Dinac : Dans le giron de la multinationale américaine 3M

Dinac : Dans le giron de la multinationale américaine 3M

Dinac a intégré le groupe américain 3M, ce qui lui ouvre des marchés à l'export. La multinationale y trouve, quant à elle l'opportunité d'aborder, enfin, le marché du bricolage européen.

Le passage d'un groupe familial à une multinationale américaine semble s'être opéré en douceur. Implantée à la Mûre, Dinac était jusqu'en octobre dernier propriété du groupe Gergonne, basé à Oyonnax (01). La PME iséroise a fait partie de la transaction quand le groupe a cédé à 3M son activité "Bricolage et professionnel" (450 personnes), qui comprend également les sociétés GPI (rubans adhésifs, fixation, isolation) et Plasto adhésifs (rubans adhésifs et produits pour l'isolation). Le mastodonte américain, connu du grand public notamment pour ses marques Scotch et Post-it, est présent dans plus de 65 pays, avec 80.000 collaborateurs, pour un chiffre d'affaires de 27Md$ (environ 20,2Md€). Implantée en France depuis 1951, la multinationale compte douze sites, dont dix usines, et emploie 3.000 personnes. «Nous sommes passés d'un groupe familial français à un grand groupe international, avec des méthodes de travail interconnectées, comme pour les finances ou l'informatique. Il faut s'adapter, admet Régis Gau, directeur du site Dinac. Mais il n'y a pas de changement majeur dans l'usine.»




Réputation

Dinac, spécialiste des profilés et accessoires pour les sols, affiche près de 6.000 références actives, en inox, aluminium, laiton et plastique, du gros volume à la petite série et au sur-mesure. «La gestion du stock est très importante et demande une organisation pointue. C'est pourquoi nous sommes passés au lean manufacturing, qui permet également de stabiliser et standardiser le travail», explique le dirigeant. Il insiste d'ailleurs sur «le service client essentiel, avec une livraison à l'heure, sans rupture de stock. C'est un de nos points clefs, tant pour la logistique que le commercial». Et c'est bien là ce qui a attiré le géant 3M. «Les trois sociétés que nous avons rachetées avaient une très bonne réputation en France, avec une belle performance dans le service client et la logistique», explique Philippe Boële, directeur général GPI, Dinac, Plasto & Marchés bricolage et bâtiment de 3M France. Ce qui a déclenché l'acquisition est également la difficulté du groupe 3M sur le marché du bricolage en Europe. «En France, 3M avait une présence limitée sur ces marchés, à l'inverse des États-Unis où nous avons une position très forte, explique Philippe Boële. La division bricolage et bâtiments est importante pour notre groupe et pèse plus d'un milliard de dollars. Mais nous n'avions pas de développement déterminant en Europe car les concurrents faisaient du très bon travail, dont les trois sociétés du groupe Gergonne... Sur ces marchés, 3M avait besoin de renforcer son image en matière de services et de logistique auprès des petits clients qui ont besoin de réactivité et de services adaptés aux petites quantités. L'optique est donc de s'appuyer sur les forces et compétences de Dinac pour réussir en France et en Europe.»




Export et innovations

«Des perspectives de marchés, notamment à l'export», c'est bien ce qu'attend Régis Gau de son nouveau groupe. Dinac réalise 25% de son chiffre à l'international. 3M devrait lui offrir sa puissance de feu et sa notoriété en Europe et au Moyen Orient. «La première année sert à se comprendre, entre une multinationale et une PME, et à préparer l'international», décline le directeur général. Le groupe américain arrive également avec sa culture de l'innovation. «Nous consacrons plus de 6% de notre chiffre à l'innovation, assure Philippe Boële. Nous disposons de plateformes technologiques, qui sont à la disposition de toutes les sociétés du groupe. 3M est réputé pour les adhésifs; Dinac peut trouver de nouvelles solutions avec nos ressources en R & D et les passerelles entre nos sociétés et laboratoires.» 3M se situe au 8e rang mondial en termes de dépôts de brevets et réalise 40% de son chiffre d'affaires avec des produits qui ont moins de cinq ans. «Dinac a déjà cette culture de l'innovation, du renouvellement de collections, estime Philippe Boële.

3M apporte juste des moyens supplémentaires. C'est dans notre stratégie de s'appuyer sur le savoir-faire et l'innovation pour créer de la valeur. Et nous avons des attentes sur la capacité d'innovation de Dinac.» Le directeur général ne veut d'ailleurs rien s'interdire et voit des opportunités dans l'intégration de produits 3M chez Dinac. «Nous avons une capacité à adapter nos produits aux marchés et à les marketer, assure-t-il. Tout en respectant la PME.» Ainsi, la marque Dinac sera conservée en France, car «incontournable». Mais à l'international, 3M veut donner le choix de la marque à ses clients: «Nous faisons tout pour avoir une réponse économique à une demande client. Nous avons la chance d'avoir un panel de marques et des outils performants qui vont nous permettre de réaliser des ambitions très fortes, plus fortes qu'aujourd'hui.»




Dix ans pour réussir

3M n'avance aucun chiffre sur ces ambitions. Il affirme même que, maintenant que Dinac est intégrée, les indicateurs se feront au niveau du groupe, et plus de l'entité Dinac. De même, le directeur général ne s'engage pas sur l'emploi, tout en indiquant être dans «une optique de croissance d'activité avec des objectifs de productivité. Nous mettons en place la dynamique et ensuite l'emploi y est associé». Pour chaque nouvelle acquisition, le groupe se donne une échéance de «dix ans pour la réussite du plan stratégique, dans la logique d'un industriel qui fait un investissement. Mais en trois ou quatre ans, on sait déjà si les conditions de succès sont mises en place, si les objectifs de croissance et de rentabilité sont atteints».

Dinac



(La Mûre-d'Isère) DG: Philippe Boële 200 personnes CA 2011: environ 30M€ 04 76 81 14 22 www.dinac.fr