Jamais le président de Décor Jardin, Robert Hary, ou son fils, Tobias, n’auraient imaginé demander de l’argent sans contrepartie. "Mais plusieurs de nos clients nous ont demandé comment il était possible de nous aider", précise Tobias Hary. Le 2 juillet dernier, à la demande de Robert Hary, la jardinerie familiale basée à Champenoux, en Meurthe-et-Moselle, qui emploie 27 personnes pour un total de 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, a demandé son placement en redressement judiciaire. Et pour être en mesure de vendre des fleurs et des légumes lors du printemps prochain, cultivés dans les 18 000 m2 de serre exploitées par l’entreprise, la famille Hary a décidé d’ouvrir une cagnotte en ligne, sur la plateforme Leetchi, pour rassembler un total de 200 000 €.
Une cagnotte pour "préparer le printemps"
"Tout l’argent sera mis dans l’achat de graines, de jeunes plants, de terreau", décrit Tobias Hary, en précisant que si l’objectif n’est pas atteint, l’argent sera retourné aux contributeurs. Début décembre, près de 550 personnes ont donné un total de 45 000 € sur la plateforme. Un élan de générosité qui fait chaud au cœur de Robert Hary, mais qui ne le rassure pas totalement. "Sans ce soutien financier immédiat, la jardinerie ne sera pas en mesure de préparer le printemps", résume le président de Décor Jardin. "Depuis que nous sommes en redressement judiciaire, nous n’avons plus accès aux prêts bancaires." Une situation très compliquée : le modèle de la jardinerie de Champenoux implique de préparer la saison à venir grâce à des emprunts bancaires, qui ont pu atteindre jusqu’à 700 000 € les années fastes. "Ensuite, nous remboursons les prêts avec les ventes réalisées", décrit le président de Decor Jardin.
Un PGE qui pèse lourd dans les comptes
En 2021, l’année de la sortie du Covid, le chiffre d’affaires de Décor Jardin a atteint jusqu’à 6 millions d’euros. Mais la signature d’un PGE en 2020, le prêt garanti par l’État pour aider les entreprises françaises à se sortir de la crise liée au Covid n’a pas arrangé les comptes de la jardinerie. "Nous avons signé pour 1,3 million d’euros", détaille Robert Hary, en précisant que sur cette somme, Décor Jardin doit encore 950 000 €. "Cette charge financière va augmenter, car nous avons prolongé le prêt, les taux vont passer de 0,2 à 3,5 %", souligne le dirigeant. Autre source d’inquiétude, la renégociation du contrat liant Décor Jardin à son fournisseur de gaz : l’entreprise consomme en effet pour 150 000 € de gaz chaque année pour chauffer les serres pendant la saison hivernale. "Notre contrat s’arrête le 31 janvier et pour l’instant, notre courtier n’a pas trouvé de solution", regrette le président de Décor Jardin. Du fait du placement en redressement judiciaire, les conditions sont devenues impossibles : 70 000 € de dépôt garanti et un tarif qui devrait bondir de 60 %. "Concrètement, plus aucun fournisseur ne veut de nous…", regrette Robert Hary, en décrivant une autre difficulté : la météo. "L’été dernier a été très humide, les clients n’ont pas pu soigner leurs jardins, tout était trempé", rappelle le dirigeant. Et deux ans auparavant, le soleil avait grillé toutes les plantations, au cours d’un été très sec.
Jouer la carte du "local" face aux grandes enseignes
Lors de la prochaine audience, programmée pour le 28 janvier, le tribunal de commerce étudiera le plan de continuation de l’entreprise. Car malgré les difficultés, Robert Hary et son fils ont décidé de tout faire pour sauver leur entreprise. "Le marché de la jardinerie est en baisse, d’environ 30 % depuis la sortie du Covid, mais nous avons une carte à jouer face aux grandes enseignes", estime Robert Hary. Sans vouloir entrer dans le détail des négociations, le dirigeant indique être en relation avec un investisseur, qui pourrait rentrer au capital de l’entreprise familiale et amener de l’argent frais. Autre piste pour retrouver le chemin de la rentabilité, amener les consommateurs à multiplier les passages dans les rayons de la jardinerie. "Autrefois, l’activité était très saisonnière, nous avions l’hiver pour préparer le printemps", décrit Robert Hary. Équipée depuis un an d’une cafétéria et d’un espace de vente permettant de consommer des produits locaux, la jardinerie veut proposer des produits d’appel pour attirer les consommateurs. "Nous allons chercher à simplifier l’activité, à nous concentrer sur les produits qui attirent les consommateurs", trace Tobias Hary.