Au terme d'une âpre bataille qui aura duré tout l'été, le tribunal de commerce de Quimper a finalement donné, le 1eraoût dernier, une dernière chance au volailler de redresser le groupe. Les juges ont préféré le plan de continuation de Charles Doux à l'offre de reprise, considérée comme la plus sérieuse: celle du consortium mené par le puissant conglomérat Sofiprotéol qui ambitionnait, avec les poids lourds de l'industrie de la volaille (LDC, Duc, Glon Sanders, Tilly-Sabco), de mettre en place un "projet industriel pour la filière avicole française". Le tribunal a jugé irrecevable "la condition d'indivisibilité et d'indissociabilité" de l'offre du consortium.
«Irrespectueux
» Échaudé, le patron de Sofiprotéol Xavier Beulin, également président du premier syndicat d'éleveur, la FNSEA, n'a pas mâché ses mots le 29août sur Europe 1: «Quand on parle de milliers d'emplois, quand on parle de milliards d'euros de chiffre d'affaires, je ne suis pas sûr que le tribunal de commerce d'une petite bourgade ait la capacité d'appréhender les sujets correctement.» Réagissant du tac au tac, le groupe Doux a immédiatement dénoncé les propos de son meilleur ennemi, jugeant Xavier Beulin «irrespectueux». Placé en liquidation, le pôle frais de Doux n'est pas retenu dans le plan de continuation. «Ils ont préféré couper un bras plutôt que tout sacrifier», explique une source proche du dossier qui rappelle que le pôle frais «perdait de l'argent depuis des années». Cinq offres de reprise ont été déposées, entre autres par certaines des entreprises du consortium (Duc pour l'abattoir de Sérent dans le Morbihan, et en association avec Glon-Sanders, filiale de Sofiprotéol, celui de Boynes, Clémont et Amilly; LDC pour les sites de Sérent et Laval). Au total, ces offres permettent de sauver au maximum 500 emplois, sur les 1.700 que compte le pôle frais, auxquels il faut ajouter les 134 salariés de l'abattoir de Pleucadeuc (Morbihan), repris dans le plan de continuation de Doux. Le site de Graincourt, dans le Pas de Calais (253 salariés), avait fait l'objet d'une offre de reprise, déposée par un entrepreneur, suivi par des fonds iraniens. Après avoir été jugée irrecevable, elle a finalement été retirée.
Blancafort: pas de repreneur
Un des plus gros sites du frais, Blancafort (Cher, 244 salariés) n'a en revanche pas trouvé preneur alors qu'il faisait partie de l'offre de reprise du consortium. «La direction pensait que les candidats maintiendraient leurs offres sur tous les sites, mais là, ça ne colle plus», déplore Véronique Rives, déléguée CGT de Doux à Châteaulin. Le tribunal de commerce de Quimper devait se prononcer le 5septembre. Le 10, les sites non repris seront liquidés et les salariés licenciés. Un plan de sauvegarde de l'emploi à deux millions d'euros a été arraché par les syndicalistes lors du comité central d'entreprise, le 23août.
Manoeuvres
En coulisses, la direction de Doux avait oeuvré tout l'été pour convaincre salariés, créanciers, éleveurs et transporteurs de soutenir son plan, afin d'apporter des arguments de poids devant le tribunal. Si elle n'a jamais réussi à ranger les syndicats de son côté, elle a fini par séduire les transporteurs et éleveurs, en apportant des garanties sur le paiement de leurs créances. Des manoeuvres qui n'ont pas été faites du côté de Sofiprotéol, qui avait, de son côté, la faveur du gouvernement. Autre argument, le prêt de 10millions d'euros de la Barclays et l'apport de 20millions d'euros d'un des principaux clients de Doux, le Saoudien Al Munajem. 30millions d'euros rajoutés in extremis, qui s'ajoutent aux 19millions d'euros que le groupe a récupérés de la vente de l'usine de production d'aliments pour animaux, Stanven à Plouray (Morbihan). Des liquidités qui assurent les besoins en trésorerie «au moins jusqu'à la fin de la période d'observation, le 30novembre», assure Maurice Lantourne, avocat de Doux. La Barclays a par ailleurs annoncé qu'elle acceptait de transformer ses 144millions d'euros de créances en capital, prenant ainsi le contrôle de 80% du groupe. La famille Doux et l'actionnaire historique, la BNP, se partageant les 20% restant (respectivement 14 et 6%).
En obtenant l'aval du tribunal de commerce de Quimper, Charles Doux remporte une manche face au consortium mené par le puissant Sofiprotéol.
Délesté du pôle frais, le volailler doit désormais faire ses preuves pour faire accepter son plan de redressement.