Entre la volonté politique affichée par nos élus et la réalité du terrain, il y a parfois un gouffre. Sous l'impulsion de leurs deux présidents Daniel Delaveau et Jean-Marc Ayrault, les agglomérations rennaise et nantaise affichent depuis plusieurs mois leur belle entente. Avec, nous dit-on, pleins de projets et de la bonne volonté de toutes parts. L'épisode - très terrain celui-là- qui se trame en ce moment à l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Rennes nous rappelle qu'entre les deux métropoles, rien n'est jamais simple.
«Peut-être des malentendus»
À l'origine du projet: la volonté expansionniste de Sciences Po Rennes. Avec 1.100 élèves - contre 1.700 pour son homologue lilloise - l'école bretonne doit grossir si elle veut peser sur la scène nationale. D'où sa volonté, dans son projet de contrat quinquennal 2012-2016, d'ouvrir une nouvelle antenne. Notamment à Nantes, où un module autour des industries créatives est en discussion depuis des mois entre l'IEP rennais et l'Université de Nantes. Était en discussion peut-on dire puisqu'il est aujourd'hui abandonné. «Sciences Po Rennes nous a présenté au départ une sorte de "refondation" de l'IEP sur deux sites pour faire un IEP du Grand Ouest, nous explique Christophe Clergeau, vice président du conseil régional des Pays de la Loire. On était complètement d'accord. Cela supposait d'ouvrir à Nantes un 1er cycle qui n'existait pas à Rennes - il portait sur l'international - et un certain nombre de masters. Au bout de trois à cinq ans, il y avait l'engagement de Sciences Po Rennes d'ouvrir un autre premier cycle à Nantes qui aurait été le même qu'un premier cycle rennais. C'était un vrai projet intégré sur deux sites.» Mais voilà, si l'on en croit l'élu nantais, la nature du projet a changé au fil des mois. «On nous a proposé des versions très dégradées de ce projet initial, poursuit Christophe Clergeau. Il y a peut-être eu des malentendus, peut-être une réaction à Rennes face à la crainte de voir l'école progressivement basculer sur Nantes. Il y a eu des résistances au sein du conseil d'administration de l'IEP, à la Région Bretagne, à Rennes Métropole. Du coup, les autres versions qu'on nous a proposées étaient beaucoup plus light. Or, on a toujours été sur la même position, à savoir accueillir un projet ambitieux sur deux sites.»
Antenne à Caen
S'il n'a pas été possible de joindre le directeur de Sciences Po Rennes Patrick Le Floch, on sait que les Rennais n'ont pas, on s'en doute, la même vision des choses. «Un protocole d'accord de partenariat avait été trouvé avec l'Université de Nantes en vue de créer une antenne autour des industries créatives, nous confie une source proche de l'IEP. Mais la Région Pays de la Loire a bloqué car elle voulait gérer à 50/50 l'ensemble de l'IEP sur les deux sites.» Le changement de président de l'Université de Nantes courant 2012 et la situation financière "désastreuse" de celle-ci - comme mentionné dans le dernier rapport du conseil d'administration de Sciences Po Rennes - auraient également pesé dans la balance. Quoi qu'il en soit, le dossier nantais est désormais clos. «Sur le projet de développement de l'IEP de Rennes à Nantes, les discussions sont interrompues», confirme Christophe Clergeau. Résultat, Rennes a décidé de rapatrier dans la capitale bretonne son idée autour des industries créatives. Quant à une nouvelle antenne, il y en aura bien une, mais à Caen. Un accord a été trouvé avec l'Université bas-normande pour ouvrir à la rentrée prochaine une filière autour des énergies renouvelables.
«Il y a de quoi coopérer»
À la Région Pays de la Loire, on ne ferme toutefois pas définitivement la porte. «Il existe des réflexions entre l'Université de Nantes et Sciences Po sur des coopérations sur des Masters, et c'est très bien», relève Christophe Clergeau. Et l'élu de se montrer optimiste: «on souhaite toujours des coopérations, et il y a de quoi coopérer.»
Formation Depuis des mois, l'Université de Nantes et Sciences Po Rennes discutent en vue d'ouvrir une antenne de l'IEP dans la Cité des Ducs. Le projet a fait pschitt.