Le vinyle tourne encore. Plus vite que le CD, qui n'a pas encore touché le fond avec - 3,6% en 2011. Une baisse certes moins prononcée que la chute de 18 à 20% des récentes années, alors que le vinyle, lui, progressait de 14% en 2010 (2,8millions vendus). Des résultats qui devraient être commentés au Midem à Cannes, du 28 au 31janvier. D'après Nielsen Soundscan, les ventes de vinyle ont même grossi de 37% ces six derniers mois. La tendance est là et bien là. À tel point que le designer basé à Auray Jacky Le Faucheur vient de concevoir Vinyle set, un système original pour présenter ses vinyles de collection sur une cloison. Cet élément de décoration d'intérieur est financé par 26 investisseurs via un système non moins innovant de souscription plafonnée en ligne. «Dans les boutiques de décoration, les quadras nostalgiques du vinyle sont les directeurs artistiques d'aujourd'hui», constate Jacky Le Faucheur, qui observe de multiples déclinaisons graphiques autour du thème du vinyle, comme par exemple des pochettes dessous de plats.
Vente en ligne en complément
«Le regain d'intérêt autour du vinyle est lié au téléchargement et à la dématérialisation», analyse Laurent Raynaud, qui dirige la boutique de disques Cosmo-Notes à Vannes. «Certains ont besoin du support, cela correspond aussi à un besoin de retour aux racines. L'objet CD n'a pas le même charme.» Dans sa boutique de 50m² dont il a racheté en 2010 le stock à François Decker, Laurent Raynaud ne vend que 25% de disques neufs. «Je veux pouvoir proposer autre chose que du Johnny Hallyday ou du Julien Clerc. Si je suis dans ce métier, c'est pour faire découvrir des musiques différentes», souligne Laurent Raynaud. Il dispose d'un stock d'environ «10.000 vinyles. La vente sur le web pèse 10% de mon activité, je passe par Priceminister ou CDandLP. com, un site qui regroupe des professionnels.» Artisan du disque, Laurent Raynaud constate que l'offre s'étoffe très sérieusement côté édition phonographique. Et les prix connaissent eux aussi une hausse, d'environ 30%. «Un vinyle que j'achetais 10euros il y a deux ans m'est plutôt facturé autour de 13euros aujourd'hui», détaille le commerçant. Du coup, pas facile de préserver ses marges. D'autant que pour s'approvisionner en neuf, Laurent Raynaud passe par un grossiste néerlandais, Bertus. Une filière plus coûteuse mais qui lui évite de subir les visites intempestives des représentants commerciaux des éditeurs. Démarche similaire pour Miguel Beaumont, responsable du rayon CD/DVD à l'Espace Culturel de Vannes, qui court-circuite les éditeurs français en passant par des importateurs, pour éviter de se retrouver avec «des vinyles à 40euros en rayon». Difficile néanmoins d'être sous la barre des septeuros depuis deux ans. Au Leclerc de Vannes, les vinyles représentent 10% d'une offre disques totale de 16.000 références.
De Pluherlin à Charlottesville
Quatre fois plus que n'en affiche aujourd'hui Gwenaël Berthy, spécialiste du vinyle dans son petit magasin de Charlottesville en Virginie aux États-Unis. Natif de Rennes, cet ex-habitant de Pluherlin près de Rochefort-en-Terre vient de créer sa boutique Melody Supreme avec seulement 40.000dollars, sans emprunt. Uniquement axé sur les galettes grand format, il parvient néanmoins aujourd'hui à faire vivre sa femme et ses deux enfants. Et conquiert pas à pas sa clientèle dans cette ville à la tradition musicale vivace. «Je m'en sors mais c'est dur car la concurrence sur le web est de plus en plus vive. Surtout, la récession est terrible aux États-Unis, les gens n'ont plus d'argent pour des disques.» Ex-photographe, Gwenaël Berthy doit donc travailler d'arrache-pied, être en veille constante pour dégoter des séries intéressantes de vinyles d'occasion. Occasion qui occupe 80% de ses ventes quand les références neuves ne sont qu'au nombre de 700. «C'est un métier de brocanteur, j'ai déjà acheté deux stocks de 6.000 pièces chacun cette année», explique-t-il. Des acquisitions qui peuvent se révéler lucratives, si elles comportent leur lot de perles rares.
TENDANCE Le CD poursuit sa chute, comme le révélera le Midem, marché international de l'industrie du disque et de la musique du 28 au 31janvier à Cannes.
Mais certains disquaires morbihannais profitent eux d'un retour de flamme inattendu du vinyle.