L'enjeu est de taille : réduire de 20 % la consommation énergétique finale d'ici 2030, 50 % d'ici 2050 (par rapport à 2012). Dans le Morbihan, l'activité industrielle représente près de 20 % des consommations énergétiques ; 19 % pour le tertiaire (*). C'est dire si les entreprises ont leur rôle à jouer dans ce défi énergétique. Sans pour autant sacrifier à leur compétitivité. C'est pour rendre son process « moins énergivore mais aussi plus performant et productif », selon Pascal Sutter, directeur opérationnel, que l'entreprise
Ronsard, basée à Bignan, a investi 2 millions d'euros en 2014. Cette filiale de valorisation de volailles du groupe Triskalia a remplacé toutes ses centrales à froid par des installations neuves avec système de récupération de chaleur. Objectif : « réduire de 6 % notre consommation d'électricité sachant que les compresseurs de froid représentent 85 % de notre consommation totale, et de 22,5 % la consommation de gaz », détaille Pierre Chamaret, directeur QHSE (Qualité, hygiène, sécurité, environnement).
Certification ISO 50001
Ronsard (1.000 salariés, 200 millions d'euros de CA), dont la « démarche globale d'excellence opérationnelle avec de réels engagements » a été reconnue par la certification ISO 50001 (propre à l'économie d'énergie) dupliquera, en 2016, le projet mené à Bignan sur d'autres sites ; notamment au Centre d'Abattage de Dindes du Faouët (CADF) mais aussi à Bresse et en Ile-de-France. « Nous prévoyons d'investir entre 200 et 300.000? sur chaque site », annonce Pascal Sutter. « Ces projets sont gagnants à tous niveaux, en économie d'énergie mais aussi en rentabilité. »
Retours sur investissement en moins de 3 ans
À la
Laiterie Lorco (120 salariés, CA : 60 M?), à Pont-Scorff, les retours sur investissement ont été plus rapides que prévu. Un an et demi à deux ans. « Pour chaque action mise en place, notre volonté était que cela ne dépasse pas trois ans », dévoile Sylvain Perrault, responsable HSE. Pas de surinvestissement non plus, « l'idée était d'optimiser les équipements existants. » Résultat : « une réduction de 15 % de la consommation électrique et thermique par tonne de produit fini », annonce le responsable HSE de cette coopérative qui traite 120 M de litres de lait par an. Lorco a bénéficié d'aides représentant « 25 % du budget total des investissements réalisés », précise Sylvain Perrault.
Prouver son dynamisme
Financement d'études, prêts éco-énergie, certificats d'économie d'énergie... le panel d'aides est large. « Sans, cela aurait été compliqué », consent Frédéric Guillemin, P-dg de la
Fruitière du Val Evel, à Naizin. En 2015, ce fabricant de coulis et pâtes de fruits à destination de la restauration (25 salariés ; CA : 6 M?) a bénéficié du soutien du Département et d'EDF pour pouvoir stocker la chaleur produite en quantité par son compresseur du groupe froid et la redistribuer, sous forme d'eau chaude, vers ses pasteurisateurs qui en consomment beaucoup. Au-delà de répondre à une logique industrielle, « cet investissement de près de 100.000 ? fait aussi partie d'une stratégie globale de prouver notre dynamisme au monde économique, montrer que nous sommes prêts à maintenir notre compétitivité alors que le prix de l'énergie augmente », argumente Frédéric Guillemin.
Pontivy, un bassin énergivore
La
Biscuiterie Joubard (25 salariés, CA : 4,6 M?), à Pontivy, qui allie depuis plus de 20 ans efficacité énergétique et rendement, a déjà pu mesurer les impacts sur l'image de l'entreprise. « Cela a pu nous servir pour remporter certains appels d'offres », observe Yves Guillateau, directeur. Ici les économies n'ont pas concerné le seul process de fabrication. Mais aussi l'isolation du bâtiment, ses huisseries, ses éclairages. « Dès que nous avons des travaux à faire, nous pensons économies d'énergie. Éviter toute gabegie énergétique à toujours faite partie de notre politique », insiste l'entrepreneur pontivyen. Le pays de Pontivy, plus énergivore que la moyenne départementale, du fait de son activité industrielle et agricole, s'emploie d'ailleurs à mobiliser les entreprises du territoire sur ce domaine. Dans le cadre de la Boucle Énergétique Locale, la collectivité, en partenariat avec la CCI du Morbihan, a ainsi réalisé une dizaine d'audits auprès d'industries dont
TB Stockage (CA : 1,3 M?), basé à Baud et spécialisé dans le stockage et séchage de céréales. « Cet état des lieux va nous inciter à programmer des actions. D'ici les six prochains mois sûrement », avance Christian Bohelay, directeur, déjà sensibilisé aux économies d'énergie pour son autre société,
TB Transport (42 collaborateurs, CA : 4,5 M?). Sur le carburant, cette fois. « Tous les ans, nous investissons entre 600 et 700.000 ? pour renouveler notre parc avec des engins moins gourmands. Un formateur à la conduite économique suit aussi nos chauffeurs dans leur déplacement. Depuis deux trois ans, nous avons baissé de 0,5l aux 100 km par an notre consommation de carburant. Sur 3 millions parcourus, c'est une vraie économie ! »
Déception pour le bâtiment
Dans le Morbihan, le fret représente ainsi 7 % des consommations d'énergie. Le secteur le plus gourmand reste le bâtiment, 55 % dont 40 % pour le seul parc résidentiel. Un secteur du bâtiment pour lequel la rénovation énergétique s'annonçait d'ailleurs comme un remède à la crise. Les artisans morbihannais s'y sont préparés, se formant pour obtenir la qualification RGE (Reconnu garant de l'environnement) permettant à leur client de bénéficier des aides mises en place par le gouvernement. On recensait ainsi 970 entreprises RGE dans le département. « Mais le marché ne décolle pas ! Les carnets de commandes ne sont pas là », regrette Stéphane Le Teuff, président de la FFB 56. Manque de communication, complexité des montages financiers ? Les réponses manquent encore...
* Source Observatoires des énergies renouvelables et des énergies et gaz à effet de serre.
L'activité industrielle représente 20 % des consommations énergétiques dans le Morbihan, 19 % pour le tertiaire. Quelles initiatives sont prises par les entreprises pour réduire la facture ? Quel retour sur investissement ? Quelles sont les perspectives de marchés ? Tour d'horizon.