École : Quand les patrons s'invitent chez les lycéens
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École : Quand les patrons s'invitent chez les lycéens

Printemps de l'Entreprise Dans le cadre de la manifestation organisée par le Centre des Jeunes Dirigeants, des patrons sont retournés à l'école.

À gauche, une Première Comptabilité. Une majorité de filles. À droite, une Terminale Électricité. Les garçons sont en force. Des jeunes de 17 ? 18 ans bien dans leur temps, boxers dépassant du jean. Face à ces deux classes du lycée professionnel rennais Coëtlogon, Stéphane Rault. Dans le cadre du Printemps de l'Entreprise, organisé le mois dernier par le Centre des jeunes dirigeants (CJD) de Rennes, le patron de la société Artis Interim est venu leur parler... d'entreprise. Deux heures durant, il explique, se raconte, se livre même parfois lorsqu'il confie par exemple avoir été en conflit un temps avec sa mère alors qu'ils travaillent tous les deux et son frère dans la même PME.




«Vous avez tous un CV?»

On sent le quadragénaire habitué à l'exercice. «Avec mon frère, on essaie de faire cinq ou six écoles avec sections techniques chaque année», nous confiera-t-il à l'issue de l'exercice. Son truc: poser des questions pour rendre la chose la plus interactive possible. Ce qui constitue parfois un véritable défi. Pas toujours très loquaces les jeunes face à des adultes. Question parmi d'autres du dirigeant rennais: «Vous avez tous un CV?». «Mouais» entend-on tout juste dans les rangs. En revanche, quand la question porte sur les téléphones portables, les réponses sont plus clairement audibles. «Et bien attention à vos messageries vis-à-vis des employeurs potentiels. Évitez les chansons ou les blagues», leur conseillera le prof d'un jour. L'avantage de ce genre de rencontres improbables, c'est qu'elles cassent certaines idées reçues. Malgré les chuchotements propres à toutes les classes, les lycéens de Coëtlogon expriment un intérêt particulier quand il est justement question de la construction d'un curriculum vitae. Jusqu'à parfois poser des questions auxquelles on ne s'attend peut-être pas: «Est-ce qu'un employeur peut demander un extrait de casier judiciaire ?», lancera l'un d'entre eux.




«Ça gagne combien un patron?»

«J'ai apprécié leur écoute, résumera à l'issue de la rencontre Stéphane Rault. On m'avait prévenu qu'ils étaient un peu difficiles mais ils étaient finalement attentifs. Et par rapport à des classes plus généralistes, ils posent des questions très concrètes.» Comme par exemple de savoir combien gagne un chef d'entreprise. Sur ce point Stéphane Rault ne se dégonflera pas. «3.500euros brut pour en gros 47heures par semaine. Mais en pensant à l'entreprise tout le temps. Le week-end, vous ne coupez pas les ponts.L'entreprise, c'est vous.» «C'est pas mal mais je m'attendais à plus», nous confiera l'un des lycéens. Présent dans la classe, l'enseignant en éco-gestion Gérard Bodennec apprécie l'exercice. «Ça fait quatre ans que je fais le Printemps de l'entreprise», nous explique-t-il. Sa satisfaction? «Quand une personne extérieure vient nous voir, les élèves se rendent compte que leurs professeurs ne leur disent pas tant de bêtises que ça sur la vie de l'entreprise. Car beaucoup veulent rester sur une vision édulcorée de la vie active.» Ces deux heures offertes par un chef d'entreprise auront peut-être permis de les préparer - un peu - à l'après-diplôme. Et casser l'image du méchant patron exploiteur de jeunes recrues.

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