professionnel de rugby, la Coopération Palavas-Lunel, commun à ces deux petites villes héraultaises (32 000 habitants au total). "J’ai longtemps grenouillé dans ce milieu. Je suis partenaire du MHR depuis 20 ans. J’ai vu comment Mohed Altrad (l’industriel propriétaire du club du Top 14, NDLR) l’a repris. J’ai côtoyé de nombreux entraîneurs. Aussi, en apprenant que la Coopération était en train de mourir, avec des finances à sec, j’ai voulu m’impliquer en me demandant, en tant qu’entrepreneur, comment recréer un club de bon niveau à Montpellier", raconte-t-il.
Une même impulsion
Le contraste est saisissant entre les deux activités d’Hugues Galambrun. D’un côté, un groupe poids lourd du progiciel français, valorisé à 3 milliards d’euros, plus gros employeur privé de l’aire montpelliéraine avec 3 100 salariés. De l’autre, une modeste formation au sud de Montpellier, évoluant en Fédérale 2, qu’il va devoir réinventer dans une démarche de mécénat parallèle à son rôle de PDG. Toutefois, il trace spontanément un trait d’union entre sa vision de patron et celle de président de club : "C’est le même rôle ! À ceci près que la défaite est plus visible dans le sport. Elle est plus sournoise dans les affaires, car on ne la voit pas venir. On peut s’en remettre à des indicateurs de performance économique, mais au bout du compte, seule compte la capacité à organiser des équipes et à se dépasser. Tout est lié."
Un réceptacle pour jeunes talents
Sous son impulsion, le budget du club passe de 350 000 à 600 000 euros. Il est rebaptisé Rugby Club Méditerranée (RCM), optant pour un nom générique dans l’espoir d’agréger, à l’avenir, d’autres communes avoisinantes. Même si le projet imaginé par Hugues Galambrun bute sur un gros obstacle quand, en mai 2024, la composante lunelloise du RCM vote sa sortie du club. Le PDG du groupe Septeo, qui enchaîne les acquisitions à grande vitesse, a-t-il un peu trop bousculé un milieu rugbystique attaché aux traditions ? "Les guerres de clocher sévissant dans ce sport ont parfois un côté irrationnel quand vous avez l’habitude de rassembler des entreprises. J’ai préféré couper les liens avec Lunel plutôt que de vivre des psychodrames pour des histoires de stades ou de couleurs de maillot", admet Hugues Galambrun, un temps découragé par l’accumulation des tensions, qui maintient toutefois son projet d’étendre le rayonnement du RCM.
Transmettre des valeurs
L’entrepreneur préfère insister sur le sens premier de sa démarche : donner la priorité aux jeunes, "afin qu’ils s’identifient au RCM". Sous cet angle, le club progresse vite puisqu’il a réussi à fédérer les écoles de rugby de plusieurs communes héraultaises : Palavas, Villeneuve-lès-Maguelone, Saint-Jean-de-Védas, Frontignan, etc. "Le club est la première grosse structure conçue pour aider les jeunes du coin à jouer à un bon niveau. Le volet éducatif du projet est majeur", souligne-t-il. Hugues Galambrun se dit attaché, dans le rugby comme dans le business, à la transmission de "trois valeurs cardinales" : responsabilité, performance et plaisir. "Elles fondent la démarche RSE de Septeo. D’ailleurs les salariés du groupe peuvent, comme bénévoles, s’impliquer dans le projet portant le RCM, en participant à la billetterie, à la vente de maillots, à la réception des partenaires… À travers cette démarche caritative, les plus jeunes redécouvrent les vertus du collectif après le long moment de repli sur soi qui a suivi le Covid".
Les champions de demain
Les objectifs de performance sportive sont, pour leur part, assignés à l’équipe "élite" du RCM. Si Hugues Galambrun veut faire vite monter son club en Fédérale 1, son ambition n’est pas de faire naître un ténor du Top 14, concurrent du MHR. Au contraire, les deux clubs collaborent (les joueurs espoirs sont en double licence), et devraient s’épauler encore plus sur le plan sportif. "Nous voulons devenir un club qui compte pour le MHR. Nous nous voyons comme une pépinière de talents, à l’image du club de Blagnac pour celui de Toulouse. Car il est plus facile d’intégrer des jeunes joueurs du cru que d’aller en recruter en Australie ou en Afrique du Sud ! Tous nos joueurs espoirs partent aux quatre coins de France s’ils n’ont pas la perspective de jouer un jour en Top 14 à Montpellier", resitue Hugues Galambrun.
Qui fait un parallèle avec la séquence olympique de l’été dernier : "La France compte beaucoup de talents. Voyez les JO de Paris, où elle a battu son record de médailles alors qu’elle n’a pas les mêmes ressources que la Chine ou les États-Unis. Il nous faut désormais inciter plus de jeunes à passer du sport scolaire au sport en club, afin de mieux détecter les champions de demain".