Délégués régionaux aux PME Bonne idée ou cosmétique ?
# Conjoncture

Délégués régionaux aux PME Bonne idée ou cosmétique ?

Afin d'aider les PME en difficultés, Arnaud Montebourg, ministre du «Redressement productif» va dépêcher 22 délégués en régions. Quel accueil pour cette initiative?

Arnaud Montebourg envoie des pompiers au chevet des PME françaises abîmées par la crise. Le ministre du Redressement productif a en effet décidé de déployer sur le territoire 22 délégués régionaux dont la mission principale sera de soutenir les entreprises de moins de 400 salariés faisant face à des difficultés (un dispositif spécial sera mis en place pour les territoires d'Outre-mer). Pour ce faire, ces émissaires, placés sous l'autorité des préfets de région, scruteront le tissu pour anticiper les difficultés, réaliseront le diagnostic des entreprises déjà en péril et orchestreront les négociations avec l'ensemble des interlocuteurs pouvant intervenir dans la résolution des problèmes: actionnaires, banques, créanciers, clients, fournisseurs, etc. Ils pourront également actionner des dispositifs publics de soutien et procéder à des étalements fiscaux.




Guichet unique

«Cette initiative est une bonne idée, se réjouit Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, secrétaire général de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME). Lorsqu'elles sont en difficulté, les grandes entreprises bénéficient généralement d'un accompagnement fort et de l'implication des politiques locaux pour les aider à sortir de l'ornière. Cela n'est pas le cas pour les PME qui disparaissent en silence». Autre élément apprécié par le mouvement patronal: le côté «guichet unique» du dispositif. «C'est important pour le chef d'entreprise en difficulté: il aura affaire à un seul interlocuteur et n'aura plus à perdre du temps en frappant à des portes multiples. Il pourra ainsi se concentrer sur la gestion opérationnelle de l'entreprise», poursuit Jean-Eudes du Mesnil du Buisson.




Manoeuvre cosmétique?

Sur le terrain, ces 22 délégués devraient remplacer la dizaine de «commissaires à la réindustrialisation» déployés sur le terrain par Nicolas Sarkozy en 2009, et dont les fonctions étaient en bien des points similaires. De quoi faire dire à la fondation Ifrap (Institut français pour la recherche sur les administrations publiques) que la manoeuvre est strictement «cosmétique». Ce «think thank» d'obédience libérale estime cependant «naturel qu'un nouveau gouvernement procède à ce type de changement d'intitulés destinés à marquer les esprits, même si les personnes et les structures opérationnelles sont inchangées». Une initiative de bonne guerre donc, mais qui reste contredite «par des mesures de fonds qui brouillent les chefs d'entreprise: hausse des cotisations retraites, taxation des dividendes, baisse d'exonération des charges sociales dans certains secteurs, augmentation du Smic», tempête l'Ifrap. À l'heure où nous écrivons ces lignes, les identités des délégués régionaux n'étaient encore pas connues. Mais une chose est sûre: le CV des nominés et leur rapport au monde de l'entreprise privée vont être étudiés de près. Il reste ainsi toujours en travers de la gorge de l'Ifrap, mais également de beaucoup de chefs d'entreprise de «terrain», que «les commissaires à la réindustrialisation nommés en 2009 aient fait toute leur carrière dans l'administration publique».

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