La Bretagne produit 7,4% de l'énergie qu'elle consomme, dont 9,5% de son électricité. La région connaît un essor démographique important ces dernières années. Et les alertes au "black out" électrique reviennent chaque hiver. Pourtant le territoire possède un fort potentiel de production d'énergies renouvelables. Discrètement mais concrètement, une nouvelle filière énergétique se met en place.
L'implication régionale
Consciente de cette dépendance énergétique, la Région «a souhaité jouer un rôle essentiel en fédérant les acteurs et en orientant les aides vers un nouveau modèle énergétique à implication locale», indique Dominique Ramard, du Conseil régional. L'enjeu industriel et économique repose ainsi sur l'économie et la production. «La priorité doit être donnée aux économies d'énergie», insiste Serge Moëlo, maire de Silfiac et président de Bruded, association de collectivités engagée dans le développement durable. «Couplés à une auto production locale, les 30% de consommation en moins sont à notre portée», indique-t-on à la Région.
Un hôtel auto-suffisant
À ce titre, l'hôtel No-Minoé créé par Joël Hazif à Locminé est exemplaire. Comptant sur une isolation et ses propres productions (géothermie, solaire eau chaude, petit éolien), il offre un excellent confort avec un coût énergétique dérisoire. Le Conseil régional, qui a soutenu le projet hôtelier, a mis en place une plateforme dédiée aux entreprises de la construction permettant à travers formations et informations l'adaptation au BBC. Ce qui doit aboutir, à terme, à la réduction d'un tiers de la consommation énergétique régionale. Pour rester compétitives, les entreprises pourront également maîtriser leur consommation énergétique avec l'aide de conseillers dédiés (CCIR et ABEA, association bretonne des entreprises agroalimentaires). Effet réseau et retours d'expériences à la clé.
Le pacte électrique breton
Avec l'Ademe, la Région a mis en place un «pacte électrique breton» qui prévoit sécurisation du réseau, cogénération, centrale combiné gaz et production d'électricité en énergie renouvelable de 8,8 Terawattheure en 2020 soit 34% de la consommation. Le pacte inclut un développement de l'éolien marin, du photovoltaïque et de la biomasse. «Ces derniers objectifs sont révisables à la hausse», indique Dominique Ramard, pour qui les territoires ruraux ont une vocation de production d'énergie à développer.
Des communes s'engagent
Les premiers postulants sont déjà actifs. Devenir un territoire autonome en énergie et même «à énergie positive» en 2030, tel est l'objectif de la communauté de communes du Mené dans les Côtes d'Armor. La population a participé activement: production d'agro carburant et unité de méthanisation - Géotexia - portés par une Coopérative d'utilisation de matériel agricole (Cuma), chaudière à bois alimentée localement, parc éolien de 7MW cofinancé à hauteur de 450.000euros - soit le tiers - par 160 familles du territoire, constructions neuves et aussi réhabilitations de logements en basse consommation. Pour Marc Théry de la communauté de communes du Mené, «tous les territoires ruraux jusqu'à 80 habitants au kilomètre carré peuvent devenir exportateurs d'énergie.» Et ce n'est pas Serge Moëlo, dont la commune de Silfiac composée de 220 foyers produisant une électricité pour l'équivalent de 3.200 habitations, qui le contredira. Ce mix énergétique qui implique les habitants rassemble tous les suffrages.
Méthanisation à la ferme
Jean Marc Onno, éleveur à Moustoir-Remungol, a développé «un modèle de méthanisation à la ferme, avec apport de ressources locales et optimisation de la chaleur». Et non celui s'appuyant sur des cultures dédiées qui font grimper le prix des terres. Un modèle qui a les faveurs de la Région dont le projet vise à fédérer les producteurs de ressources (agriculteurs, collectivités, industriels) à l'échelle locale et qui a demandé à AILE (Association d'initiatives locales pour l'énergie et l'environnement) de définir «quelle méthanisation mettre en place en Bretagne». Incluant le modèle agricole que cela implique. Un travail de calcul de la ressource vient d'être produit par la chambre d'agriculture et la CCI du Morbihan.
Potentiel éolien
La Bretagne possède aussi un «potentiel éolien qui pourrait fournir la moitié de sa consommation électrique», indique Marc Théry. «Côté terrestre les spécificités bretonnes (habitat dispersé, topographie, zones protégées) en matière d'éolien n'ont pas été prises en compte dans le plan national, ce qui limite le potentiel», indique Claude Midi d'Eole génération à Lorient. Côté mer, le seul parc éolien offshore de 500MW en baie de Saint-Brieuc (240MW pour la Rance), permettra de couvrir la moitié de la consommation électrique des Côtes d'Armor. Pour un investissement proche de deux milliards d'euros et des emplois de maintenance locale à la clé. «A l'avenir des éoliennes flottantes devraient permettre de tripler cette production», espère Jacques Barreau de Nass & Wind, qui planche aussi sur les hydroliennes.
Mix énergétique
Après un soutien financier de la filière photovoltaïque, à cause du moratoire, la Région lance une étude en vue d'équiper les toits des lycées bretons. Un appel à projet, pourvu d'une enveloppe, devrait également être mené sur les bâtiments agricole. Autre projet régional qui doit voir le jour ce mois-ci: la création d'un fonds de capital investissement, doté de huit millions d'euros pour le financement des gros projets d'énergie. La Région, la Caisse des dépôts, et les investisseurs privés sont partenaires. À cela s'ajoute la filière bois, la géothermie et peut-être, d'ici à 2030, une centrale à algues... De quoi réussir un mix énergétique et donner un nouveau souffle à l'économie régionale.
ÉNERGIE Dépendante de la production d'électricité nationale, la Bretagne se prépare à créer une importante filière d'énergie renouvelable. Une formidable opportunité économique, sociale et écologique.