Avant de passer la main le 1erjanvier prochain, Dominique Vigin a lu, le 30août dernier, son dernier discours de rentrée à l'Essca. Le président du conseil d'administration de l'école de commerce angevine a rappelé aux 420 nouveaux étudiants, et leurs parents, la place de l'établissement au niveau hexagonal, les défis internationaux de demain ou encore les derniers taux d'intégration professionnelle (80% des étudiants avaient trouvé un travail à la sortie de leur cursus bac +4). Mais avant de leur présenter ses meilleurs voeux pour cette année scolaire, le patron du groupe Vigin a tenu à insister sur le rôle d'exemplarité que les élèves devaient tenir. Le savoir être avant le savoir faire. En effet, ces dernières années, sur fond de soirées alcoolisées, les frasques de quelques-uns ont parfois fait passer l'Essca dans la catégorie des faits divers. L'image en a été écornée et c'est inconcevable pour ce Normand de naissance. «C'est dramatique et navrant. On met plein de choses en place mais il y a toujours des excès. Il faut sans arrêt remettre l'ouvrage sur le métier. C'est une minorité et parmi elle, des gens très bien... Mais ce problème existe ailleurs et on essaie de trouver des solutions communes avec les autres écoles.»
Partager, transmettre
Sans minimiser ce sujet «essentiel», Dominique Vigin préfère retenir de son quinquennat une expérience où «on apprend beaucoup. C'était une façon de transmettre ma passion.» Une envie qu'il poursuit d'ailleurs personnellement au travers du réseau des anciens d'HEC en étant l'un des 500 mentors des diplômés de la grande école parisienne. Partager, transmettre sont des valeurs qui ont semble-t-il toujours animé ce père de cinq enfants, dont deux dirigent leur propre entreprise. Féru de sport, et particulièrement de basket-ball, il manie encore le ballon orange à l'Asa, le club d'Avrillé. Avec le même entrain pour l'oeuvre collective. «J'ai toujours eu la chance à travers le sport de trouver des valeurs fondamentales: on ne se prend pas au sérieux par rapport à son statut. Ca évite de rentrer dans une caste.» Une humilité que l'homme s'est forgé au contact des autres mais aussi à travers ses échecs. Dominique Vigin ne s'en cache pas. En 1990, quatre ans après un rachat, il a ainsi dû réaliser un plan social et céder une société pour 1 franc. «Vous en prenez plein la tête. L'échec est formateur. J'ai peut-être eu la chance d'avoir pris une claque assez tôt avec le reste de mes affaires qui marchaient bien.»
«Je n'ai rien créé»
Le bilan comptable penche néanmoins largement en faveur de l'entrepreneur. Sa première affaire date de 1980: Chevillard, entreprise d'orfèvrerie, revendue depuis. Trente ans plus tard, Dominique Vigin a construit un groupe qui pèse près de 39M€ et emploie 360 personnes. Pour cela, il a racheté 26 sociétés dans ses deux métiers: les accessoires de mode sous la société Vigin accessoires de mode (Collaert l'Aiglon et Boinet) et les monuments funéraires avec Chrisola (Funénor, Funépro, L'Art céramique, Chrisofleurs). «Comme je ne sais rien faire de mes mains, j'ai préféré reprendre et apprendre le métier des autres. Finalement je n'ai rien créé.» À 59 ans, ce chasseur de sociétés n'est pas rassasié. En 2011, une nouvelle opération de croissance externe devrait s'opérer. Dominique Vigin commence également à assurer sa succession en recrutant, acquisition après acquisition, des managers susceptibles de prendre la suite. Il devrait ainsi se séparer de l'activité funéraire d'ici à trois ans. Ensuite? «L'enfant plutôtrebelle», comme il confesse lui-même, pourrait devenir consultant ou business angel. Mettre son réseau et son expérience au profit d'un jeune entrepreneur, voilà un défi qu'il aimerait relever. «Si je trouvais un bon projet, ce serait intéressant de le suivre...»
En 30 ans, Dominique Vigin a racheté 26 entreprises! Des boucles de ceintures aux monuments funéraires, le président de l'Essca, pour six mois encore, dirige aujourd'hui 360personnes en France. Et l'appétit est toujours là.
Thomas Giraudet