Sans verser dans le catastrophisme, la situation économique du Morbihan est nettement sous tension en cette fin d'année 2011. L'indicateur du climat des affaires, en baisse de neuf points au niveau national, reflète le sentiment des dirigeants morbihannais. Baisse des commandes dans l'industrie et les services, mauvaise saison pour l'hôtellerie et la restauration, fragilité des entreprises du bâtiment... À l'inquiétude grandissante concernant 2012 s'ajoute l'angoisse des resserrements des critères bancaires.
Frilosité des investissements
Crise de la dette, crise de la zone euro et élection présidentielle alimentent la sensation d'incertitude et d'appréhension des dirigeants. «Chaque année électorale est signe de ralentissementgénéral», observe Olivier Fournier du Crédit Maritime de Vannes. «Les banques devront à tout prix renforcer leurs fonds propres, par le biais de nouveaux clients et d'épargnants», poursuit le banquier. Si le crédit ne forme pas l'axe majeur de développement des banques en 2012, il leur est tout de même indispensable. Les accords de Bâle 3, qui entraînent un relèvement du ratio de fonds propres de garantie des banques, inquiète les entreprises. «Pour celles qui sont en bonne santé, d'accord, mais pour celles qui sont fragiles, ce sera délicat», estime Martine Falck, déléguée du réseau Entreprendre en Morbihan. «Pas d'inquiétude à avoir», prétend Hubert Brichart, directeur du Crédit Agricole du Morbihan. «Si la situation d'une PME se détériore, par contre, ce sera plus difficile». Au sein du Medef Morbihan, aucun ne constate à ce jour de manque de liquidités de la part des banques. «Mais plutôt une demande de financement qui fait défaut», remarque Jean Dumoulin, le président. En effet, les professionnels tendent à freiner leurs projets. «37% des entreprises ont décidé de suspendre leurs investissements ou leurs programmes de recherche et développement», se désole Jean Dumoulin.
Des projets en difficulté
Certains porteurs de projet ont déjà remarqué ce durcissement de l'accès au crédit. Hervé Paquet, qui dirige la jeune société Diorren Project, s'apprête à injecter 3,2millions d'euros dans la réalisation d'un parc de loisirs à Vannes. Un investissement qui a reçu le soutien de deux banques. Et pas les plus grandes. «Les banques traditionnelles ont toutes refusé de nous suivre», se désole Hervé Paquet accompagné par Bretagne Sud Angels (BSA) qui a apporté 100.000euros au capital. «Les banques ne prennent plus de risques. Il y a un potentiel d'épargne important en Bretagne qui part en défiscalisation ou à l'extérieur du territoire au lieu d'être réinvesti localement». Pour le Crédit Agricole, le soutien des BSA est un élément positif mais pas suffisant. «Lorsqu'il s'agit d'un projet de loisirs ou de restauration, on se pose la question de savoir comment l'entreprise vivra hors saison», explique Hubert Brichart. Pourtant, dans ce climat d'appréhension, le réseau Entreprendre Bretagne a reçu de nombreux dossiers de créations. «La dynamique morbihannaise ne semble pas subir le contexte mondial de ce côté-là», remarque Martine Falck. Et de conclure: «Les crises sont fécondes, si on sait les traverser».
ANALYSE Les six premiers mois de l'année laissaient présager un retour à la croissance. Pourtant, depuis l'été, l'inquiétude demeure sur les crédits bancaires.