Ceux que l'on appelle les créatifs, artistes, architectes, designers, concepteurs de jeux vidéo ou de logiciels, éditeurs... ont toujours existé. Leur nombre augmentant sur fond de repli industriel et leur visibilité se renforçant, ils apparaissent désormais comme une force économique. Classés en secteur quaternaire pour les différencier du tertiaire, ces acteurs naviguent dans ce qu'on appelle la sphère de l'économie créative. Le concept, né à la fin des années 80 dans les pays anglo-saxons, fait fureur aujourd'hui dans des villes comme Londres, Berlin, Montréal ou Lyon qui ont choisi de valoriser ces travailleurs qui monnaient leurs idées à la croisée des chemins entre art, culture, affaires et technologie. À Bordeaux, le poids économique de ce secteur émerge doucement. Une première étude du BRA, l'agence de développement économique Bordeaux-Gironde, le chiffre ainsi à 3.647 sociétés soit 8,4% des établissements de l'agglomération bordelaise. L'économie créative se placerait ainsi dans le top 3, derrière le commerce et les services aux entreprises et devant les services aux particuliers, la construction et l'éducation.
13.836 salariés en Gironde
En termes d'emplois, le bilan est plus modeste, ce secteur fourmillant essentiellement de TPE, voire de travailleurs indépendants. On l'évalue ainsi à 13.836 salariés, soit 3,5% de l'effectif total. Quant aux créations d'établissements dans la Cub, on estime que 8% concernent le secteur créatif. Certains sous-secteurs se distinguent sans conteste dans le paysage local: les métiers du design (4.800 emplois), de la conception de jeux vidéo ou de logiciels (2.500 emplois), l'édition-presse (2.000 emplois), l'architecture... Mais l'économie créative version Bordeaux revêt milles autres visages. On le déniche dans les bénéfices engendrés par les tournages de films toujours plus nombreux, le dynamisme du secteur de la BD, le recours à des artistes par des grands châteaux, la présence en Gironde de plus de 50 éditeurs, l'émergence du tourisme créatif développé par exemple par la galerie d'art Cortex Athletico... Des lieux symboliques de rassemblement de ces créatifs commencent de même à prendre corps: Terres Neuves à Bègles, le quartier des bassins à flot ou le projet Darwin à Bordeaux... Enfin, un état d'esprit, propre à l'économie créative, basé sur l'idée d'ouverture, apparaît timidement à travers l'émulation politique-artistes-chefs d'entreprise qui s'est créée autour de la candidature de Bordeaux 2013 ou du projet Euratlantique.
"Bordeaux créative ": première pierre
Les pouvoirs publics sont désormais prêts à prendre le train en marche. Fin février, à l'initiative de la mairie de Bordeaux, 70 créatifs, dont les responsables des quatorze secteurs définis de l'économie créative (Voir encadré), ont ainsi été réunis au sein de Bordeaux créative, pôle de réflexion et de développement de nouveaux projets.. Les pistes ne manquent pas: renforcer la filière numérique, croiser le monde du vin, de la gastronomie et de la culture, créer des passerelles entre, par exemple, nouvelles sociétés du pôle Laser et artistes, entre industrie automobile et designers. Reste que Bordeaux, peu connue pour être une ville créative, a bien du chemin à faire pour conquérir ce nouvel eldorado économique.
- «L'économie créative. Approches du concept et panorama bordelais», sous l'égide du BRA. - «L'AlphaBem des industries créatives», sous la direction d'Anne Combault, Florine Livat-Pécheux et
François Durrieu. - «Économie créative: une introduction» par l'Institut des Deux Rives.
Artistes, concepteurs de jeux vidéo ou de logiciels, auteurs de BD, designers... Plus de 3.600 entreprises girondines appartiennent au secteur de l'économie créative, qui commence à se structurer. Trois projets doivent favoriser le développement de nouvelles sociétés à la caserne Niel, aux bassins à flot et à Terres Neuves. Quand verront-ils le jour? Comment les pouvoirs publics essayent-ils de fédérer les acteurs de l'économie créative? Quel est le réel potentiel de ce secteur?
Marianne Peyri, Orianne Esvan et Yann Buanec